L'assemblée générale de l'association d'éleveurs ELVEA 19 s'est tenue à Tulle le 29 octobre, avec notamment au programme le départ de son président Gilbert Delmond, après près de quarante ans à la tête de la structure. Cette assemblée a réuni éleveurs, abatteurs et partenaires institutionnels, parmi lesquels le nouveau président du Conseil départemental, Laurent Darthou, l'ancien président d'ELVEA France, Philippe Auger, et le préfet de la Corrèze, Vincent Berton.
Un exercice 2025 en perte de vitesse, des prix en hausse
Les comptes de l'exercice, présentés par la directrice, Coralie Sirieix, et votés à l'unanimité, font apparaître un total de bilan en recul. Le résultat de l'exercice ressort déficitaire à 20 352 €, contre un bénéfice de 6 474 € en 2024. Une perte essentiellement imputable à la régularisation des plus-values label, à la baisse du nombre de veaux et à la contraction des cotisations.
Côté effectifs, ELVEA 19 affiche une relative stabilité : 435 adhérents (dont une dizaine d'élevages du Lot ayant récemment rejoint la structure) et 16 acheteurs désignés, après le retrait de Viande des Gourmets. Le cheptel adhérent compte 27 823 mères, soit près de 24 % du cheptel départemental.
Mais la production de veaux sous la mère s'effondre : 6 061 veaux commercialisés en 2025, en baisse de 23,1 % sur un an et de 53,5 % depuis 2018. À l'échelle départementale, la production est passée d'environ 32 000 veaux en 2005 à 9 204 en 2025 : deux tiers du volume ont disparu en vingt ans. ELVEA 19 représente néanmoins deux tiers de la production départementale.
La note positive : les prix. Le prix moyen s'établit à 10,96 €/kg carcasse (montant moyen de 1 662 € par tête, poids moyen de 151,74 kg), en nette progression par rapport à 2023. Les veaux vendus en foire continuent de chuter (721 têtes, – 38 %), tandis que la qualité reste stable en couleur et conformation, même si l'état d'engraissement se dégrade, avec six points de veaux en moins classés « 3 », une tendance que les abatteurs confirment être encore plus marquée en 2026.
La filière bœuf limousin Label Rouge reste dynamique : 210 exploitations labellisées en 2025 et 15 960 € de plus-values reversées aux éleveurs (0,15 €/kg carcasse). Le programme cuirs FECNA mobilise désormais 140 éleveurs (+ 22 exploitations), avec 26 775 € reversés pour 3 825 cuirs tracés.
La tendance 2026 inquiète : entre l'effondrement du bassin pyrénéen, la sécheresse et la crise du broutard, les intervenants évoquent une nouvelle baisse de la production de 5 à 25 % selon les catégories, et un retour à la baisse du veau sous la mère après le rééquilibrage de 2025. Le bassin de production se recentre sur la Corrèze, la Dordogne et le Lot.
La relève
Un nouvel organigramme a été présenté : Fabien Fayolle et Benjamin Chambaudie prennent la co-présidence d'ELVEA 19, épaulés par deux vice-présidents, Sébastien Chauzat et Pascal Delors. Une foire primée aux bovins gras est par ailleurs relancée à Objat le 12 novembre, avec une trentaine d'animaux inscrits.
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Présent au sein d'ELVEA depuis près de quarante ans, Gilbert Delmond est revenu sur les grandes étapes de l'évolution de l'association. Entré au bureau six mois après son élection comme administrateur, il a accompagné son développement, depuis une structure qui comptait une centaine d'éleveurs et deux salariés jusqu'à l'acquisition de ses propres locaux et la mise en place du label avec un premier partenaire limougeaud. Le premier millésime ne comptait alors que… cent veaux, contre 22 000 pour un concurrent. Aujourd'hui, ELVEA est devenue la première structure de la filière.
« On est devenus la première structure grâce à nos abatteurs. J'ai avec eux des relations qui sont vraiment très proches », a-t-il expliqué, avant de remercier les membres de son conseil d'administration. « Rester quarante ans, c'est vraiment un mandat très long. »
Laurent Darthou, nouveau président du Conseil départemental, a d'abord rappelé les difficultés auxquelles fait face la profession :
« Jamais l'agriculture n'a été attaquée comme elle l'est aujourd'hui. En Corrèze, on a besoin de vous, on a besoin de vous protéger. »
Il a ensuite salué le parcours du président sortant avant de lui remettre la médaille du Département de la Corrèze.
Philippe Auger, ancien président d'ELVEA France, à la tête de la fédération nationale pendant douze ans, a également évoqué leur collaboration professionnelle. Gilbert Delmond en a été le premier vice-président durant ses quatre mandats. Il a notamment souligné son engagement et sa détermination au fil de ces années de travail commun.
Le préfet de la Corrèze, fidèle à l'assemblée, a ensuite pris la parole. Saluant une production « qui est l'identité de la Corrèze, vertueuse sur le plan environnemental », il a déploré l'échec du dossier veau sous la mère dans la mobilisation de la prochaine programmation PAC, le « regret de fin de carrière » exprimé par le président sortant, tout en enjoignant la filière à « ne rien lâcher » d'ici au plan d'orientation agricole attendu en 2027. Il a détaillé les aides d'urgence et annoncé le souhait d'éviter à tout prix la décapitalisation des cheptels. « On n'observe pas encore de mouvements massifs de décapitalisation, mais on sait que ça risque de venir dans l'hiver », a-t-il averti. Il a enfin plaidé pour la contractualisation entre éleveurs et grande distribution, présentée comme la meilleure protectiondans « un monde de plus en plus insécurisé ». Et de conclure : « Haut les cœurs, l'avenir n'est pas noir. Il y aura toujours de la place, plus que jamais, pour des gens engagés et passionnés, à l'image de votre président. »