Aller au contenu principal

Olivier Mével : « La filière du poulet label rouge devrait se réarmer ! »

Selon Olivier Mevel, consultant en stratégie et marketing des filières alimentaires, la filière Label rouge souffre d’un défaut de positionnement structurel de ses produits. Pour s’en sortir, elle doit retravailler son image, mais aussi son concept et son approche du marché.

Olivier Mevel est enseignant maître de conférences à l’université de Bretagne occidentale en sciences de gestion, commerce, logistique et distribution. Il est aussi ...
Olivier Mevel est enseignant maître de conférences à l’université de Bretagne occidentale en sciences de gestion, commerce, logistique et distribution. Il est aussi consultant en stratégie et marketing des filières alimentaires.
© P. Le Douarin

Pourquoi le poulet Label rouge (LR) est-il si présent en GMS, relativement aux autres viandes ?

Olivier Mevel - « Contrairement aux autres filières viandes, celle du poulet a trouvé sa segmentation selon les usages : entier, découpe et produit élaboré. Pour se donner une image, les GMS ont eu intérêt à surreprésenter le Label rouge entier, en prenant des marges raisonnables. D’un autre côté, elles l’ont sous-représenté en découpe, en misant sur une volaille certifiée ou standard pour faire du cash. 
 
Ça fonctionnait très bien, sauf que les modes de consommation du poulet ont évolué vers moins d’entier et plus de découpe. Quand on affiche la découpe LR à 40 euros le kilo, ça devient du non-sens. C’est au-dessus de la valeur perçue par le consommateur et le produit est condamné. Aujourd’hui, moins la GMS expose de LR, mieux elle se porte, surtout en période économique tendue. »
 
 
Des découpes à marque Loué encore à plus de 30 €/kg fin avril dans un Super U de Bretagne !
Des découpes à marque Loué encore à plus de 30 €/kg fin avril dans un Super U de Bretagne ! © P. Le Douarin

La filière label mise pourtant sur le transfert des achats de l’entier vers la découpe.

O.M- « Ceux qui ont les moyens d’acheter du LR sont aussi ceux qui font la cuisine et qui « mettent le couteau dans la viande ». Ils achètent du poulet entier, mais pas LR et ailleurs qu’en GMS ; beaucoup en boucherie et chez des distributeurs spécialisés (type Grand Frais) ou encore de surgelés (Picard, Ecomiam, Thiriet).
 
Par ailleurs, les GMS perdent beaucoup de consommateurs (54 % des acheteurs en 2023 contre 58 % en 2019). Cet éparpillement des achats joue contre le LR découpé. De plus, la restauration commerciale, autre cible des opérateurs du Label rouge, recule également. »

Comment ces distributeurs spécialistes considèrent-ils le Label rouge ?

O.M- « Comme pour la viande bovine, ils font plutôt confiance à des producteurs locaux qu’ils connaissent et pas forcément à un Label rouge. Accordant crédit au spécialiste, le client achète sans se poser la question, d’autant plus si le terme 'Label rouge' ne lui parle pas et qu’il ne l’associe pas à 'fermier'. »
 

Le poulet Label rouge est-il vendu au bon prix ?

O.M- « Avant la loi Egalim, deux tiers du poulet LR était vendu en promo aux alentours de 6,50 euros le kilo. La filière a mis le doigt dans un piège mortel car le consommateur est rentré dans une logique d’achat d’aubaine. Comment espérer vendre beaucoup plus cher en fond de rayon le reste du temps ?
 
La loi Egalim a certes réduit la promotion LR, mais cela n’a pas augmenté sa valeur perçue par les consommateurs. Le Label rouge n’est recherché que pour 7 % de la valeur attribuée à une volaille, à comparer aux 29 % accordées aux conditions d’élevage. On ne devrait faire de la promotion qu’en cas de surproduction, qui est peut-être arrivée à cause du phénomène de descente en gamme qui se produit partout. »

Quelles seraient les solutions de rebond ?

O.M- « Je ne suis pas sûr qu’il suffise d’attendre la fin de la surproduction pour se relancer. Il serait temps de réarmer le Label rouge pour reconquérir des consommateurs. Tout d’abord, avoir une communication qui touche les vraies attentes des consommateurs. 
 
Aujourd’hui, le goût passe après les conditions d’élevage insuffisamment mises en avant, tout comme le local et la responsabilité sociétale qui montent en flèche. Pour les consommateurs exprimant des attentes sociétales, le Label rouge est considéré comme un produit de moyenne gamme vendu trop cher pour l’image qu’ils en ont.
 
Même si la GMS fixe le prix, au final c’est quand même le consommateur qui tranche. Je rappelle que 80 % des Français mettent le prix en avant, avec 30 % parce qu’ils y sont contraints et 50 % pour le rapport qualité/prix. Or, les fournisseurs se battent surtout pour toucher les 20 % qui restent.
 
Par ailleurs, le concept LR a beaucoup vieilli, avec un cadre dans lequel tout le monde doit rentrer, ce qui conduit à des écarts peu différenciants entre labels. Il faudrait peut-être réfléchir à plusieurs niveaux de Label rouge, qui permettraient de proposer ce dont le consommateur a besoin, sans renoncer aux fondamentaux (plein air notamment). Et passer d’une logique de flux poussé à un flux tiré. Ce qui nécessite de définir la taille adéquate du marché, quitte à prévoir des alternatives pour les éleveurs. »
 

Les plus lus

<em class="placeholder">Olivier Le Gal, installé à Moustoir-Ac dans le Morbihan : « En traitant les œufs des lots plus compliqués, la casserie nous aide à mieux maîtriser le risque de ...</em>
« La durée de ponte de mes poules pondeuses progresse d’une semaine chaque année »

Olivier Le Gal dans le Morbihan améliore d’une semaine par an la durée de ponte de ses lots de poules brunes. Ses atouts …

<em class="placeholder">Un lot qui reste rentable jusqu’à une réforme tardive devra avoir un taux de perte et d’œufs déclassés suffisamment maîtrisé, au risque de perdre l’intérêt de ...</em>
« L’intérêt économique de prolonger la carrière des poules pondeuses doit être évalué lot par lot et ramené à l’année »

Pour Nicolas Destombes, de Lohmann France, l’intérêt de prolonger la carrière de la poule doit être raisonné pour chaque lot…

<em class="placeholder">Si les souches blanches et rustiques sont les plus adaptées pour l’allongement de la durée de vie des poules, des leviers existent aussi pour les poules rousses et brunes.</em>
Lever les freins à l’allongement de la vie des poules

Lancé en 2024 pour quatre ans, le projet Interreg Omelette vise à identifier et lever les freins à l’allongement de la durée…

Le groupe DanHatch prend la main sur l'entreprise d'accouvage BD France dans le Finistère

Le 25 mars, l'entreprise d'accouvage et de multiplication BD France a annoncé un changement substantiel au sein de son…

<em class="placeholder">carte foyers IAHP</em>
Grippe aviaire : une situation toujours évolutive en France et en Europe

Même si l’épizootie d’Influenza Aviaire Hautement Pathogène (IAHP) se situe aujourd’hui à une échelle différente de l’hiver…

<em class="placeholder">Les trophées de la performance 2026 du groupement Armor Œufs remis aux éleveurs.</em>
Armor Œufs veut mettre en place 1 million de places supplémentaires de poules pondeuses d'ici 2028 en Bretagne

Le groupement de producteurs Armor Œufs déploie une stratégie claire pour se développer et vise 1 million de places de poules…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Volailles
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Volailles
Newsletter COT’Hebdo Volailles (tendances et cotations de la semaine)