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L’enjeu du bas carbone en volaille n’est pas qu’environnemental

Bon élève par rapport à d’autres secteurs agricoles, l’aviculture doit aussi contribuer à l’objectif d’une Europe climatiquement neutre en 2050. Ce défi est aussi une belle opportunité pour rémunérer ses efforts.

L’agriculture représente aujourd’hui en France 19,2 % des émissions de gaz à effet de serre et l’aviculture moins de 1 % ! Ces émissions (CO2, CH4, et N20 notamment) sont comptabilisées en « équivalents CO2 ». Ramenés au kilogramme de viande ou d’œufs produit, les produits avicoles présentent des impacts CO2 parmi les plus faibles des produits animaux. En poulet, il atteint 1,9 kg de CO2eq par kilo vif sortie de ferme contre 2,5 kg de CO2eq par kilo vif de porc et 17 kg de CO2eq par kilo vif de bœuf (source Agribalyse 3.0). Malgré cette efficacité en volaille, qui s’explique notamment par un faible indice de consommation, des améliorations sont toujours possibles pour combattre le réchauffement climatique et participer à l’effort collectif.

Lire aussi : Deux fois moins de gaz à effet de serre avec un poulailler BEBC

L’Europe a récemment montré sa volonté de faire du climat un axe majeur de sa politique commune. Cela s’est concrètement traduit par la publication fin 2019 du pacte vert européen (Green Deal) qui fixe notamment l’objectif de la neutralité carbone à horizon 2050. Un financement inédit de près de 1 000 milliards d’euros va être consacré à la réussite de cet objectif.

Au niveau Français, le label bas carbone, qui permet à terme la rémunération des réductions d’émissions de gaz à effet de serre, a été créé.

L’aliment, principal levier d’amélioration

En volaille, l’alimentation est de loin le premier poste contributeur des impacts sur le changement climatique.

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Il représente plus de 67 % des impacts de la production d’un kilo de poulet vif, sorti de ferme. Il comprend la culture des diverses matières premières, qui génère l’essentiel de l’impact (utilisation d’engins agricoles, de carburants d’engrais). Il intègre aussi la fabrication des aliments et les transports et tient compte de l’indice de consommation (IC).

Le poste des déjections animales représente le second contributeur (environ 14 %). Il comprend les émissions de polluants à l’air au bâtiment et au stockage ainsi que les émissions de polluants dans les sols au moment du stockage.

Vient ensuite l’impact de l’élevage des reproducteurs qui représente environ 11 %. Il comprend les mêmes postes que pour l’élevage du poulet. Les consommations d’énergie représentent presque 6 %. Elles comprennent les consommations d’électricité et de gaz, utiles essentiellement à la ventilation, au chauffage ou au refroidissement des bâtiments. Les consommations de litière, d’eau et l’impact du bâtiment avicole lui-même ramené à chaque poulet, sont quasi négligeables. On retrouve un profil similaire pour l’ensemble des produits avicoles (viandes et œufs).

Trois stratégies d’atténuation possibles

Parmi les stratégies d’atténuation possibles, figure en premier lieu la baisse des impacts du poste alimentation. Cela passe par l’intégration des contraintes de formulation permettant de privilégier des matières premières moins impactantes sur le plan environnemental. Il s’agit par exemple d’une moindre utilisation du tourteau de soja, contributeur de la déforestation, remplacé par des matières premières locales comme des tourteaux de colza ou de tournesol dépelliculés ou blutés. De nombreux professionnels (organisations de production, éleveurs, agriculteurs, interprofessions) ont d’ailleurs signé la charte Duralim qui vise à fournir une alimentation plus durable aux animaux d’élevage. Concrètement, par cette charte, ils s’engagent par exemple à ajuster le contenu en acides aminés des rations. Des outils de formulation dits « multiobjectif » pourraient aussi combiner une optimisation prix/environnement à l’échelle de la formule d’aliment.

Il est également possible de réduire encore l’IC, ce qui baissera d’autant l’intrant alimentaire, notamment via la sélection génétique, la nutrition ou les conditions d’élevage.

La baisse des impacts du poste déjections et effluents passe par l’amélioration de la gestion des effluents d’élevage pour limiter les pertes par volatilisation (augmenter la fréquence de ramassage des déjections, faire un compost, couvrir le stockage). D’autre part, l’amélioration de l’IC réduira également d’autant la quantité de déjections et donc les émissions à l’air de polluants au bâtiment, au stockage et à l’épandage.

La troisième stratégie porte sur l’augmentation de la séquestration du carbone. L’objectif est de stocker du carbone dans les sols et/ou les arbres et végétation et de compenser en partie les émissions CO2. Il s’agit principalement de planter des haies et des arbres, d’implanter un couvert végétal sur les parcours et sur les abords des bâtiments d’élevage.

Pour ceux qui produisent l’aliment à la ferme, l’enjeu est aussi une meilleure gestion des surfaces cultivées.

Un certain nombre de leviers sont sources d’économies, par exemple la baisse de l’IC. D’autres actions en revanche nécessitent une rémunération. C’est justement ce que propose le label bas carbone.

Postes émetteurs de gaz à effet de serre en poulet

L’alimentation est le premier poste contributeur

légende : 1 kg de poulet vivant standard français sortie de ferme = 1,9 kg CO2eq

Source : base de données Agribalyse 3.0

Des outils label bas carbone pour la volaille

L’Itavi travaille actuellement à la création d’un outil de diagnostic et d’une méthode label bas carbone adaptés au secteur avicole. Cet outil, extension de l’outil CAP’2ER® utilisé par les ruminants, a pour objectif de quantifier les externalités environnementales négatives (contribution au changement climatique, pollution de l’eau, etc..) et les contributions positives (séquestration du carbone, aide à la préservation de la biodiversité) à l’échelle de l’atelier avicole ou de l’exploitation. Cet outil doit permettre aux éleveurs aidés de leurs conseillers (technique/environnement), de dresser le bilan environnemental et la « feuille de route » d’amélioration de leur exploitation (listing hiérarchisé de pratiques et innovations visant à améliorer leur bilan, évaluation de leur faisabilité économique). Il permettra ainsi l’accès au marché des crédits carbone, une future source de financement des démarches d’améliorations.

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