Salade dans le Nord : Pas de miracle contre le puceron avec le biocontrôle
Les essais menés de 2023 à 2025 par le Pôle légumes région Nord confirment la difficulté d’utiliser des produits de contact pour protéger la salade et donc les limites à ce jour des solutions de biocontrôle disponibles.
Les essais menés de 2023 à 2025 par le Pôle légumes région Nord confirment la difficulté d’utiliser des produits de contact pour protéger la salade et donc les limites à ce jour des solutions de biocontrôle disponibles.
En salade, pas de solution miracle du côté des biocontrôles contre le puceron. C’est le constat principal des six essais testant neuf produits de biocontrôle mis en place par le Pôle légumes région Nord (PLRN) de 2023 à 2025. Mais pour autant, les biocontrôles détiennent certains avantages par rapport à d’autres produits, par exemple la préservation des auxiliaires. Des possibilités s’ouvrent également pour augmenter leur efficacité en optimisant leurs conditions d’application.
Des tendances encourageantes
Les deux essais ayant eu la plus forte pression pucerons mettent particulièrement en évidence les limites des solutions de biocontrôle en salade. « Avec une très forte présence de pucerons, toutes nos modalités ont eu du puceron, que ce soit le témoin ou les biocontrôles », regrette Océane Baude, conseillère maraîchage à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. En 2023, des tendances positives sont toutefois observées pour trois produits de biocontrôle, avec des salades présentant un nombre de pucerons inférieur au témoin non traité. « Pour le Mycotal, le Majestik et le purin d’ortie, il y a eu une petite diminution du nombre de pucerons après la dernière application », rapporte la conseillère. De nouveau étudiés en 2024, le Mycotal et le purin d’ortie confirment ces tendances en présentant une infestation encore une fois inférieure à celle du témoin. Le Mycotal est appliqué à dose de deux kilos par hectare et adjuvanté au Squad à 0,15 % du volume de bouillie, et le purin d’ortie appliqué à 50 litres par hectare. Tous les produits testés ont été appliqués quatre fois, tous les sept jours à partir d’une semaine après plantation.
« Si c’est un produit de contact, il faut être directement au contact du puceron. Dès que la salade pomme, les pucerons se cachent à l’intérieur et on ne peut plus les atteindre, même avec un atomiseur », souligne Océane Baude. Ce qui explique pourquoi les produits de contact fonctionnent peu. Théoriquement, une stratégie associant des produits de biocontrôle de contact jusqu’à la pomaison et un produit systémique jusqu’à la récolte pourrait être envisagée. Encore faut-il avoir un produit systémique autorisé sur cet usage.
Le Decis Protech n’est pas la solution
« Dès sept jours après plantation, nous avons appliqué le Decis Protech en référence et tous les biocontrôles. C’est la modalité la moins performante car il a un mauvais effet sur les auxiliaires qui permettent en partie de gérer le problème pucerons », révèle la conseillère. À ce jour, aucun produit systémique n’est disponible sur cet usage en plein champ pour tous les types de salade, la lambda-cyhalothrine n’étant autorisée que sur la roquette. « On a eu une homologation du Benevia sur chenilles en 2024, et on sait qu’il est efficace et homologué sur d’autres cultures contre le puceron. Ça peut être une solution que nous étudierons », avance la conseillère. Le Benevia est autorisé contre les chenilles phytophages à hauteur d’une application à dose maximale de 0,5 litre par hectare du stade BBCH 40 à 49.
Quelle suite pour ces essais ?
Mais ces résultats mitigés ne démotivent pas l’équipe du PLRN, au contraire. En 2026 et pour les prochaines années, le travail continue sur cette thématique, avec tout un axe dédié à l’application des produits de biocontrôle, comme pour le produit Lalguard notamment. « Le Lalguard est un produit compliqué à utiliser parce qu’il est plutôt à appliquer au soir, qu’il se conserve au froid et pas longtemps, et qu’il ne faut pas trop l’ouvrir », énumère la conseillère. Tous ces paramètres n’ayant pas été respectés lors des essais précédents, il sera à nouveau testé.
Par ailleurs, une réflexion globale sera faite sur l’application ou non des produits en fonction de la météo. « Si on a un temps avec une hygrométrie élevée ou avec de la pluie, il faut aller sur des produits comme du Naturalis et du Lalguard qui ont besoin d’humidité. A contrario, s’il fait sec, il convient de plutôt privilégier du Noripro, du Majestic ou du Neudosan qui ont besoin de sécher rapidement », illustre Océane Baude. En 2026, les essais seront donc concentrés sur les produits fonctionnant avec une hygrométrie élevée, compte tenu des conditions climatiques de la parcelle d’essai. Un nouveau produit prometteur sera également étudié, composé d’un cocktail d’huiles essentielles
Repères
Les résultats acquis lors de ces trois années d’études ont été financés dans le cadre du PAUPFL (Plan d’alternatives d’urgence phytosanitaire fruits et légumes), soutenu par les fonds Casdar et Interfel. Il vise à identifier des solutions alternatives aux substances actives « pivots », dont le retrait met fortement en danger les protections des cultures. En salade, le Movento contre le puceron en est un parfait exemple.
Traiter le bon puceron
« Ça ne sert à rien de traiter quand ce n’est pas le bon puceron », explique Océane Baude, conseillère maraîchage au PLRN. À force d’étudier les pucerons, la conseillère constate que ce ne sont pas toujours les mêmes qui sont présents sur la salade. « Il y en a trois que l’on a identifiés. Il y a le Nasonovia ribisnigri qui est le puceron de la laitue par excellence, le Macrosiphum Euphorbiae, un puceron qu’on trouve sur énormément de légumes, et Uroleucon uroleucon un gros puceron noir », précise Océane Baude.
Leur comportement diffère fortement. En effet, si Nasonovia ribisnigri est le premier puceron à s’installer dans le cœur des salades, ce n’est pas forcément le cas pour Macrosiphum euphorbiae et ça l’est encore moins pour Uroleucon uroleucon qui reste majoritairement sur la couronne basse des salades, souvent laissée au champ lors de la récolte. « Attention cependant, ce gros puceron noir a tendance à remonter dans le cœur de la salade en cas de grosse pluie. C’est le seul moment où il nous embête », rappelle-t-elle. Ce constat montre l’importance de bien observer les parcelles et de se former à la reconnaissance des espèces de pucerons, mais aussi de leurs auxiliaires.