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Réduire ses IFT
IFT: « S’appuyer sur un conseiller, au départ ça sécurise »

Au domaine Lelièvre, dans la Meurthe-et-Moselle, Vincent Lelièvre a réduit son IFT de moitié en huit ans. Tous les ans, il met en place une action supplémentaire pour gagner en efficacité.

Vincent Lelièvre est accompagné dans sa démarche par Lucie Pierre de la Fredon Lorraine, en charge du groupe Dephy viticulture du département. © X. Delbecque
Vincent Lelièvre est accompagné dans sa démarche par Lucie Pierre de la Fredon Lorraine, en charge du groupe Dephy viticulture du département.
© X. Delbecque

Lorsque l’on prend le chemin pour Lucey, dans la Meurthe-et-Moselle, on se rend vite compte que la vigne n’est pas la culture principale de la région… Cela n’empêche pas les quelques vignerons qui se partagent la centaine d’hectares de l’AOC côtes-de-toul d’être de fins techniciens dans leur domaine. À l’image de Vincent Lelièvre, du domaine familial Lelièvre, qui a réduit son IFT de moitié en huit ans. Lorsqu’il est arrivé sur le domaine avec son frère en 2009, Vincent Lelièvre a commencé par réduire l’usage des herbicides, pour arriver même à supprimer le désherbage chimique sur une grande partie du parcellaire. Puis en 2012 il entre dans le groupe Dephy lorrain lors de sa création. « Quand on m’en a parlé, j’ai sauté sur l’occasion, dit-il. Traiter n’est pas ma tasse de thé, c’est la partie du métier que j’aime le moins ! » Pourtant à l’époque, il était sur un schéma familial assez rodé et peu porté sur l’économie de traitement. Tous les produits étaient achetés à la morte-saison et la majeure partie du programme était faite avant même le début de la campagne.

Lire aussi " Groupes 30 000, la réduction des phytos à grande échelle "

Réduire les cadences de traitement comme premier chantier

L’année 2012 fut donc le début du travail sur la réduction des fongicides. Dans un premier temps, Vincent Lelièvre s’est mis à utiliser le système Optidose, qui permet d’optimiser la dose de produit en fonction de la taille de la végétation, de la pression parasitaire, des prévisions météo… « Il y avait là déjà une belle marge de manœuvre, ça m’a permis de progresser », assure le vigneron. Puis il a commencé à élargir les plages de traitement. « Nous attendions parfois 3 voire 4 semaines selon le temps avant de repasser, au lieu de 15 jours, explique-t-il. On essayait de repousser au maximum le traitement suivant. » Pour lui, baisser la cadence de traitement est le levier le plus facile à mettre en œuvre quand on est en viticulture conventionnelle. Bien entendu, cela demande un peu d’analyse. Au départ, Vincent Lelièvre s’est beaucoup aidé du Bulletin de santé du végétal (BSV) local. Il s’est également offert les services d’un technicien indépendant champenois. « Quand on débute ça sécurise d’avoir cet avis externe, avoue le vigneron. Je pense qu’il m’a évité de sortir le pulvé quelques fois où je n’étais pas serein. Au final c’est rentable ! » Depuis ce conseiller indépendant a arrêté son activité et le domaine n’en a pas repris d’autre. Il faut dire qu’avec le temps, la confiance s’accumule. « Je prends davantage de risque qu’autrefois, mais maintenant j’ai l’habitude, je sais ce que je fais », assure Vincent Lelièvre. Le vigneron ne laisse en effet rien au hasard, il suit de près la météo et réalise de nombreuses observations dans ses vignes. « Il faut passer plus souvent dans les parcelles et regarder ce qu’il s’y passe, traquer les tâches, se poser des questions, dit-il. Être davantage présent en somme. » Il profite ainsi pleinement des années où la pression est faible pour faire chuter son IFT.

En 2020 il réalise un diagnostic pulvé et investit dans une effeuilleuse

Mais pour le vigneron, il s’agit aussi de changer un peu son regard sur l’aspect sanitaire : accepter qu’il y ait parfois un peu de taches de mildiou ou d’oïdium sur les vignes, et ne plus attendre une protection qui flirte avec les 100 % d’efficacité. « C’est un équilibre à trouver entre 'économiser des traitements' et 'rentrer des raisins' », ironise-t-il. Au niveau économique, Vincent Lelièvre trouve que cela s’équilibre. C’est vrai qu’il passe davantage de temps dans les vignes, mais il dépense aussi moins d’argent dans les produits phytosanitaires. À force de multiplier les actions, l’IFT de l’exploitation est passé de 12,17 en 2012 à 5,94 en 2020. Certes il n’a pas besoin d’insecticide dans le secteur et la pression mildiou est en baisse ces dernières années avec le changement climatique, mais la pression oïdium elle, monte en flèche. Tous les ans, le vigneron ajoute un effort en plus, essaie autre chose. L’an dernier, avec le groupe Dephy, il a effectué un diagnostic de qualité de pulvérisation avec son pulvé grâce à des kits Evidence (BASF), ce qui lui a permis de conclure que son jet porté 2 faces Berthoud était suffisamment bien réglé et entretenu pour faire du bon travail. Il a également investi lors de la dernière campagne dans une effeuilleuse. L’an prochain il se mettra à l’ébourgeonnage et essaiera le petit-lait contre l’oïdium, dans le but de diminuer les doses de soufre. Car pour aller encore plus loin dans sa démarche, il a décidé en 2018 de passer en conversion vers l’agriculture biologique. « Une marge de progrès à l’avenir serait de séparer la gestion des parcelles, analyse Vincent Lelièvre. C’est en cours de réflexion! »

Lucie Pierre, technicienne de la Fredon Lorraine et animatrice du groupe Dephy viticulture local

« C’est une multiplicité de leviers à actionner »

Vincent Lelièvre fait partie des viticulteurs du groupe qui ont bien réussi à baisser leurs IFT puisqu’il a réduit d’environ 50 % depuis son entrée dans le groupe. Je pense que cela vient en premier lieu du fait qu’il a envie de changer, on voit qu’il a une sensibilité et qu’il y consacre un minimum d’énergie. Il est ouvert et souhaite essayer des choses. On le voit bien, c’est toute une globalité d’actions qui fait que ça marche, en commençant par la prophylaxie. La grande majorité du groupe a fait baisser ses IFT. Nous sommes à -37 % en moyenne. Les leviers sont généralement l’adaptation de la dose, l’observation des conditions, la qualité de pulvé et la prophylaxie. Un des viticulteurs atteint des fortes baisses, de l’ordre de 70 %, mais il fait face à des pertes de récoltes non négligeables, ce qui montre qu’il faut faire attention. Quelques-uns en revanche sont bloqués dans leur modèle économique et ont une capacité d’investissement limitée, ceux-là n’ont pas réussi à réduire leurs IFT.

 

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