Cerise et fruits rouges : contre Drosophila suzukii, des innovations sont en test
Alors que les producteurs de cerises et fruits rouges sont confrontés aux dégâts de ce ravageur, voici quatre leviers parmi ceux étudiés en France, dont il faudra guetter les résultats dans les mois et années à venir.
Alors que les producteurs de cerises et fruits rouges sont confrontés aux dégâts de ce ravageur, voici quatre leviers parmi ceux étudiés en France, dont il faudra guetter les résultats dans les mois et années à venir.
Les appâts attractifs
« Au Royaume-Uni, des tests ont été menés sur fraisiers avec des appâts attractifs dotés d’une faible dose d’insecticide (-90 %), rapporte Nicolas Rode, chercheur en génétique évolutive à l’Inrae. Les attractifs ont incité les mouches à ingérer davantage d’insecticide et le niveau de protection observé était le même qu’aux doses classiques. » Probandz (Russell IPM) et Combi-protec (Andermatt) font partie des produits autorisés en Angleterre. En France, des tests similaires sont prévus cette année par le CTIFL.
Ganaspis kimorum
Des lâchers de Ganaspis kimorum, une micro-guêpe parasitoïde, ont déjà eu lieu depuis 2023-2024 en France, essentiellement dans le Sud-Est. Le ministère de l’Agriculture fait ainsi état de 43 sites de lâchers en 2025. « Le CTIFL y participe avec l’Inrae, seul autorisé à élever et lâcher ces insectes pour l’instant, explique Aliénor Royer, ingénieure d’expérimentation cerise au CTIFL La Tapy. On devrait commencer à en retrouver dans la nature car la durée moyenne d’installation, observée en Italie et aux États-Unis, est de trois ans. »
La technique de l’insecte stérile (TIS)
La technique de l’insecte stérile (TIS) consiste à lâcher dans la nature des mâles Drosophila suzukii préalablement élevés en captivité et stérilisés par irradiation, par exemple aux rayons X, afin que leur accouplement avec des femelles sauvages engendre des œufs non-viables. « Nous avons mené des essais dans des rangs de cerisiers sous filets, l’an dernier au centre CTIFL La Tapy dans le Vaucluse, relate Aliénor Royer. Les résultats étaient assez encourageants sur l’une des deux variétés, la Summit. Sur l’autre, plus tardive, nous ne sommes probablement pas intervenus au bon moment. » Sous les filets, espace confiné permettant des conditions semi-contrôlées, les agronomes ont lâché des mâles stérilisés (TIS) ainsi que des insectes sauvages vierges non-stériles, issus de l’environnement. « On a observé ce joyeux bazar et constaté que les femelles se sont reproduites plutôt avec des insectes stériles, ce qui a baissé le niveau de dégât sur les fruits », explique l’experte. Des essais similaires sont prévus cette année, normalement sans filet. D’après Simon Fellous, directeur de recherche à l'Inrae, il serait intéressant que les agriculteurs s’emparent de la TIS, en lien avec les instituts de recherche. « On a besoin que des producteurs se lancent », insiste-t-il.
Insectes stériles (TIS) et incompatibles (TII)
En cours de développement par l’Inrae avec des financements du Parsada, le projet Optimistii vise à combiner deux techniques différentes pour limiter la reproduction de Drosophila suzukii : la technique de l’insecte stérile (TIS) et la technique de l’insecte incompatible (TII).
La TII repose sur Wolbachia, bactérie naturellement présente chez Drosophila suzukii, où elle conduit à une stérilité partielle. « La TII permettrait de diminuer la dose de rayons ionisants dans le cadre de la TIS, et donc de relâcher des mâles stériles plus compétitifs, qui s’accoupleraient davantage et mourraient moins, indique Nicolas Rode. Les doses d’insectes et les coûts pourraient aussi diminuer. » Des tests sont prévus sur des petits cerisiers sous serres à partir de 2027.