Protection des vergers demain : sept leviers d'avenir sont étudiés en priorité
Plusieurs leviers alternatifs sont étudiés pour protéger les vergers demain tout en faisant face à la baisse des solutions phytosanitaires et en répondant à la demande des consommateurs pour des fruits moins traités.
Plusieurs leviers alternatifs sont étudiés pour protéger les vergers demain tout en faisant face à la baisse des solutions phytosanitaires et en répondant à la demande des consommateurs pour des fruits moins traités.
La génétique pour le moyen et long terme
La recherche de variétés résistantes ou tolérantes aux bioagresseurs est un axe essentiel. La résistance à la tavelure est devenue incontournable en sélection et des variétés résistantes au champignon sont déjà utilisées. Au-delà de la tavelure, les obtenteurs recherchent aujourd’hui des résistances ou tolérances à d’autres pathogènes, notamment aux pucerons et à d’autres champignons comme l’oïdium ou encore le Colletotrichum, maladie en recrudescence affectant la pomme au verger et en conservation.
Des variétés peu attractives pour le puceron cendré et des variétés résistantes à l’oïdium commencent à apparaître. La validation par l’Europe des nouvelles techniques de sélection (NBT) ouvre encore des perspectives. « Les NBT demandent des études très importantes en amont, souligne toutefois François Laurens, ingénieur de recherche à l’Inrae. Il faudra encore des années avant de pouvoir les utiliser. » « Il n’y a depuis 2022 que 2 % de renouvellement de vergers par an, avec depuis 2023 un resserrement des variétés plantées, ajoute Robert-Pierre Cecchetti, vice-président de l’Association nationale pommes poires. Le renouvellement variétal est donc limité. »
Le biocontrôle à la relance
Le biocontrôle est une piste incontournable pour faire face à la disparition de molécules. Après avoir beaucoup progressé dans les années 2015-2020, le marché tend toutefois à plafonner depuis trois ans autour de 12 % du marché de la protection des plantes.
« Les freins sont avant tout réglementaires, avec des procédures d’homologation en Europe très longues et très coûteuses, indique Gilles Ravot, président d’Alliance biocontrôle. La place centrale accordée à ces solutions par la Commission européenne dans son projet de règlement “Omnibus” devrait toutefois lever une partie des freins majeurs. »
La prophylaxie est incontournable
La prophylaxie fait de plus en plus partie intégrante de la stratégie de protection. Contre le puceron cendré, des travaux sont ainsi menés depuis plusieurs années sur la lutte automnale. L’objectif est de perturber le vol retour des pucerons et d’agir directement pour limiter les pontes. Les essais montrent l’intérêt pour les variétés précoces de barrières physiques (argiles) ou de la défoliation, complexe toutefois à mettre en œuvre, ainsi que l’intérêt de produits de biocontrôle de contact (Nori Pro, Lovell, Limocide, Flipper, Neudosan). Franziska Zavagli, ingénieure du CTIFL, évoque également la perspective de « l’utilisation de composés organiques volatils comme répulsifs ».
Les méthodes physiques se perfectionnent
Les travaux montrent que le filet Alt’Carpo, déjà utilisé contre le carpocapse, est une protection efficace contre la punaise diabolique, ravageur en fort développement. « Il est efficace sur les piqûres précoces si le filet est fermé à la chute des pétales et très efficace sur les piqûres d’été, sur les fruits à maturité, indique Franziska Zavagli. La protection mono-rang est aussi efficace que la protection mono-parcelle. Il faut fermer hermétiquement les filets mono-rang et ancrer les filets périphériques sur les mono-parcelles. »
Avec douze ans de recul, les études montrent aussi que les bâches anti-pluie ont un effet « barrière » limitant les gloeosporioses (jusqu’à 94 % sur Rosy Glow). Elles limitent aussi la rugosité et protègent le verger des coups de soleil, du gel et de la dérive. Elles ont par contre une efficacité variable contre la tavelure et créent des conditions favorables à l’oïdium, aux pucerons lanigères et aux maladies d’été précoces. Surtout, elles réduisent la lumière de 30 %, ce qui entraîne des pertes de rendement, impacte la coloration et parfois le taux de sucre. Les installations sont de plus fragiles face aux intempéries. « Une piste est l’installation de bâches mobiles, que l’on déploie quand il pleut et que l’on replie ensuite, indique Franziska Zavagli. Les équipementiers y travaillent. »
La technique de l’insecte stérile, pratiquée à l’étranger
Au Canada, des lâchers de mâles carpocapses stériles sont réalisés depuis trente ans sur 2 700 hectares de vergers. « 90 % des vergers ont aujourd’hui moins de 0,2 % de fruits endommagés et il n’y a plus de traitements contre le carpocapse », constate Franziska Zavagli.
La technique implique toutefois une importante organisation collective pour la production des insectes stériles, leur transport réfrigéré la nuit, la distribution par quad dans les vergers et les services de surveillance, aide à la décision et publication des cartes de piégeage. « La technique de l’insecte stérile est travaillée depuis dix ans à l'Inrae, rappelle Françoise Roch, présidente de la Fédération nationale des producteurs de fruits. Plusieurs modèles économiques ont été étudiés, mais le choix de l’un ou l’autre n’est toujours pas fait. » Si au Canada, le financement de la technique est 100 % privé, il est en effet 100 % étatique au Brésil.
La micro-injection est prometteuse
La micro-injection consiste à introduire directement des produits dans les vaisseaux de sève ascendante (voir article page XX). « L’efficacité pour au moins un produit dépasse 90 % pour les insectes piqueurs-suceurs et les lépidoptères, dont le puceron cendré et le carpocapse, rapporte Franziska Zavagli. Elle est de 70 à 80 % pour certaines mouches, de 50 % pour Drosophyla suzukii, mais inférieure à 30 % pour la tavelure sur pousses et à 10 % pour la tavelure sur fruits. » La micro-injection impliquant des produits formulés pour cet usage, des firmes auraient engagé des démarches dans ce sens.
Résultats variables pour le verger agroécologique
Une autre piste à l’étude est le verger diversifié agroécologique. Le principe : associer plusieurs espèces fruitières, ainsi que des haies variées, des plantes aromatiques, des bandes fleuries, des friches et mares… avec une conduite en bio. Les essais depuis 2019 d’associations pommier-olivier et pommier-abricotier montrent toutefois une efficacité très variable selon les années et les ravageurs et un rendement en 6e feuille de 18,3 tonnes par hectare, dont 7,7 tonnes par hectare en industrie. « Le rendement est insuffisant, souligne Franziska Zavagli. L’agroécologie apporte un plus, mais ne règle pas tout. »
Combiner les leviers pour activer l’immunité du pommier
Le projet Cap Zéro Phyto (2021-2027), déployé par l’Inrae, vise à proposer de nouvelles stratégies de protection des cultures basées sur la combinaison de leviers visant à stimuler les mécanismes de défense des plantes. Le pommier et la tomate sont les cultures modèles. En pommier, quatre leviers sont évalués : la génétique, la résistance induite (par un stimulateur de défenses des plantes (SDP) ou par UV-C), la gestion de l’azote et les plantes de service. Un essai est notamment en cours contre la tavelure. Il combine la résistance partielle à la tavelure, liée à la surproduction de 27 composés potentiellement antimicrobiens, la résistance induite par SDP, qui entraîne une surproduction de métabolites antimicrobiens et de protéines antibactériennes, et une diète azotée de 12 jours qui modifie la composition en sucres des tissus végétaux qui est alors moins favorable aux champignons. Les essais sur les leviers individuels montrent une certaine efficacité. « Quand on combine deux leviers, en particulier la diète azotée et un SDP ou la génétique et un SDP, il y a très peu de symptômes », constate Laure Perchepied, ingénieure à l’Inrae. Des essais systèmes vont être mis en place dans deux nouveaux vergers expérimentaux, l’Inrae mélangeant plusieurs génotypes ayant une résistance partielle vis-à-vis d’au moins un bioagresseur et des plantes de service herbacées et arbustives. « La piste est encourageante, assure Alexandre Grave, ingénieur à l’Inrae. Il y a additivité et parfois synergie entre les leviers. Il faudrait réfléchir avec les conseillers et les producteurs pour proposer des combinaisons en adéquation avec les pratiques. »