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Jaunisse de la betterave : « les producteurs restent démunis face aux pucerons »

L’incidence sur les betteraves reste encore à mesurer, mais certains secteurs betteraviers ont connu une forte pression pucerons cette année. Les producteurs espèrent des solutions systémiques pour passer des campagnes moins stressantes et sécuriser leurs rendements. Le point avec Vincent Laudinat, directeur de l’Institut technique de la betterave (ITB).

<em class="placeholder">Vincent Laudinat, directeur de l’Institut technique de la betterave (ITB).</em>
Vincent Laudinat, directeur de ITB : « La France est le seul pays d’Europe qui ne bénéficie pas d'une dérogation pour le flupyradifurone.»
© A. Penichon / AAP

Sans solution avec la même efficacité que celle apportée jusqu’en 2018 par les néonicotinoïdes en enrobage contre les pucerons vert vecteur de la jaunisse, les betteraviers passent des campagnes stressantes. Après deux années relativement calmes sur ce point en 2023 et 2024, les pucerons font leur retour en force en 2026. De quels moyens disposent les planteurs pour faire face ?

Qu’en est-il de la pression jaunisse cette année ?

Vincent Laudinat : Les pucerons sont arrivés tôt et ont notamment été très présents en Champagne, autour et au sud du Bassin parisien. Les producteurs peuvent suivre les préconisations de l’ITB sur l’outil Alertes puceron qui n’exempte pas d’aller observer ses champs pour adapter les traitements. Actuellement, on observe des pucerons verts mais la pression n’est pas forte, les fortes températures actuelles ne sont pas favorables à leur multiplication. En outre, les betteraves poussent vite et la couverture pourra être atteinte dans dans de nombreuses régions dès la fin de la semaine/tout début juin. Nous attendons encore des résultats pour connaître la présence ou non des viroses de la jaunisse sur les betteraves touchées par les pucerons.

Quels sont les produits à disposition des agriculteurs cette année ?

V. L. : Le seul produit réellement homologué est le Teppeki (flonicamide) à raison d’une application par campagne. Les autres produits insecticides autorisés le sont par dérogation. Le Movento (spirotétramate) bénéficie d’une dérogation de 120 jours pour 2 passages. Mais pour l’an prochain, Bayer n’a pas renouvelé son approbation au niveau européen, le risque est qu’il n’y ait pas de possibilité de dérogation.

Depuis cette année, une nouvelle molécule est à disposition des producteurs : le dimpropyridaz, commercialisé sous le nom de produit Verseon avec au départ un seul passage autorisé. Les pouvoirs publics viennent d’en autoriser un deuxième. Ce n’est pas de trop car dans certains secteurs, notamment au sud de Paris, les agriculteurs en sont déjà à leur quatrième traitement pour faire face à la pression puceron.

L’efficacité de ces produits varie entre 65 à 90 % avec un coût de traitement important : 57 €/ha pour le Movento, 25 €/ha pour le Teppeki et 45 €/ha pour le Verseon.

Les agriculteurs français déplorent de ne pas être logés à la même enseigne que les autres producteurs européens (belges, allemands, britanniques, polonais), qu’en est-il ?

V. L. : Les autres pays ont deux molécules supplémentaires. L’acétamipride bien sûr mais aussi une autre molécule : le flupyradifurone qui est autorisé en enrobage et permet de protéger les betteraves jusqu’au stade 4 feuilles et ainsi d’éviter un à deux traitements aériens. La France est le seul pays d’Europe qui ne peut pas en bénéficier.

Ou en est-on des autres solutions pour faire face à la jaunisse ?

V. L. : Pour l’instant, aucune solution seule n’apporte entière satisfaction. Les recherches menées depuis 2020 ont permis de mieux connaître les pucerons. On sait que moins de 1 % d’entre eux est virulifère, c’est-à-dire atteint par la jaunisse et en mesure de le transmettre aux betteraves. Quand ils naissent, ils n’ont pas la jaunisse et l’attrape dans la nature, notamment dans les repousses de betterave. La problématique est que peu de pucerons suffisent à faire beaucoup de dégâts. Chaque année, ils n’ont pas la même dynamique de développement en fonction des conditions météo. Difficulté supplémentaire, il existe trois virus différents de jaunisse, ce qui complique le travail des semenciers pour trouver des variétés résistantes. Ce serait pourtant une solution systémique efficace, mais il faudra encore beaucoup de temps pour les mettre au point. Les plantes compagnes et les odeurs répulsives comme le produit Agriodor sont des pistes intéressantes à creuser car elles ne présentent pas de risques de résistance à long terme.

Ces solutions partielles font prendre des risques aux producteurs qui se sentent démunis lorsqu’ils sèment sans être sûr de pouvoir faire face à une pression puceron importante. De nouvelles autorisations leur redonneraient confiance.

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