Fraise : la diversification variétale transforme le travail des pépiniéristes
L’offre variétale fraise se diversifie afin de répondre aux besoins de la filière fraise, ce qui conduit les pépiniéristes à modifier leurs pratiques, qu’il s’agisse de choix variétaux, d’itinéraires techniques ou de calendriers de production.
L’offre variétale fraise se diversifie afin de répondre aux besoins de la filière fraise, ce qui conduit les pépiniéristes à modifier leurs pratiques, qu’il s’agisse de choix variétaux, d’itinéraires techniques ou de calendriers de production.
La raréfaction des solutions phytosanitaires en fraise engendre l’apparition de nouvelles maladies, et gariguette qui domine le marché depuis 50 ans fragilise la filière face aux contraintes biotiques et abiotiques. Conséquence en pépinière : les variétés tolérantes ou résistantes se développent et la gamme variétale s’étoffe, modifiant les calendriers de production.
Vers des variétés tolérantes aux bioagresseurs
« Nous sommes partis sur Ciflorette en 1997 parce qu’elle est plus résistante à l’oïdium que gariguette », explique Patrick Jouy des pépinières Livradaises. Si la résistance variétale a toujours été un critère de choix déterminant pour le pépiniériste, elle est particulièrement regardée ces dernières années, dans l’objectif de répondre aux besoins des producteurs. Autre exemple, plus récent, Dream a vu ses surfaces progresser chez certains pépiniéristes en remplacement de variétés jugées sensibles au Pestalotiopsis (Neopestalotiopsis spp.). Si aucune résistance à cette maladie ne lui est attribuée, elle ne présente pour l’instant pas de sensibilité particulière. « Ce n’est pas toujours justifié comme stratégie, nuance Vincent Chaban des pépinières Saint Armand. Les variétés peuvent être élevées ou cultivées proches de variétés dites sensibles et peuvent être tout aussi contaminées. On n’a pas assez de connaissances sur cette maladie ». La résistance variétale ne résout pas tout. Elle peut entrer en conflit avec les autres critères de qualité et de productivité de la plante. « Quand une variété est résistante à plusieurs pathogènes, la production est bien souvent diminuée. À nous de trouver un équilibre dans nos choix variétaux », prévient Patrick Jouy. Ces résistances ou tolérances variétales permettent pour certaines maladies comme l’oïdium d’alléger le nombre de traitements, en production de fruits mais aussi en pépinière.
Plus de variétés pour plus de pérennité
Outre l’apparition de variétés plus tolérantes aux bioagresseurs, certains pépiniéristes observent une plus grande diversité de variétés dans les commandes des fraisiculteurs, l’objectif étant de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier. « Les producteurs vont rechercher une diversité variétale et d’origine de plantes. Ça rebat les cartes du paysage français de l’offre variétale », analyse Frédéric Angier des pépinières Angier International. « Aujourd’hui, on voit d’autres variétés arriver pour répondre à des problématiques de gariguette mais qui présentent d’autres contraintes », observe Jérémy Biland des pépinières Anjou Plants, notamment en matière de fertilisation ou de gestion climatique sous serre. « En remontantes, on a Mariguette qui tend à augmenter un petit peu », remarque Vincent Chaban, probablement pour son bon compromis entre productivité et qualité gustative, permettant de la positionner sur un segment premium. Cette diversification variétale répond aussi à d’autres enjeux, comme la diversification des modes de commercialisation. « L’essor de Dream est aussi lié à la volonté des producteurs de faire de la vente directe. Elle a une qualité gustative exceptionnelle et une courbe de production plus linéaire ce qui convient à ce type de commercialisation », explique Jérémy Biland.
Qui dit plus de variétés dit plus d’itinéraires techniques à maîtriser. Chaque variété nécessite d’être étudiée pendant plusieurs années en conditions de production pour permettre aux fraisiculteurs d’en tirer le plein potentiel. Pour le responsable des pépinières Anjou Plants, cela peut se traduire par une opportunité. « Nous avons développé des variétés sur lesquelles nous avons rencontré des problématiques que nous n’avions pas sur gariguette. Nous avons alors mis en place des itinéraires plus spécifiques, sur les aspects de fertilisation par exemple, qu’on a essayés sur gariguette pour voir s’il y avait un intérêt. Est-ce que l’on aurait fait ces essais si on était resté sur gariguette ? Je ne pense pas », estime Jérémy Biland.
Des calendriers de production plus étalés
Les calendriers de production en sont modifiés, de façon plutôt bénéfique selon quelques pépiniéristes. « La date idéale de tout pépiniériste pour le repiquage des tray-plants de gariguette dans un itinéraire classique, est entre le 15 et le 20 juillet. C’est trop court pour repiquer trois millions de plants évidemment, donc on repiquait toujours une partie plus tôt ou plus tard, avec parfois des plants plus difficiles à équilibrer ou réservés à certains itinéraires », précise Jérémy Biland. La diversification des variétés permet donc un étalement des périodes de repiquage : toujours gariguette entre le 15 et le 20 juillet, puis Dream entre le 20 et le 25 juillet et ainsi de suite. Les repiquages étant réalisés dans les bons créneaux, la qualité des plants est améliorée. Cela se répercute également sur les traitements phytosanitaires, dont l’application est étalée dans le temps en raison du décalage des cycles culturaux entre les variétés. Les applications phytosanitaires sont alors réalisées au moment le plus opportun, que ce soit en termes d’efficacité du produit en fonction du climat ou des conditions climatiques favorables au bioagresseur visé. Cet étalement permet aussi de lisser la charge de travail en pépinière, en évitant la concentration des opérations sur quelques jours seulement.
Les variétés françaises à l’abri du « Pestalotiopsis » pour l’instant
Les pépiniéristes français sont sous pression face au Pestalotiopsis, pathogène occasionnant beaucoup de dégâts dans le sud-est de la France depuis 2024, alors que cette problématique concerne majoritairement les pépiniéristes étrangers. En effet, les variétés touchées aujourd’hui appartiennent à des obtenteurs du sud de l’Europe. « En France, nous avons une technique de multiplication in vitro du méristème qui n’existe pas chez les obtenteurs étrangers. Ce type de multiplication est bien plus rapide que la macropropagation réalisée par les obtenteurs étrangers, ce qui réduit la fenêtre de contamination par le Pestalotiopsis. Mais ce n’est pas garanti à 100 % », estime Frédéric Angier, responsable commercial des pépinières Angier international. Car si la plupart des symptômes qui se déclarent sont dus à une contamination du plant mère, il est possible que le champignon se transmette en pépinière ou en production de fruits d’une variété à l’autre. Face au manque de connaissances sur ce pathogène, les pépiniéristes restent vigilants et à l’affût de nouvelles méthodes de protection.