Le confort de vos bâtiments porcins dépend-il de leur éclairage ?

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L'éclairage est un facteur clé mais encore sous-estimé des conditions de travail. Crédits : © Chambre d'agriculture de Bretagne

Surveillance, lavage et déplacements… En élevage porcin, certaines tâches quotidiennes sont directement affectées par la qualité de l’éclairage. Résultats d’une enquête conduite par les chambres d’agriculture de Bretagne et des Pays de la Loire.

En élevage porcin, l’éclairage est souvent perçu comme un détail technique.

Il est principalement réfléchi en verraterie, tant celui-ci impacte les performances de reproduction des truies. Pourtant, l’éclairage influence également la sécurité, le confort visuel et les conditions de travail au quotidien. 

Une étude exploratoire (1) menée auprès d’une quarantaine d’éleveurs et salariés bretons et ligériens révèle l’impact souvent sous-estimé des ambiances lumineuses naturelles et artificielles sur les conditions de travail.

Un éclairage parfois inadéquat pour les porcs en engraissement

Selon cette enquête, même si les conditions lumineuses dans les élevages sont globalement jugées satisfaisantes, certaines tâches restent source d’inconfort. Parmi elles, la surveillance des animaux, en particulier dans les salles d’engraissement, apparaît comme la tâche où l’amélioration de l’éclairage est la plus attendue. Des difficultés sur le suivi de l’état des queues longues en lien avec un éclairage insuffisant, ont notamment été évoquées par les éleveurs. 

Selon les travailleurs interrogés, plusieurs pistes pourraient significativement améliorer le confort visuel : remplacer les luminaires obsolètes, ajouter des points lumineux là où ombres et profondeur des cases limitent la visibilité et mieux penser leur positionnement. Vient ensuite le lavage des salles, souvent compliqué par le brouillard généré par les nettoyeurs haute pression. Celui-ci réduit fortement la visibilité, complique l’identification des zones souillées et augmente le risque de chutes ou de blessures. Les professionnels n’ont actuellement aucune solution spécifique pour pallier ce problème, bien que certaines pratiques, comme le renforcement de la ventilation, permettent d’atténuer partiellement l’effet du brouillard. Des pistes d’amélioration sont actuellement à l’étude dans le cadre du projet. 

Un impact des contrastes lumineux sur le déplacement des porcs

Enfin, le déplacement des animaux peut également être perturbé par des contrastes lumineux trop marqués : confrontés à des zones plus sombres ou des changements de luminosité brusques, les animaux s’arrêtent et refusent parfois d’avancer. 

Pour y remédier, il convient d’optimiser l’implantation des luminaires et des fenêtres, afin d’assurer une lumière homogène et un environnement visuellement confortable, tant pour les animaux que pour les travailleurs. Par exemple, il peut être utile de calfeutrer partiellement les fenêtres extérieures situées en face du couloir de sortie des salles, afin d’éviter d’exposer les porcs à de fortes variations de lumière. 

L’essor des LED en élevage de porcs

La lumière artificielle est perçue comme complémentaire à la lumière naturelle, pas un substitut. Tous les enquêtés équipés de LED saluent la qualité d’éclairement et les économies d’énergie qu’elles permettent. Pourtant, leur adoption reste freinée par l’investissement associé. Les tubes fluorescents – interdits à la vente depuis 2023 - sont principalement remplacés lorsqu’ils arrivent en fin de vie, au cas par cas. Le résultat : des salles où coexistent différentes qualités de lumière, créant un confort visuel inégal et des circuits électriques soumis à des déséquilibres de charge.

Les contraintes de la lumière naturelle

La lumière naturelle est unanimement appréciée : elle rend l’environnement de travail plus agréable, avec une sensation d’ouverture vers l’extérieur. Cependant, elle pose des défis concrets :

Un coût d’installation élevé.

Des obstacles réglementaires, notamment dans les bâtiments existants, où l’installation de surfaces éclairantes supplémentaires est souvent complexe et onéreuse (exemple du cahier des charges Label Rouge qui prévoit un passage de 1 % à 3 % de surface éclairante) ;

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Gestion thermique en été, pouvant impacter le confort des animaux ;

Entretien des surfaces vitrées pénible (nombreuses fenêtres, lanterneaux en hauteur…) et chronophage.

Des solutions modulables, simples et accessibles pour gérer le rayonnement solaire direct restent à développer pour faciliter le déploiement.

Solutions intégrées dès la conception du bâtiment porcin

Les résultats de cette étude convergent vers un constat clair : l’éclairage ne peut plus être traité comme un ajout de dernière minute dans la conception ou la rénovation d’un bâtiment. L’optimisation des conditions de travail associées au confort visuel des travailleurs repose sur une approche intégrée combinant lumière artificielle, lumière naturelle, mais aussi éléments architecturaux (hauteur sous plafond, couleur et réflectance des surfaces). 

L’intégration précoce de ces critères dans les projets de construction ou de rénovation permettrait de réduire les interventions correctives ultérieures coûteuses. Peu d’éleveurs et de concepteurs de bâtiments ont aujourd’hui recours aux logiciels de simulation d’éclairage — tels que DIALux ou Relux — pourtant capables de modéliser avec précision la distribution lumineuse dans une salle avant même sa construction. Une étape qui permettrait pourtant d’éviter des erreurs de conception, comme des zones d’ombre mal placées ou une intensité lumineuse insuffisante ou non homogène. Cette étude exploratoire sera complétée par un travail plus approfondi sur l’éclairage en élevage porcin dans le cadre du projet Aluminah, qui vise à améliorer les apports de lumière naturelle et artificielle dans les bâtiments d’élevage pour répondre aux besoins des travailleurs et des animaux.

Claire Walbecque, [email protected] ;

(1) Enquêtes réalisées dans le cadre du projet Casdar Aluminah

Eclairage Led : un potentiel inexploité

Les technologies LED ouvrent de nouvelles perspectives pour améliorer les conditions de travail, mais aussi les performances et le bien-être animal. Cependant, les références techniques font encore défaut.

L’éclairage LED et ses technologies associées permettent de moduler l’intensité, la couleur, la photopériode et la gradation progressive à l’allumage et à l’extinction — autant de paramètres susceptibles d’influencer le comportement, la reproduction et les performances zootechniques des animaux. Les LED permettent de basculer facilement entre des ambiances lumineuses optimisées pour les besoins des animaux à des configurations adaptées aux interventions de l’éleveur, que ce soit pour la surveillance ou les opérations de lavage par exemple. Mais malgré ce potentiel, leur adoption sur le terrain reste freinée par un double obstacle : un coût d’investissement encore élevé, et surtout, l’absence de recommandations techniques claires et validées pour guider les éleveurs dans leurs choix. C’est précisément pour combler ce vide que le projet Aluminah a été lancé, avec l’ambition de produire des références concrètes et opérationnelles à destination de la filière porcine, mais aussi de veaux de boucherie et de volailles de chair.

C.W.

Côté web

Les résultats de cette étude ont été présentés aux Journées de la Recherche Porcine 2026

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