Zones intermédiaires : « un terrain privilégié pour répondre aux évolutions de l’agriculture française » selon Chambres d’agriculture France
Dans son numéro de septembre des « Analyses et perspectives », Chambres d’agriculture France s'intéresse aux « zones intermédiaires ». Selon l’étude, elles constituent « un terrain privilégié pour réfléchir aux évolutions de l’agriculture française ».
Dans son numéro de septembre des « Analyses et perspectives », Chambres d’agriculture France s'intéresse aux « zones intermédiaires ». Selon l’étude, elles constituent « un terrain privilégié pour réfléchir aux évolutions de l’agriculture française ».
Dans sa publication « Analyses et perspectives » de septembre, Chambres d’agriculture France s’intéresse aux zones intermédiaires. Intitulée « Quand les zones intermédiaires interrogent le modèle agricole français », l’étude montre en quoi elles représentent un terrain privilégié pour répondre aux évolutions de l’agriculture française.
Mais de quoi parle-t-on exactement ? Pour Magali Catteau, chargée d'études économiques à Chambre d'agriculture France et auteure de l’étude, « les zones intermédiaires, aussi appelées « zones à faible potentiel de production » s’étendent de l’ancienne région Lorraine jusqu’aux Charentes. La nomenclature s’est étendue, depuis la programmation PAC 2023-2027. Ainsi, l’identification des départements situés – entièrement ou partiellement – en zone intermédiaire ne figure que dans un document de la PAC sur les mesures agro environnementales et climatiques (MAEC). Ces espaces ne sont ainsi définis qu’à travers l’octroi d’une aide sur la qualité et la gestion quantitative de l’eau ».
Des cultures céréalières avec des rendements inférieurs à la moyenne nationale
Les zones intermédiaires (ZI) se caractérisent principalement par des cultures céréalières avec des rendements inférieurs à la moyenne nationale : pour la période 2018-2022, la moyenne nationale des rendements en blé tendre s’élevaient à 72 quintaux/ha (q/ha) contre 60,1 q/ha pour les 18 départements situés entièrement en ZI (hors départements d’Occitanie). Au fil du temps, les exploitations ont dû s’agrandir pour survivre, au risque de fragiliser le modèle. « Entre 1988 et 2010, les exploitations agricoles situées dans les 18 départements entièrement en ZI, ont été divisées par deux. Le déclin est plus marqué pour les filières d’élevage : les fermes spécialisées en vaches laitières ont été divisées par 5 et par 2,5 pour les vaches allaitantes » souligne l’auteure.
« Le sujet des coûts de production et des charges d’exploitation est central à la problématique des zones intermédiaires »
« Le sujet des coûts de production et des charges d’exploitation est central à la problématique des zones intermédiaires » affirme Magali Catteau qui explique que les agriculteurs ont été obligés de s’équiper en matériel coûteux, et d’augmenter l’usage de produits de fertilisation et de traitement des cultures, ce qui a rendu les exploitations structurellement fragiles. « L’impasse du modèle agricole des zones intermédiaires s’explique en partie par plusieurs décennies d’évolution des politiques agricoles misant sur la performance des exploitations. Mais cette recherche de performance s’est accompagnée d’une dépendance croissante aux facteurs de production externes : énergies fossiles, engrais azotés, marchés internationaux » avance-t-elle.
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Rechercher davantage de robustesse
Face à l'accumulation des aléas économiques, climatiques et géopolitiques, l’auteure explique que pour les zones intermétiaires, « renforcer la robustesse ne consiste plus à rechercher une performance maximale en toutes circonstances, mais à réduire la sensibilité de l'exploitation aux aléas, et donc sa vulnérabilité, afin de maintenir son fonctionnement dans la durée ». Et pour ce faire, il faut changer de perspective. « Si le modèle agricole des années 1960 visait la performance, celui des prochaines années devra sans doute rechercher davantage de robustesse » affirme Magali Catteau.
Plusieurs leviers complémentaires sont recommandés : évolution des pratiques culturales, association entre animal et végétal, diversification des activités agricoles ou encore développement de relations avec l’aval des filières.
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Changer les pratiques culturales
Pour ce qui est de la diversité des cultures, l’auteure cite la diversification des assolements, notamment par l’introduction de légumineuses, de production de niche (pois, cultures à usages non alimentaires), ou encore par l’allongement des rotations, qui constitue un levier de réduction de l’exposition aux risques provoqués par la dépendance à une production. Selon elle, cette stratégie permet de diminuer l’usage de produits de fertilisation et de traitement des cultures et ainsi de réduire la dépendance aux intrants extérieurs. « Néanmoins certaines productions restent conditionnées et liées aux débouchés parfois insuffisants » nuance-t-elle.
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Créer des ateliers d’élevage communs
En ce qui concerne l’élevage/culture, l’auteure explique : « La recherche menée par Lore-Élene Jan (agroéconomiste, ndlr), propose par exemple la création d’ateliers d’élevage communs à plusieurs exploitations céréalières permettant de mutualiser les investissements et le travail dans des territoires où la densité d’élevage est aujourd’hui faible. Cette perspective pourrait être particulièrement pertinente dans des zones à faible concentration d’élevage, mais reste dépendante de facteurs techniques, humains, économiques. Elle suppose un fort intérêt de la part de l’agriculteur ainsi que des débouchés stables ». Mais étant donné la crise que traverse l’élevage bovin français, Magali Catteau estime que la filière semble trop fragilisée pour constituer une piste de relance, car elle nécessite une « forte demande en investissements et en main d’œuvre ».
Selon elle, l’aviculture pourrait être une alternative appropriée car « les investissements sont plus vite rentabilisés et la consommation de volaille continue de progresser en France ». Et d’ajouter : « Ainsi, la réintroduction de l’élevage en zones intermédiaires ne peut constituer une solution généralisable mais reste toutefois économiquement prometteuse sous certaines conditions : débouchés, charge de travail, investissements, acceptation sociale ».
Développer la robustesse des territoires et diversifier l’activité agricole
L’auteur estime qu’il faut parallèlement développer la robustesse des territoires : le maintien d’un tissu d’acteurs et entreprises de l’aval tels que les abattoirs de proximité et autres infrastructures de transformation sont indispensables pour accompagner les producteurs à diversifier leurs productions.
Les ZI bénéficieraient également de la diversification de l’activité agricole. Selon l’auteure, ce que les exploitations de zones intermédiaires ne peuvent compenser par des gains de rendement, elles peuvent le rechercher dans une meilleure valorisation de leurs productions et dans la recherche de débouchés mieux rémunérés. Elle s’interroge sur la seule capacité de l’activité agricole à assurer un revenu suffisant et prône donc la diversification : production d'énergie, transformation à la ferme, tourisme, vente directe ou encore services environnementaux.
Il faut accompagner l’adaptation au-delà de l’exploitation
Pour Magali Catteau, la coopération entre acteurs est un levier important à mobiliser. Elle souligne que les politiques publiques ont un rôle à jouer dans l'accompagnement des adaptations, mais « ne peuvent à elles seules résoudre les fragilités structurelles des zones intermédiaires ». Les outils de gestion des risques (assurance récolte, FMSE), les aides à l'investissement ou les MAEC sont importants mais interviennent principalement à l'échelle de l'exploitation. « Or les vulnérabilités mises en évidence dans les zones intermédiaires relèvent également de dynamiques territoriales : disparition des filières d'élevage, faible densité d'industries agroalimentaires, manque d'attractivité ou encore difficultés de renouvellement des actifs agricoles. Dès lors, les politiques de développement rural, en soutenant les investissements collectifs, la structuration des filières ou les projets territoriaux, constituent un complément aux soutiens directs de la PAC » affirme l’auteure.