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Transmission : « On aurait préféré arracher que d’avoir un vigneron cultivant en conventionnel »

Permise par le répertoire départ installation, la rencontre entre Jacques de Labardonnie, propriétaire du Château Laroque, à Saint-Antoine-de-Breuilh, en Dordogne et Cédric Genieys, néovigneron, relance l’activité viticole du lieu.

Les vignes du Château Laroque, situées à Saint-Antoine-de-Breuilh, en Dordogne, attendaient une relève pérenne depuis déjà plusieurs années. Le domaine appartient à la même famille depuis sept générations. Jacques de Labardonnie, octogénaire, en est propriétaire depuis 1974, date à laquelle il l’a racheté à son père. La transmission à son fils, en 2007, n’a pu se poursuivre au-delà de 2014 pour raison de santé. Un premier fermage s’est mal passé. Les repreneurs, non vignerons, faisant appel à la prestation et vendant sur pieds, avaient surtout un projet d’événementiel pour lequel ils espéraient la vente du château.

Sa fille, ayant elle-même une activité agricole de plantes aromatiques et médicinales sur place, a géré les vignes transitoirement en 2022 via de la prestation. Pérenniser l’activité viticole du lieu devenait pressant, mais Jacques de Labardonnie avait un critère intangible : que le repreneur s’engage à cultiver en bio. « On aurait préféré arracher que d’avoir un vigneron cultivant en conventionnel », confie Élisabeth, son épouse. Jacques de Labardonnie a toujours cultivé les vignes en bio. Le domaine est labellisé AB depuis 1987. Convaincu par la biodynamie, le vigneron s’est lancé dans la certification Demeter en 1991. L’ensemble de la propriété s’étend sur 50 hectares avec un parc, un bois et des prairies. Il a compté jusqu’à une quinzaine d’hectares de vigne mais a progressivement réduit sa surface par arrachage. Le vignoble actuel comprend 6 hectares sur un plateau de 7,2 hectares, que les Labardonnie ont proposé en fermage via une annonce confiée notamment à la chambre d’agriculture. Les plus vieilles vignes datent des années 1960, 1 hectare a été planté dans les années 1980, le reste a été restructuré en 2012-2013.

Définir ses critères de recherche

L’annonce a attiré l’attention de Cédric Genieys, ex-commercial d’une entreprise périgourdine de caviar, souhaitant devenir vigneron. Il est tombé dessus lors d’une réunion organisée par la commission Activ (Accompagnement collectif à la transmission et l’installation en viticulture) de la Fédération des vins de Bergerac et Duras. Il venait à peine de débuter sa reconversion, en octobre 2022, à 28 ans, avec un BPREA à Périgueux et un stage au château Barouillet à Pomport. Dès le début de sa formation, on lui avait conseillé de rechercher du foncier et on l’avait orienté vers la plateforme RDI (répertoire départ installation), animée par les chambres d’agriculture. Il est également rentré en contact avec le conseiller entreprise de la chambre d’agriculture de Dordogne avec qui il a discuté de son projet. Il a affiné ses critères de recherche. Il a renoncé à planter lui-même des vignes sur un terrain acheté et cherché des parcelles de vigne gérables en solo. Il désirait aussi un chai et du matériel à disposition. Il n’avait pas besoin de logement, ayant acheté il y a quatre ans une maison dans le coin.

Une formule permettant un endettement limité

Cédric Genieys n’a finalement visité que deux domaines dont le Château Laroque. La taille de 6 hectares plantés lui convenait et il était convaincu que la formule du fermage était idéale pour s’installer. Il s’est rendu compte que les banques ne l’accompagneraient pas pour acquérir une petite surface, pas viable à leurs yeux, même avec un prix de vente bouteille prévu entre 8 et 10 euros TTC. « J’ai compris que je ne voulais pas devenir propriétaire mais avant tout maîtriser mon vin de A à Z et le faire avec du raisin que j’avais cultivé », précise-t-il aussi. Autre particularité de l’offre, la possibilité de louer le chai de 450 m2. « C’est très rare », insiste-t-il, ayant surtout vu des annonces de vente ou de fermage sans chai. Le fait que le domaine soit déjà en bio était un autre atout. « Quand on est en reconversion, on veut revenir à la terre, donc on est intéressé par le bio », témoigne-t-il. Découvrir lors de sa visite que les vignes étaient cultivées en biodynamie et que les vignes jouxtaient l’exploitation ont achevé de le convaincre.

S'adapter à l'esprit du lieu tout en évoluant

Il a commencé à tailler les vignes avec Jacques de Labardonnie en janvier 2023. Ils ont pris le temps de parler. Le propriétaire a accepté qu’il rachète le matériel progressivement, avec la trésorerie de la vente de vin. Ceci, ajouté au prix du fermage « très correct », a permis de limiter son endettement aux besoins de fonds de roulement, avec une petite enveloppe pour le renouvellement de matériels. « J’essaye d’être au plus près de lui. Nous avons envie qu’il réussisse », affirme le propriétaire, conscient que les bons candidats ne sont pas légion. « Il me donne beaucoup de conseils », apprécie de son côté le jeune vigneron même s’il compte tout de même avancer à sa façon. Cédric Genieys veut par exemple tailler « en Guyot mixte ». Il a obtenu de pouvoir apporter à la déchetterie du matériel hors d’usage entassé dans le chai et inutilisé depuis des années. Côté commercial, il a déjà rénové l’espace boutique mais il imagine, dès l’été prochain, des animations avec soirées-concerts en extérieur. L’espace est situé derrière le chai, lui-même séparé du château grâce à une allée arborée, mais cela risque de faire un peu de bruit. A priori, les Labardonnie sont d’accord. Ils sont pour l’instant un peu moins enthousiastes quant au projet de plantation de variétés résistantes esquissé par Cédric Genieys pour une petite parcelle disponible de 0,6 hectare. L’objectif serait de compléter la surface de blanc actuellement de seulement 0,6 hectare. Mais pas d’urgence. Le jeune vigneron se concentre pour l’instant sur ses hectares de vignes plantées à 2 m, 2,50 m ou 3 m.

Si cette transmission semble bien partie, c’est aussi que Cédric Genieys partage l’esprit de sobriété du lieu. Il intègre dans son planning un temps de tri, rangement et réparation. « Le matériel est basique, rien n’a été acheté depuis vingt ans. J’aime utiliser de vieux outils et je suis bricoleur », s’amuse-t-il. Mais s’il continue à utiliser la décavaillonneuse des années 1980, il va investir dans un pulvérisateur. Son premier millésime, placé sous le signe du mildiou, l’a convaincu de l’urgence d’avoir une précision d’application des traitements. Il s’est déjà offert un convoyeur d’occasion pour monter les grappes entières dans les cuves sans avoir à utiliser la pompe à marc. Il espère vite pouvoir aquérir de nouveaux contenants pour vinifier ses vins.

« Je pars sur un nom de marque »

Le premier millésime de Cédric Genieys est en élevage. Il est le fruit d’une année particulière, où il n’a pu travailler que le week-end du fait de sa formation qui s’est achevée en juillet 2023. Le mildiou ne lui a pas fait de cadeau mais le vigneron s’est fait la main en vinification sur 50 hl avec cinq cuvées qui seront en appellations montravel, bergerac ou IGP périgord. Une seule sera en vin de France.

Il s’adapte avec pragmatisme, comme lorsqu’il découvre que les deux demi-muids achetés d’occasion ne passent pas par la porte de la cave placée sous le chai, qui offre pourtant des conditions d’élevage idéales. Sa cuvée 100 % malbec se retrouve donc en dames-jeannes.

Le nom de château Laroque ne figurera pas sur les bouteilles, même si les propriétaires le lui ont proposé. « Je ne veux ni château, ni domaine, je pars sur un nom de marque », pose le vigneron qui a pensé à la commercialisation. Il n’exclut pas de faire une cuvée avec juste le nom Laroque en hommage à ce lieu chargé d’histoire. La labellisation bio va se poursuivre sans devoir repartir à zéro. Ce n’est pas le cas pour la certification Demeter même s’il continue la biodynamie.

Quelles aides ?

À l’issue de sa formation en juillet 2023, Cédric Genieys a pu embrayer sur un stage lui permettant d’expérimenter les vendanges et la vinification car étant au chômage, il a pu bénéficier d’une convention de stage via Pôle emploi.

Âgé de moins de 40 ans, il peut prétendre à la dotation jeune agriculteur. Il est aidé dans les démarches par le conseiller entreprise de la chambre d’agriculture de Dordogne.

Si le propriétaire l’aide et le conseille volontiers, le jeune viticulteur peut aussi compter sur les conseils du groupe de vignerons locaux en biodynamie auquel il a adhéré.

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