Après la sécheresse, "revoilà les rats" !

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Dès les premières pluies, les campagnols ont recommencé à travailler avec une densité qui a vite explosé, comme le constatent Simon Veschambre et Rémy Beyle. Crédits : © P. Olivieri

Sur le plateau du Limon dans le Cantal, la pluie n’a pas permis une repousse d’herbe dense. Elle a suffi en revanche à la prolifération des campagnols terrestres, qui hypothèquent déjà les récoltes de 2027 du Gaec Beyle.  

“Les rats, ça fait un moment qu’on vit avec”, lâche Lisette Beyle. Depuis 1989 exactement, sans que la famille Beyle, installée à Carlucet de Cheylade, sache exactement pourquoi. Ici à 1 150 mètres d’altitude sur le 
plateau du Limon, les pratiques d’élevage séculaires n’ont pas changé : les salers paissent toujours sur des prairies naturelles, des parcelles qui n’ont pas été remembrées et qui ne reçoivent qu’un peu de lisier de la ferme. Seule  certitude, depuis leur première incursion, les campagnols terrestres reviennent massivement au gré de  pullulations cycliques. 

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Après celle, dévastatrice de 2015-2016, ce secteur historiquement colonisé par le rongeur a essuyé une résurgence en 2021. Cinq ans plus tard, à la faveur des deux seuls orages qui ont daigné arroser le plateau grillé fin août, les voilà de retour. Avec une population qui a explosé en à peine un mois. “Quand on a fâné, c’était propre, il y avait une taupe ou deux qui ressortaient mais pas plus, on avait traité les parcelles au PH3 au printemps. Dès qu’il a plu, ça s’est réveillé, surtout sur les hauteurs de Cheylade, d’Apchon”, constate Rémy Beyle, installé avec son frère Arnaud et leur père Jean-François en 2021.

Campagnols : près de 100 ha infestés

Deux mois plus tard, ce sont déjà près de 100 ha, pas loin de la moitié de la SAU de l’exploitation(1) qui sont touchés sur Cheylade, Apchon, Murat aussi. Seul le pourtour du bâtiment de Carlucet est épargné, “grâce aux chats”, glisse Lisette, sa mère. Traiter les parcelles infestées au Ratron® GW (phosphure de zinc), le seul produit de lutte chimique autorisé ? “Le problème, c’est qu’on ne sait pas si on est au début du pic ou pas... Et je m’interroge sur l’efficacité du produit, est-ce que finalement ça ne maintient pas la population de rats à moyenne densité ?”, interroge l’éleveur qui a eu recours au rodenticide en 2021. 

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“On peut aussi comprendre en cette fin d’année 2026 que des éleveurs préfèrent mettre 3 000 € dans un camion de foin pour passer l’hiver plutôt que dans du Ratron pour traiter 50 ha avec une efficacité estimée à 50 %”, explique Simon Veschambre, également éleveur à Cheylade et président de la FDGDon (Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles). 

“Si on ne peut pas faire de stock à cause des rats, cette fois on n’a rien en réserve”, alerte l’agriculteur

Le secteur est non seulement l’un des épicentres de la prolifération des campagnols mais il a aussi été l’un 
des plus sévèrement touchés par la sécheresse. Si les enrubannages fin mai ont été corrects comme le foin non déprimé, il n’y a pas eu de secondes coupes. Le déficit fourrager dépasse les 50 %. Hormis les bourrettes, tous les animaux ont été alimentés au pré depuis début août. “On continue car les repousses sont maigres”, indique Rémy Beyle. Et les premières gelées ont fait leur apparition. À ce jour, le Gaec a déjà acheté 42 tonnes de luzerne, 110 t de foin, “et il va manquer encore deux à trois remorques pour tenir tout l’hiver, sachant qu’on avait du reste des années antérieures”, précise Arnaud Beyle. L’inquiétude grandit donc pour 2027.

Sécheresse, rats, cours,... : triple peine

Déjà mises à mal par les conséquences de la sécheresse, les trésoreries essuient aujourd’hui l’effondrement des cours des animaux maigres. Une double peine aggravée chez certains par des veaux qui vont manquer à l’appel : des vagues d’avortement sont en effet recensées dans les élevages. FCO-3, virus Shamonda, stress hydrique ? Peut-être une combinaison funeste des trois. “Le printemps va être compliqué et sans orientation possible, ça n’aide pas à se projeter”, pose Simon Veschambre. À cette série soire, le Gaec Beyle, qui a déposé un dossier bâtiment pour une nouvelle stabulation, doit aussi ajouter la hausse des taux 
d’intérêt, qui ont dépassé les 4 %. 

A découvrir : https://www.reussir.fr/formats/podcasts/campagnol-terrestre-ennemi-public-ndeg-1-des-prairies-un-nouveau-podcast

(1) Le Gaec élève 150 mères salers pour une production de broutards, d’animaux d’élevage et de reproducteurs. Les 212 ha de SAU sont Arépartis entre différents sites : Cheylade, Apchon, Murat et une estive à Saint-Saturnin.

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