Trois stratégies à combiner pour protéger les poulets des coups de chaleur
L’Itavi teste trois leviers pour protéger les poulets de chair du stress thermique. Aliment enrichi, eau froide, jeûne préventif : chacun a ses atouts, mais il faudra les combiner pour obtenir la meilleure efficacité.
L’Itavi teste trois leviers pour protéger les poulets de chair du stress thermique. Aliment enrichi, eau froide, jeûne préventif : chacun a ses atouts, mais il faudra les combiner pour obtenir la meilleure efficacité.
Avec un réchauffement de + 4 °C attendu en France d’ici la fin du siècle, les épisodes de canicule vont devenir de plus en plus récurrents. Les projections climatiques montrent que la fréquence, l’intensité et la durée des vagues de chaleur vont augmenter (nombre de jours de vagues de chaleur multipliés par un facteur 10), non sans conséquences sur les élevages de volailles. En dehors des outils de gestion de l’ambiance au sein du poulailler, des stratégies existent pour limiter les conséquences des coups de chaleur sur les volailles.
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Un essai mené par l’Itavi en conditions de stress thermique intense (deux challenges thermiques cycliques 25-32 °C pendant sept jours) montre l’intérêt de combiner différents leviers : apport d’un aliment enrichi, interruption temporaire de la distribution d’aliment et refroidissement de l’eau de boisson.
1. L’aliment concentré : plus de bien-être et de performances
Les résultats de l’essai confirment que la distribution d’un aliment concentré fait nettement la différence. Une meilleure viabilité a été mesurée et de bien meilleures performances. À 42 jours, les poulets nourris avec un régime concentré avaient près de 200 g de poids vif supplémentaire (3,018 kg, contre 2,826 kg pour le témoin) et un indice de consommation nettement amélioré (1,58, contre 1,72 pour le témoin). L’apport combiné d’énergie et de lysine (un acide aminé essentiel pour la croissance) a permis un gain de poids supérieur à niveau de consommation équivalent. Un troisième bénéfice notable de l’aliment concentré lors de l’essai est la plus faible prévalence de pododermatites : seulement 4 % dans le traitement concentré alors qu’elle était de 33 % pour le témoin.
2. L’interruption temporaire d’alimentation efficace sur les jeunes
L’intérêt d’interrompre l’accès à l’aliment pendant les pics de chaleur varie selon l’âge. Chez les jeunes, lors du premier stress à 24 jours, la stratégie de coupure temporaire de distribution de l’alimentation a fait chuter la température corporelle à 41,5 °C contre 42,4 °C pour le témoin. Cela a réduit particulièrement le halètement puisque seuls 10 % des animaux halètent, contre 84 % chez le témoin. Un bénéfice significatif en termes de bien-être lié à la physiologie digestive. En effet, l’absence d’alimentation aux heures les plus chaudes limite la production de chaleur pour digérer (chaleur postprandiale). Moins de production de chaleur, c’est une température corporelle plus basse et moins de stress thermique. Mais dans le cadre de l’essai, cette stratégie a des limites et ne suffit pas lorsque les volailles sont plus âgées (ou plus lourdes). Lors du second coup de chaleur (J35), leur température corporelle est effectivement plus basse (42,0 par rapport à 42,8 °C pour le témoin). En revanche, la charge thermique reste trop importante et le halètement nécessaire. Enfin, l’accès restreint à l’aliment a permis de maintenir des performances zootechniques similaires à celles du témoin.
3. L’eau refroidie, un intérêt plus modeste mais réel
Séduisant au demeurant, le refroidissement de l’eau à 16 °C présente des effets beaucoup plus modérés, mais non négligeables. La température corporelle baisse de 0,3 °C en moyenne et apparaît plus homogène, suggérant que les animaux les moins résistants sont mieux préservés. L’effet est d’autant plus marqué que le stress thermique est élevé : chez les animaux recevant l’aliment concentré, la baisse atteint 0,6 °C. L’eau fraîche aide particulièrement les poulets qui doivent évacuer une extra-chaleur importante liée à la digestion. La mortalité cumulée reste inférieure à celle du témoin après chaque stress thermique.
Eva Pampouille, de l’Itavi
« Combiner les leviers, la vraie solution »
« Cette étude montre qu’aucune stratégie ne s’impose comme LA solution miracle. L’aliment concentré est une solution intéressante, en améliorant les performances et limitant les pododermatites, mais reste sans doute la solution la plus coûteuse. La stratégie de coupure de distribution alimentaire soulage les jeunes animaux tandis que l’eau refroidie apporte un bénéfice marginal mais précieux.
Face aux futurs risques de coups de chaleur, ces résultats montrent qu’une combinaison de plusieurs stratégies apparaît pertinente pour lutter contre la diversité des stress thermiques, notamment pour les animaux âgés chez lesquels les leviers d’atténuation sont moins efficaces pris séparément. Cela reste toutefois à mieux démontrer. »
Deux challenges thermiques en phase de croissance et finition
L’essai mené par l’Itavi a soumis 336 poulets Ross 308 à deux stress thermiques successifs de sept jours, en croissance (J21-J27) puis en finition (J35-J41), avec des pics à 32 °C durant cinq heures suivis d’une baisse progressive jusqu’à 25 °C. Deux stratégies nutritionnelles spécifiques ont été testées et comparées à une stratégie témoin, basée sur un aliment commercial standard. La première stratégie testée s’est appuyée sur un aliment concentré en énergie (+ 110 à 210 kcal/kg selon la phase) et acides aminés (+ 0,10 à 0,15 % selon la phase). La seconde stratégie a consisté en une interruption de la distribution d’aliment pendant les pics de chaleur (5 heures). Pour chacune, deux modalités d’abreuvement ont été proposées avec la distribution d’eau tempérée (témoin) ou d’eau refroidie à 16 °C.
Côté Biblio
Effets du refroidissement de l’eau de boisson et des modalités d’alimentation chez les poulets de chair en situation de stress thermique – Pampouille et al., 2026, 16e Journées de la Recherche Avicole, mars 2026