Transmission : « Je vais aider le repreneur de mon exploitation en Charente sans m’imposer »

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Antoine Allard, le cédant, et Cédric Babaud, le repreneur, devant la serre en construction destinée à produire des fraises pour viabiliser l'exploitation céréalière. Crédits : © M.-C. Bidault

Antoine Allard a transmis le 1er octobre son exploitation à Cédric Babaud, après deux ans de recherche active pour trouver un repreneur conforme à ses attentes. Une transmission hors cadre familial qu’il souhaite accompagner sur le plan technique dans les premiers temps, tout en laissant les rênes à son repreneur.

C’est chose faite ! Cédric Babaud a repris au 1er octobre 2026 l’exploitation céréalière d’Antoine Allard à Vars, en Charente. Celui qui cherchait un repreneur correspondant très précisément à ses exigences a enfin trouvé « chaussure à son pied ». La tâche n’a pas été aisée, mais l’agriculteur charentais a pris le temps, avec l’aide de la chambre d’agriculture de la Charente, de trouver le candidat qui maintiendrait son exploitation « indépendante et viable », comme il le souhaitait.

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Cédric Babaud est le quatrième candidat sérieux à s’être présenté. Les précédents auraient pu faire l’affaire mais à chaque fois un obstacle a mis fin aux discussions. « Le premier candidat n’a finalement pas été suivi par sa banque, explique Antoine Allard. Avec le second, ça ne collait pas sur le plan humain. Je n’aurais pas pu, comme je le souhaite, l’aider dans les premiers temps et lui expliquer comment fonctionne l’exploitation. Le troisième a trouvé au dernier moment des terres à côté de sa ferme familiale. »

Un repreneur qui coche toutes les cases

Cédric Babaud est donc celui qui a franchi toutes les étapes et qui a aussi fait preuve de persévérance. « Cédric m’avait contacté en mars 2025. À l’époque, je lui avais répondu que je cherchais quelqu’un de plus jeune. J’étais d’autre part en discussion avec le deuxième candidat. Un an plus tard, il m’a rappelé, dans les jours qui ont suivi la republication de mon annonce sur le site répertoire installation. J’en ai déduit qu’il était vraiment très intéressé. » 

Cette fois-ci, Antoine Allard accepte, considérant finalement qu’à 40 ans il était encore tout à fait possible de se lancer dans un nouveau projet. « La banque m’a suivi, l’affaire a été ficelée en trois mois », se réjouit Cédric Babaud.

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Cédric Babaud a travaillé pendant vingt ans sur une exploitation (céréales, pommes de terre, élevage) en Charente, d’abord comme salarié puis comme associé. « Mais mon projet était de m’installer seul », énonce celui-ci. La ferme d’Antoine Allard, située à une dizaine de kilomètres de l’exploitation où il a grandi, l’a séduit. Elle va lui permettre de mettre en œuvre un projet qui lui tient à cœur, la production de fraises, en complément de l’activité céréalière existante. « Je suis en train de monter une serre de 1 200 mètres carrés pour produire des fraises hors-sol qui seront vendues principalement en direct sur la ferme. »

Ce projet, qui renforce la viabilité économique de l’exploitation, plaît à Antoine Allard. Cet atelier complétera les 110 hectares de terres où Cédric Babaud continuera à cultiver des céréales. Même si plus de la moitié est irrigable, ces terres argilo-calcaires superficielles ne permettent pas, dans le contexte économique actuel, de dégager un revenu suffisant.

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Une autre attente forte d’Antoine Allard portait sur la maison d’habitation présente dans le corps de ferme, dans laquelle il a vu grandir ses filles. « Je souhaitais un repreneur qui s’installe dans la maison avec sa famille pour que celle-ci continue à vivre. Cédric va s’y installer avec sa femme et sa fille. »

Un cédant qui veut aider sans s’impliquer

Mais trouver le bon repreneur ne signifie pas pour Antoine Allard disparaître du jour au lendemain de l’exploitation. Il souhaite accompagner Cédric Babaud dans les premiers temps pour lui transmettre l’expérience et le savoir-faire qu’il a acquis depuis son installation en 1990. « Je vais lui proposer mon aide la première année environ deux jours par semaine pour les champs, la mécanique, l’irrigation », explique Antoine Allard, qui se réjouit que son repreneur accepte son aide et ses conseils. 

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« En échange, Cédric me laissera continuer à utiliser l’atelier où mon outillage, que je souhaite garder, est entreposé. Cela me permettra de faire des travaux de mécanique sur les matériels de la ferme et pour mes propres bricolages. »

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« Je lui donnerai parfois mon avis mais il en fera ce qu’il veut. Je ne vais pas m’immiscer dans le fonctionnement de la ferme, explique Antoine Allard. Et quand je sentirai qu’il n’a plus besoin de moi, je m’en irai. » Celui-ci reconnaît que les choses seraient différentes si son repreneur était son enfant. « Je m’impliquerais davantage. En famille, le risque est plus grand de rester persuadé que sa propre façon de faire est la meilleure. Là, Cédric n’est pas un petit jeune, il a de l’expérience. Il va sans doute amener de nouvelles idées. » 

Pour Antoine Allard, l’absence de lien père-fils change profondément la relation entre cédant et repreneur. « J’ai connu cette situation avec mon père quand j’ai repris l’exploitation familiale. Nous nous sommes parfois affrontés car chacun avait sa façon de voir les choses. »

L'entente au cœur du passage de relais 

Antoine Allard insiste sur l’importance de la qualité de la relation humaine dans une transmission hors cadre familial. « La bonne entente avec le repreneur est indispensable. Quand Cédric est arrivé sur l’exploitation le 31 août, son premier travail a été de déchaumer. Il a utilisé mon matériel dont il n’a été propriétaire que mi-septembre. De mon côté, fin septembre j’ai géré mes récoltes de tournesol et maïs avec du matériel appartenant désormais à Cédric. Nous n’avons pas compté chaque litre de gasoil consommé. Tout cela s’est fait naturellement, en bonne intelligence. »

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L’objectif d’Antoine Allard est avant tout de transmettre son savoir-faire technique, qui constitue pour lui le cœur du métier. Il souhaite en revanche se dégager de tout ce qui l’a incité à céder son exploitation. « Un agriculteur a aujourd’hui une charge mentale très lourde. À la technique s’ajoute l’administratif, le réglementaire, les demandes d’aides… Je veux désormais avoir l’esprit tranquille. » 

C’est pourquoi Antoine Allard cède son exploitation avant d’avoir l’âge de la retraite pour se consacrer à d’autres projets. Il conservera néanmoins le statut d’agriculteur pendant encore trois ans, sur 20 hectares de prairies et jachères.

L’exploitation de Cédric Babaud : 110 ha de grandes cultures (blé tendre, orge, maïs, tournesol, soja et pois), 1 200 m2 en fraises hors-sol sous serre (première production prévue en 2027) avec vente directe. Terres argilo-calcaires superficielles. 78 ha irrigables. 

L’accompagnement de la chambre d’agriculture

Antoine Allard est accompagné par la chambre d’agriculture de la Charente depuis fin 2023. Après avoir suivi une formation sur la préparation à la retraite, qui l’a incité à alléger son activité, il a entamé les démarches de transmission. Une conseillère l’a aidé à définir son offre d’exploitation (description de l’exploitation, date et mode de cession, profil souhaité du repreneur…) et une fois validée, l’annonce a été publiée sur le site repertoireinstallation.com qui met en relation cédant et repreneur.

Depuis, la conseillère l’a mis en relation avec les candidats intéressés par son exploitation. « Elle a fait son travail d’entremetteuse », explique Antoine Allard. Aujourd’hui, cet accompagnement touche à sa fin, mais la conseillère reste présente dans la dernière ligne droite de la transmission. « Elle nous alerte avec Cédric sur les petits détails importants à avoir en tête, notamment sur les aspects fonciers. »

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