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Analyser le Brix de la sève brute pour connaître la sensibilité aux insectes de la vigne

Connaître l’état de santé de sa vigne et sa sensibilité aux insectes en regardant le Brix de sa sève brute, c’est ce que suggèrent des travaux de recherche américains.

Et si votre réfractomètre reprenait du service plus tôt en saison qu’habituellement ? C’est ce que les dernières recherches suggèrent, suite aux travaux d’un entomologiste américain, Thomas Dykstra. Selon lui, mesurer le degré Brix de la sève brute permettrait de visualiser la sensibilité d’un végétal face aux insectes et de manière générale, son état global de santé. Une technique particulièrement intéressante en viticulture où tout le monde est déjà équipé d’un réfractomètre. Il s’agit en outre d’une technique rapide et simple à mettre en œuvre.

Il suffit en effet de mettre quelques gouttes de

sève brute

dans l’appareil pour connaître le niveau de sucre de la vigne et donc l’efficience de la photosynthèse. Logiquement, et comme c’est déjà le cas pour le pH/redox, le niveau de Brix est plus faible le matin suite à l’utilisation d’une partie du sucre pendant la nuit. À l’inverse, le soir, l’accumulation liée à la photosynthèse est maximale et le taux de Brix doit être à son maximum.

Prendre en compte le taux d’ensoleillement lors de l’interprétation

Mais le moment de la mesure n’est pas le seul paramètre à prendre en compte. L’ensoleillement joue également beaucoup ; une réduction de la lumière fait logiquement chuter le niveau de Brix. À ce titre, il faut rester prudent quant à la densité végétale, car une forte concentration peut assez facilement affecter les niveaux d’énergie disponibles pour l’ensemble des feuilles.

De même, l’eau est un facteur clé. En cas de manque, la plante va réduire automatiquement sa photosynthèse pour se protéger et le niveau de Brix va chuter. Tout comme en situationd’hydromorphie, où les relations aérobies vont s’effondrer, l’alimentation de la plante avec, et donc le niveau de photosynthèse également. Sans aller aussi loin, un manque de porosité et d’aération du sol va aussi perturber et handicaper les relations racines-sol et limiter le niveau de Brix.

Attention à la disponibilité en nutriments

Et enfin, la disponibilité en nutriments est essentielle. Si la vigne n’est pas correctement nourrie ou est carencée, même en micronutriments, la photosynthèse et le niveau de Brix seront fortement altérés. Les applications phytosanitaires, qu’il s’agisse d’herbicides, de fongicides et même d’insecticides, font généralement baisser le niveau de Brix. S’ils gèrent normalement les organismes cibles, ils perturbent la microbiologie qui participe à l’alimentation des végétaux. Bien entendu, il s’agit ici de compromis, mais Thomas Dykstra insiste : « plus on utilisera une quantité importante de ces matières actives, plus on va altérer un large spectre de microbes et perturber l’alimentation des végétaux et, en retour, le niveau de photosynthèse et la sensibilité aux attaques d’insectes ravageurs ».

Les engrais avec un haut niveau de salinité ou de solubilité tirent aussi les Brix vers le bas car la plante se trouve suralimentée : elle peut être bien verte, mais le niveau de sucre sera faible. De plus, en concentrant ces éléments principaux, il y a un risque de déséquilibre pour d’autres éléments, et surtout pour les oligoéléments qui sont indispensables au bon fonctionnement des plantes et des cultures. Comme le niveau de Brix peut changer au cours de la journée, il va aussi varier au cours du développement végétatif de la culture. Ainsi, la reproduction étant un stress physiologique important, il se peut qu’au moment de la floraison, le niveau de Brix chute et que les plantes deviennent plus sensibles. C’est certainement ici que peut se jouer une fertilisation et/ou une forme de probiotique foliaire afin de doper la photosynthèse, à un moment où la plante peut avoir un passage à vide.

Le Brix semble donc être d’un indicateur généraliste, qui devra être complété par d’autres analyses plus précises et localisées pour affiner le diagnostic et mettre en place les moyens d’optimiser la photosynthèse et de faire monter le niveau de sucre, qu’il s’agisse d’un souci de compaction, d’alimentation ou d’un surplus d’ombrage.

Thomas Dykstra, qui, rappelons-le, est entomologiste, affirme que ce qu’il a vérifié avec les insectes semble aussi très probable avec les champignons et les maladies. L’avenir nous le dira !

Comment interpréter son Brix ?

La plupart des chercheurs s’accordent à dire que le seuil d’équilibre se situe autour du chiffre de 12 Brix minimum. La plante qui posséderait un résultat inférieur ne serait pas en bonne santé alors que celle qui est au-dessus le serait. Ce seuil peut néanmoins varier selon le type d’insecte et son type de tube digestif (unidirectionnel ou replié). En dessous de 12, la plante n’est pas à l’équilibre.

De 1 à 2, le végétal serait en train de mourir. Il ne peut simplement pas survivre car son niveau de photosynthèse est inférieur à la demande. Il est possible de le nourrir (foliaire) pour le sauver, mais sans aucune action, il risque de mourir.

Entre 3 et 7, la plante a une chance de survie, mais il faudra l’alimenter. Elle va pousser, faire des feuilles, voire des fruits, mais ne sera pas pour autant en bon état sanitaire. C’est pourtant un état assez courant pour les cultures, et Thomas Dykstra affirme que la grande majorité des plantes (75 %) qu’il a pu analyser dans les exploitations agricoles se situeraient dans ce niveau de Brix. Bien sûr, c’est mieux d’être à 7 qu’à 3, et il est possible de les accompagner avec une fertilisation adaptée, voire une protection.

De 8 à 12 : les plantes commencent à pouvoir se défendre par elles-mêmes. À ce niveau de Brix, et avec l’augmentation de la concentration en sucre, la plante va mieux retenir l’eau dans ses cellules et ses besoins en eau vont donc être minimisés. C’est également dans cette gamme de Brix que la résistance aux insectes débute.

À partir de 12 Brix et au-dessus, les végétaux commencent vraiment à être en bonne santé. Le risque d’attaques de maladies et de ravageurs est très limité.

avis d’expert = Alfred Gässler, conseiller agricole et formateur

« Coupler la mesure du Brix à des analyses de sève complètes »

« Mesurer des indicateurs de type pH, redox et Brix est l’une des premières étapes pour savoir comment va la plante. Pour obtenir le Brix, je recommande de couper une feuille et de l’écraser dans un presse-ail. On obtient un jus dont on prélève deux gouttes, que l’on glisse dans un réfractomètre.

On sait que si le Brix est bas, la vigne est mal nourrie et va attirer des insectes. De même, si le redox n’est pas au bon niveau, on sait que le cep ne va pas. Mais ce ne sont que des indicateurs. On ne sait pas quels sont les minéraux absents de la sève et on ne sait donc pas comment corriger le déséquilibre. Pour cela, il faut coupler ces résultats à des analyses de sève complètes, qui elles, permettront de mieux voir l’état nutritionnel de la plante.

Je réalise ces analyses chimiques avec le laboratoire Novacrop. J’obtiens les résultats sous cinq jours. À ce jour, je trouve que les données sur les oligoéléments fournies par le Nutriscope de Senseen ne sont pas encore aussi précises que celles obtenues par analyse chimique. Une fois que l’on a toutes ces informations, on peut agir et corriger les carences, afin que la plante soit correctement nourrie. »

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