Aller au contenu principal

L’herbe d’automne confirme son potentiel en Bretagne

La fauche automnale donne un fourrage de qualité correcte, mais dont la valeur énergétique reste variable et dépendante des conditions de récolte. Zoom sur le bilan de deux ans de suivi d’une trentaine d’élevages bretons en 2024 et 2025.

<em class="placeholder">récolte d&#039;herbe d&#039;automne</em>
Entre nettoyage des prairies, valorisation des repousses tardives et constitution de stocks, l'enrubannage d'herbe à l'automne représente une opportunité.
© CRAB

Si cette année risque de ne pas offrir de repousses d’herbe abondantes en arrière-saison, la question de la valorisation de l’herbe d’automne se pose néanmoins en raison du dérèglement climatique. Or, son potentiel et ses caractéristiques ne sont pas toujours connus. C’est pourquoi, le projet HERBautomne, piloté par la chambre d’agriculture de Bretagne a été lancé en 2024. Les deux premières campagnes en 2024 et 2025 confirment que l’herbe d’automne enrubannée est un fourrage de qualité satisfaisante, mais que sa réussite dépend avant tout des conditions météorologiques rencontrées à la récolte. Il y aura plus de chance d’obtenir un fourrage de qualité et de mieux le conserver si la teneur en matière sèche avoisine les 40 à 50 %.

Un écart marqué est observé entre les résultats des deux campagnes. En 2024, les bottes récoltées affichaient une teneur en matière sèche d’environ 21 %, contre près de 41 % en 2025, soit 20 points de plus grâce à des conditions de séchage nettement plus favorables à la récolte. La date de récolte en 2025 se situe entre le 15 et 20 octobre, soit dix jours de moins que l’année 2024. Peu importe la date, les éleveurs priorisent l’absence de pluie et l’opportunité d’ensoleillement. Ces conditions favorables à la récolte se répercutent sur l’ensemble des indicateurs de qualité : la valeur UFL progresse de 14 % entre les deux campagnes, tandis que l’azote ammoniacal recule de 58 % et les matières minérales de 30 %, deux paramètres qui traduisent une bien meilleure conservation du fourrage. La teneur en matières azotées totales, elle, diminue légèrement (-6 %), sans remettre en cause l’intérêt protéique de cette ressource.

Sur l’ensemble des exploitations suivies et des deux campagnes, l’herbe d’automne enrubannée affiche des valeurs alimentaires moyennes de 0,73 UFL et 19,4 % de MAT.

Comparaison des résultats d’analyses 
d’enrubannages 2024-2025

Valeur alimentaire

 
AnnéeMatière sèche (%)UFLMAT (g/kg)Cellulose (g/kg)Digestibilité cellulose (%/MS)Matière minérale (g/kg) 
2024210,6919824459163 
2025410,7918723168115 
Conservation du fourrage 
AnnéepHAcide acétique (g/kg)Acide butyrique (g/kg)Acide propionique (g/kg)Azote ammoniacal (%)
20244,83,600,400,0913
20255,13,390,100,035,2
            

Source : Projet HERBautomne chambre agriculture de Bretagne

 

Un fourrage intégré dans la ration hivernale

Comme en 2024, ce fourrage est distribué majoritairement aux vaches laitières, à partir de la mi-décembre et sur une durée moyenne de soixante jours selon les stocks disponibles. Les quantités restent modestes, de 2 à 3 kg de matière sèche par vache et par jour. Aucun effet négatif sur la production laitière n’a été rapporté par les éleveurs. Côté conservation, l’amélioration du taux de matière sèche en 2025 s’est traduite par des profils plus sécurisants qu’en 2024.

Les éleveurs du projet apprécient cette pratique de fauche automnale. Cela permet de nettoyer la prairie avant l’hiver, de redonner de la lumière au trèfle et de saisir l’opportunité de sécuriser des stocks fourragers supplémentaires. Les mêmes points de vigilance reviennent néanmoins d’une année sur l’autre : un fourrage humide et des bottes lourdes à manipuler lorsque la matière sèche reste faible, une disponibilité parfois limitée des entreprises de travaux agricoles en pleine saison de récolte du maïs ou des semis de céréale. Le coût de récolte reste aussi un critère à surveiller de près (cf. encadré).

L’échantillon reste encore insuffisant pour statuer définitivement sur la variabilité interannuelle des valeurs alimentaires. Une troisième campagne de collecte est donc prévue pour consolider les références acquises, affiner les recommandations techniques. L’objectif final est d’aboutir à une fiche conseil opérationnelle sur la récolte de l’herbe d’automne.

Un suivi sur 31 exploitations

En 2024, 19 éleveurs bretons ont participé au projet HERBautomne, mené en partenariat avec plusieurs bassins versants de la région Bretagne. Il a pour objectif de créer des références autour de la récolte d’herbe automnale. En 2025, 12 nouvelles exploitations sont venues étoffer ce réseau. Au total, 31 exploitations ont été suivies sur les deux campagnes.

Le protocole reste inchangé : des prairies de fauche de moins de trois ans ou des dérobées de type RGI/trèfle implantées avant le 1er septembre, récoltées entre le 15 octobre et le 30 novembre, sans aucun apport de fertilisant après le 1er septembre. Chaque parcelle fait l’objet d’un suivi en quatre temps, de la description avant récolte jusqu’à l’enquête hivernale sur l’utilisation du fourrage, en passant par l’analyse du fourrage vert puis conservé. Sur les deux campagnes, quarante analyses de fourrage ont ainsi été consolidées, sur des parcelles de 3,5 ha en moyenne.

Avis d’expert : Benoît Possémé, conseiller fourrage à la chambre d’agriculture de Bretagne

 

 
<em class="placeholder">Benoît Possémé, conseiller fourrage à la chambre d’agriculture de Bretagne</em>
© CRAB

« Des petites coupes de valeur, mais à quel coût? »

« Les récoltes d’herbe d’automne permettent de valoriser une pousse tardive de bonne qualité, mais elles s’accompagnent de coûts de récolte élevés. En cause, des rendements souvent limités à moins de 2 t MS/ha. Les opérations de fauche, fanage et andainage dépendent avant tout de la surface travaillée. En intégrant la main-d’œuvre, elles représentent entre 62 et 96 €/tonne de matière sèche (MS).

À cela s’ajoute une faible teneur en matière sèche. Selon les années et les prairies, elle varie de 15 à 55 %. Cette humidité influence directement la quantité de matière sèche stockée dans chaque balle d’enrubannage. Si les bottes dépassent souvent 800 kg brut, une large part correspond à de l’eau. Résultat : de 6 à 12 rounds sont nécessaires pour stocker une tonne de MS, faisant varier le coût du pressage et de l’enrubannage de 60 à 120 €/t MS, main-d’œuvre comprise. Au final, les coûts complets de récolte peuvent atteindre entre 120 et 190 €/t MS, selon le référentiel Pérel (1).

Quels leviers pour limiter ces coûts ? Si le rendement dépend largement des conditions météorologiques de l’année, il est essentiel de définir un seuil minimal de production avant d’engager un chantier. Le second levier consiste à maximiser la teneur en matière sèche : choisir une fenêtre météo favorable, éviter de retarder la récolte lorsque les jours deviennent trop courts et que l’humidité s’installe, optimiser l’itinéraire de récolte en privilégiant une fauche à plat quand les conditions le permettent et réalisé un andainage quelques heures avant le pressage plutôt que juste avant. Quelques points de matière sèche gagnés permettent de réduire significativement le nombre de bottes à produire et, in fine, le coût de la tonne de fourrage récoltée. »

(1) groupe piloté par le Groupe régional prairies des Pays de la Loire
 

Les plus lus

<em class="placeholder">Éleveurs devant l&#039;installation de traitement des eaux de pluies </em>
« Nous traitons l’eau de pluie pour abreuver nos vaches », dans le Doubs

Le Gaec de La Vie, dans le Doubs, s’est équipé d’un système de filtration des eaux de pluie pour abreuver les vaches…

Une prairie temporaire en Isère, avec de la chicorée
Sécheresse : « Même si les prairies grillées commencent à reverdir, ne redémarrez pas trop tôt le pâturage »

A partir de quand peut-on remettre des vaches au pâturage après des mois de chaleur et de sécheresse qui ont grillé les…

<em class="placeholder">RGI et colza fourrager pâturés à la ferme de Trévarez dans le Finistère</em>
Sécheresse : que semer pour refaire du stock de fourrage rapidement ? 

Face à des stocks qui diminuent, des prairies qui peinent à reverdir et pousser, et un début de mois de septembre encore peu…

<em class="placeholder">Cet été, malgré la sécheresse, les vaches ont continué de recevoir quotidiennement 3 kilos de matière sèche de fourrage vert.</em>
« Je cultive de l’orge hydroponique pour apporter du vert toute l’année à mes vaches », dans le Jura

Le Gaec des Champs Matin dans le Jura expérimente la production et la distribution en vert d’orge hydroponique, cultivé hors…

vaches laitières avec broc et verre de lait, une courbe et l'indication "baromètre du prix du lait"
Prix du lait : quelle évolution par laiterie ?

Reussir Lait publie chaque mois un baromètre des prix de base pour un lait avec 38 g de matière grasse et 32 g de…

<em class="placeholder">nurserie pour les veaux ouverte avec toit isolé</em>
Des nurseries confortables pour les veaux et l’éleveur en sept points clés
Ventilation naturelle, blocs dédiés par classe d’âge… Les préconisations pour le logement des veaux de la naissance au sevrage…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​ TTC
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière