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Fertil’Eveil, une expérience de gestion commune des effluents

La gestion collective des effluents est une opportunité de développement territorial dont les éleveurs peuvent être porteurs. À l’image de Fertil’Eveil, c’est une histoire de terroirs, d’hommes et de techniques.

L’intensification des systèmes d’élevages et leur concentration dans des bassins de production spécialisés ont conduit à un déséquilibre des flux azotés et phosphorés. Cette tendance n’est pas une fatalité et peut même être un atout, à l’image des créateurs du concept Fertil’Eveil. Ils ont choisi le procédé de compostage pour organiser l’exportation de nutriments fertilisants excédentaires depuis leur territoire vendéen. Cette initiative a été étudiée par l’Itavi dans le cadre du GIS avenir d’élevage (www.gis-avenir-elevages.org/Bourse-de-stages/Bilan-des-stages-Avenir-Elevages-2020), dont une des thématiques est « d’apporter aux acteurs des territoires et des filières, des éléments d’évaluation de l’intégration des systèmes d’élevage dans les territoires et de leurs contributions au développement d’une économie circulaire ».

Un territoire à plusieurs dimensions

La Vendée dispose d’une forte densité d’élevages avicoles. Au début des années quatre-vingt-dix et face au durcissement de la réglementation environnementale (directive européenne Nitrates en 1991 suivie des plans nationaux de résorption), une quinzaine d’éleveurs choisissent de s’associer sous la forme d’un GIE (1995), puis d’une coopérative (Coop Éveil, 2004). Ils mutualisent la gestion de leurs effluents d’élevages, notamment pour exporter leurs excédents hors de leur territoire de production. En 2006, pour aller plus loin dans la maîtrise technique, le projet s’enrichit d’une plateforme de compostage gérée par la société Fertil’Eveil, associée à la Coopérative. Ces deux structures assurent la collecte, la valorisation via le compostage et la commercialisation des composts.

 

 

 

S’inspirant avant l’heure des principes de l’économie circulaire (ne pas gaspiller les ressources, diminuer l’impact environnemental, développer le bien-être des individus), le système n’a cessé de croître, si bien qu’aujourd’hui 140 exploitations sont impliquées. Les apporteurs sont dans un rayon de 50 km autour des deux plateformes de Saint-Pierre-du-Chemin (85) et de Beaupréau-en-Mauges (49). Grâce à sa transformation en compost, le fumier valorisé est vendu dans un rayon plus large de 150 km. Il trouve des débouchés rentables dans la grande distribution et chez des agriculteurs dans les céréales, le maraîchage ou la viticulture.

 

 

 

Des hommes font vivre le projet

L’émergence d’une gestion collective et sa pérennité reposent avant tout sur l’instauration de la confiance entre ses acteurs (les éleveurs et leurs structures), les habitants du territoire et les services de l’État.

Concernant les éleveurs, bien qu’étant à but lucratif, Fertil’Eveil applique une éthique résumée par « un service pour des éleveurs, proposé par des éleveurs ». Les engagements sont formalisés par une charte qui contractualise les droits et devoirs des adhérents et de la coopérative. Ce cadre précis n’a pas occulté la question de la gouvernance. Pour assurer le développement du système, il a fallu trouver un équilibre entre la représentation collégiale et le leadership dévolu à la présidence. La participation d’éleveurs au conseil d’administration est une force, car ils sont au cœur des problématiques à résoudre.

 

Lire aussi : Un compostage bien maîtrisé réduit les pertes d'azote

 

La confiance avec l’administration et les citoyens s’est gagnée par les garanties apportées lors du processus d’élaboration des deux sites de compostage. Qu’il s’agisse de prévenir les impacts environnementaux et sanitaires, ou bien les nuisances liées à des odeurs et du bruit. Fertil’Eveil n’a pas hésité à investir massivement pour améliorer les techniques du compostage, notamment le traitement des émissions gazeuses. Ce qu’un éleveur seul n’aurait pu faire.

Fort de quinze ans de recul, la réussite du concept Fertil’Eveil pose la question d’une transposition dans d’autres territoires confrontés à des problématiques similaires (épandages, méthanisation, compostage, granulation/reformulation…). En matière de gestion collective des effluents, les solutions techniques ne manquent pas. En revanche, elles doivent s’adapter à chaque territoire et à ses acteurs. Les porteurs de projet peuvent être enclins à les négliger, alors qu’ils sont des leviers de la réussite.

Fertil’Eveil en 4 chiffres

- 320 adhérents à Coop’Eveil dont 140 apporteurs ;

- 12 600 tonnes de litière Zen’NAture vendue (dont 24 % hors élevages) ;

- 68 000 tonnes d’effluents récoltés et traités par an ;

- 49 000 tonnes de compost vendu (910 t d’unités phosphore et 1 200 t d’unités azote).

Deux concepts appliqués avant l’heure

Économie circulaire : « système économique d’échanges et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits, vise à augmenter l’efficience de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement tout en développant le bien-être des individus » d’après Dourmad et al (2019).

Bioéconomie : « économie fondée sur l’utilisation de biomasse issue de la photosynthèse, plutôt que sur celle des ressources fossiles » d’après Colonna (2013). Selon le ministère de l’Agriculture et de l’alimentation (2019, elle « englobe l’ensemble des activités de production et de transformation de la biomasse qu’elle soit forestière, agricole et aquacole à des fins de production alimentaire, d’alimentation animale, de matériaux biosourcés, d’énergie ».

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