Fraise : Comment la filière limite le développement du pestalotiopsis en 2026
Le pestalotiopsis a occasionné de nombreux dégâts en production de fraises en 2025. Pour la saison 2026, la filière se mobilise pour éviter l’apparition de symptômes en pépinière mais également en production.
Le pestalotiopsis a occasionné de nombreux dégâts en production de fraises en 2025. Pour la saison 2026, la filière se mobilise pour éviter l’apparition de symptômes en pépinière mais également en production.
La lutte contre le pestalotiopsis (Neopestalotiopsis spp.) en fraise passe surtout par l’assainissement des plants en pépinière. Des solutions, plus limitées, complètent le travail des pépiniéristes comme le contrôle de la qualité sanitaire des plants, la protection phytosanitaire et la conduite culturale.
La lutte se déroule principalement en pépinière
La filière fraine exhorte les pépiniéristes à mettre en place le peu de moyens de lutte connus. Un tri des stolons est préconisé. « Les pépiniéristes touchés par le pestalotiopsis font une observation de leurs stolons. Tous les stolons qui présentent le moindre symptôme ou des symptômes suspects sont écartés », indique Sylvia Gasq, conseillère en maraîchage à la chambre d’agriculture du Vaucluse. Ensuite, une désinfection à la vapeur est conseillée sur les stolons restants. Enfin, les tray plants produits doivent de nouveau être triés avant leur mise au froid si des symptômes se sont déclarés ou sont suspectés malgré la désinfection vapeur des stolons. Les pépiniéristes italiens ont mis en place ces protocoles pour la campagne de production 2026, et les impacts sont déjà visibles. « L’année dernière, 100 % des producteurs avec des plants d’origine italienne ont été touchés par le pestalotiopsis, allant jusqu’à plus de 50 % de plants perdus. Cette année, on est à 20 % de producteurs touchés », observe Sylvia Gasq. Serge Santran, producteur de fraises en Dordogne, a été particulièrement concerné en 2025. « En 2026, je n’en ai pas encore vu, mais je ne préfère pas compter et me concentrer sur ma saison », explique-t-il.
Pour s’affranchir des pépiniéristes, certains producteurs de fraise ont commencé à produire leurs propres plants.
Avant la mise en production, s’assurer de la qualité sanitaire des plants
Le pestalotiopsis n’est pas intégré dans le cahier des charges de traçabilité des passeports phytosanitaires. Aujourd’hui, l’interprofession des semences et plants Semae, en charge du contrôle sanitaire des plants via SOC-France, intègre un contrôle des plants produits en France face au pestalotiopsis. Mais ce contrôle n’est pas suffisant. « Les contrôles du Semae sont visuels, il n’y a pas d’analyse en laboratoire. Cela ne serait pas efficient, car le champignon peut être présent, sans s’exprimer », indique Hugo Chevalon, responsable technique pour l’Association d’organisations de producteurs nationale fraises. Ce contrôle est une application française. Chaque pays a son organisme de contrôle avec son propre cahier des charges. Si certains plants proviennent de pépiniéristes français, une grande majorité est issue de pépiniéristes italiens, espagnols, polonais, hollandais ou marocains. De plus, la provenance des stolons utilisés par les pépiniéristes pour produire les tray plants peut également être étrangère. Compte tenu de cette diversité d’origine, les producteurs ne peuvent pas s’appuyer que sur ce levier.
La protection chimique, levier à efficacité limitée
« Le Switch est le seul produit phytosanitaire homologué en France qui montre de l’efficacité, toutefois limitée, contre le pestalotiopsis », souligne Hugo Chevalon. Composé de fludioxonil, la molécule potentiellement efficace selon la bibliographie, le Switch est homologué contre les maladies des taches brunes. Deux applications sont autorisées en sous-abri et une seule en plein champ, sur tout le cycle cultural, à dose homologuée d'un kilo par hectare. Le délai avant récolte est d'un jour. Sylvia Gasq conseille deux applications à huit à dix jours d’intervalle dès la réception des plants pour le sous-abri. « Ce sont des applications vraiment spécifiques où il faut traiter au cœur du plant avec un gros volume de bouillie. Tous les producteurs ne sont pas équipés et c’est contraignant de modifier son mode de pulvérisation pour si peu d’applications, d’autant plus que ce n’est pas efficace à 100 % », nuance Hugo Chevalon.
La conduite culturale en dernier rempart
Les conseillers préconisent de maintenir une hygrométrie et une température basses dès que cela est possible. « L’optimum de température pour le champignon est de 25 °C. On essaye de maintenir la serre à moins de 18 °C en fonction de la température qu’il peut faire à l’extérieur. On essaye de ventiler au maximum également pour baisser l’humidité », précise Sylvia Gasq. En parallèle, la désinfection des structures de la serre et le changement des substrats sont fortement conseillés si la serre a été contaminée la saison précédente.
Pour les cultures en sol, un changement d’assolement est nécessaire si la culture a été contaminée l’année précédente. Sur la parcelle touchée, « des engrais verts et/ou une solarisation sont réalisés après la fraise pour casser le cycle du pathogène », indique Sylvia Gasq.
La méconnaissance du pathogène implique la mise en place de leviers sans certitude d’efficacité. « Si le champignon reste sur le plant et qu’il ne se propage pas dans l’environnement, c’est un moindre mal. Mais si on commence à l’avoir dans l’environnement et sur de nombreux hôtes, je pense que la filière est en très grand danger », alerte Sylvia Gasq.
Plusieurs leviers de lutte à l’étude
Face au peu de solutions disponibles et efficaces, des projets de recherche ont été lancés en 2026. Des essais phytosanitaires sont mis en place par la DGAL et le CTIFL pour étudier l’efficacité de molécules d’intérêt mais non homologuées comme l’adepidyn et le cuivre. Le projet Fragaria, déposé en fin d’année 2026 pour l’appel à projets Casdar, porte sur l’étude du pathogène pour en avoir une meilleure connaissance. « Il y a un volet recherche épidémiologique qui est prévu. Ce qui est surtout recherché, c’est de savoir à quelle(s) souche(s) nous avons affaire », précise Sylvia Gasq, conseillère en maraîchage à la chambre d’agriculture du Vaucluse.
Le levier variétal intéressant mais difficile à mettre en place en fraise
Des variétés à bon comportement se démarquent face au pestalotiopsis, comme gariguette. « Pourtant, elle est produite par les mêmes pépiniéristes touchés par le pestalotiopsis sur des variétés comme Cléry », note Sylvia Gasq, conseillère en maraîchage à la chambre d’agriculture du Vaucluse. Cléry est la variété la plus sensible au pestalotiopsis. C’est également la variété majoritairement produite dans le sud-est de la France, ce qui explique pourquoi cette région est particulièrement touchée. « Les producteurs ont cherché à ne pas partir que sur la Cléry pour passer un peu plus de gariguettes, de Dream et de Mariguette. Mais ils ne connaissent pas bien ces variétés », ajoute Sylvia Gasq. Chaque variété a ses particularités et est adaptée à des calendriers de production spécifiques. Serge Santran, producteur de fraises en Dordogne, a planté Favori, une autre variété que sa variété de prédilection, Murano, sensible au pestalotiopsis. « La variété Murano est très appréciée, car elle a des vagues de production régulières et homogènes, il y a toujours des fraises à récolter. La variété Favori fait une grosse vague de production, puis ne revient qu’un mois et demi plus tard ce qui provoque un trou dans le calendrier », observe-t-il.
La recherche s'active également sur le levier variétal. Des essais sont prévus pour identifier si, parmi les variétés utilisées, certaines présentent un bon comportement face au pathogène. Les semenciers se mobilisent aussi pour intégrer la résistance au pestalotiopsis dans le processus de sélection des nouvelles variétés.