En Pays de la Loire, le projet de recherche-expérimentation Supernoma, cofinancé par la région et l’État avec de nombreux partenaires, a permis d’explorer de nouvelles pistes pour lutter contre les pathogènes du sol.
«Les Pays de la Loire sont leaders en mâche, jeunes pousses, radis, rappelle Charlotte Berthelot, responsable de l’unité Durabilité des systèmes de productions légumières (DSPL) au CTIFL de Carquefou (Loire-Atlantique). Mais les rotations courtes, l’occupation quasi permanente des sols et la baisse des solutions chimiques font que les productions y sont très exposées aux bioagresseurs du sol, comme les Pythium, Rhizoctonia et les nématodes. »
Des alternatives aux phytosanitaires ont été testées, comme la solarisation et la désinfection vapeur. « Ces techniques sont toutefois chronophages – et coûteuse pour la vapeur – avec une longue occupation des sols pour la solarisation, et dans les deux cas (solarisation et la désinfection vapeur) avec un impact négatif sur la biodiversité», indique Charlotte Berthelot. La protection repose donc en grande partie sur le biocontrôle et les préparations naturelles peu préoccupantes. «L’idée dans Supernoma a été d’explorer de nouvelles pistes innovantes», explique Charlotte Berthelot.
Plusieurs espèces d’intérêt
Une première piste est la culture de couverts d’intérêt ou plantes de services. «Les plantes de service sont des plantes cultivées en association avec la culture ou en rotation et qui régulent les bioagresseurs », rappelle la chercheuse. Certaines peuvent rendre la culture moins attrayante pour les bioagresseurs via l’émission d’exsudats racinaires toxiques ou en formant une barrière physique de mucilage. D’autres favorisent les mycorhizes qui vont protéger les racines de la culture.
« Nous avons mis au point une méthodologie de criblage en pots, puis en parcelles expérimentales, avec ensuite une validation de la faisabilité chez des producteurs », explique Charlotte Berthelot. Cinquante-deux plantes ont été évaluées sur trois ans. «Certaines réduisent les symptômes, mais aussi la biomasse, par compétition lumineuse, nutritive ou chimique. Les plantes d’intérêt sont celles qui réduisent les symptômes avec une biomasse augmentée ou égale», poursuit Charlotte Berthelot.
Plusieurs espèces d’intérêt ont été validées en parcelles expérimentales : chénopode, morelle de Balbis, avoine, luzerne, oignon, poireau, sorgho, orge. D’autres permettent une baisse des symptômes, mais aussi de la biomasse quand elles sont utilisées en association (menthe, lantana, haricot, navet, moutarde noire). «L’utilisation en rotation ou une baisse de densité pourrait peut-être limiter l’impact sur la culture», analyse Charlotte Berthelot. Un essai chez un producteur d’un couvert d’avoine rude semé fin septembre a validé l’intérêt de ce couvert pour réduire la pression Sclerotinia sur la parcelle. «Un objectif aujourd’hui est d’optimiser les implantations sur le terrain des plantes de services pour réduire la perte de surface des cultures de rente», développe Charlotte Berthelot.
Intérêt du radis fourrager en biofumigation
Une autre piste pour réduire les pathogènes du sol est la biofumigation. Charlotte Berthelot explique que «la biofumigation consiste à mettre en place un couvert ou des pellets de plantes, à les enfouir et à fermer le sol par lissage ou bâchage quinze jours minimum. Les plantes libèrent alors des molécules volatiles toxiques pour les bioagresseurs ».
Les plantes intéressantes en biofumigation sont surtout des crucifères, riches en glucosinolates qui sont dégradés dans le sol en isothiocyanates et thiocyanates, et le sorgho qui produit de l’acide cyanhydrique. Différents pellets et couverts ont été évalués en pots contre Pythium ou Rhizoctonia. Plusieurs essais montrent notamment l’intérêt du radis fourrager en biofumigation pour lutter contre les Pythium. «Un essai terrain de radis fourrager semé en fin d’été à 25 kilos par hectare a donné des résultats très probants, avec beaucoup moins de dépérissement de la mâche», rapporte Armelle Braud, conseillère Vie du sol au Comité départemental de développement maraîcher (CDDM).
Des essais ont aussi montré l’intérêt de pellets de moutarde de carinata à deux et quatre tonnes par hectare pour lutter contre le rhizoctone en radis. «L’effet toutefois semble limité à la première culture. Et les pellets à six tonnes par hectare sont phytotoxiques. De plus ces pellets sont difficiles à trouver. Les pellets de ricin, plus courants, n’ont pas donné de résultats contre la fusariose en échalion », annonce la conseillère.
Apport de composts suppressifs
Autre possibilité : valoriser l’activité biologique des composts. «Les composts, souvent utilisés en amendement, peuvent aussi avoir une activité de biocontrôle, car ils sont riches en micro-organismes », note Charlotte Berthelot. Dix composts ont été caractérisés et testés en conditions contrôlées. Au CTIFL de Carquefou, trois composts ont significativement amélioré le poids de laitues en été (Fertil SPM, Fumier de poule composté, C.Mix Elémenterre). Sur mâche en hiver, deux composts ont amélioré le poids (Thé de compost oxygéné, Lombricompost).
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Dans un essai du CDDM sur radis, en conditions de forte pression Rhizoctonia (conditions contrôlées), le compost FE, à base d’effluents d’élevage, à 80 tonnes par hectare a donné de très bons résultats, avec 90 % de radis sains, contre 10 % sur le témoin. «Un effet dose a été observé, précise Armelle Braud. Le compost a été très efficace à 80 tonnes par hectare, significativement moins à 20 et 40 tonnes par hectare. À 80 tonnes par hectare, il a en revanche provoqué une forte libération d’azote qui a retardé la levée des radis.»
Des essais en conditions contrôlées ont aussi montré l’intérêt d’un compost de champignonnière contre le Rhizoctonia. «L’effet apparaît surtout à la deuxième culture, le temps peut-être que les micro-organismes du compost s’installent dans le sol, et se poursuit à la troisième culture », indique aussi Armelle Braud.
Poursuite des travaux avec le projet Pulsar
Les travaux initiés dans Supernoma devraient se poursuivre dans le cadre d’un nouveau projet : Pulsar. Des plantes de service et la biofumigation seront testées chez des producteurs. Les composts ayant montré des effets intéressants en conditions contrôlées, notamment le compost de champignonnière, facile à trouver et peu coûteux, seront à nouveau testés, seuls ou après une biofumigation. Des essais seront aussi menés sur le compost de biodéchets, qui pourrait à l’avenir être une source importante de compost.
Combiner plusieurs leviers contre les nématodes à galles
Des essais ont été menés en tomate pour lutter contre les nématodes à galles chez un producteur très touché par le ravageur.
En 2022, l’œillet d’Inde (tagète), connu pour ses effets nématicides, a été associé à la culture à raison d’un plant d’œillet par plant de tomate. «L’efficacité a été très partielle et hétérogène, indique Arjuna Ravindirane, chargé de mission “santé des plantes” au comité départemental de développement maraîcher de Loire-Atlantique. De plus, la mise en place et le maintien sont difficiles et chronophages. »
En 2023, les œillets ont été remplacés par du Cedroz, nématicide de biocontrôle à base de terpène, ou par une solution à base d’extraits de tagète, avec un apport une fois par mois, puis deux fois par mois en été. 15 à 20 % des plants ont été touchés par des nématodes pour les deux produits, contre 40 % sur le témoin. « Ces produits ont un effet, mais sont insuffisants utilisés seuls. Il peut être intéressant de les intégrer dans la stratégie de protection, combinés à d’autres leviers, comme un couvert piège en interculture et/ou des acariens prédateurs», indique le chargé de mission.
En 2024, la combinaison d’un double sorgho (un en septembre et un en mars), d’acariens prédateurs, du Cedroz, de l’extrait de tagète et d’un porte-greffe résistant a été testée. Le taux de plantes avec des galles a été significativement inférieur, avec un indice de galle racinaire (IGR) de 2,9 pour cette stratégie (15 % de racines touchées avec quelques petites galles), contre 3,5 pour la référence + double sorgho et 4,8 pour le témoin. Le nombre de nématodes était réduit de 93% pour cette stratégie et de 79% pour la référence + double sorgho par rapport au témoin.
«Ces essais confirment qu’une combinaison de leviers est nécessaire pour assurer une réduction viable des populations et de la gravité des attaques des nématodes à galles», résume Arjuna Ravindirane.