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Lier la vigne dans les règles de l’art

Bien qu’il s’agisse d’une technique ancestrale, le liage évolue pour s’adapter aux contraintes actuelles. Voici les trois critères à prendre en compte pour un bon attachage.

<em class="placeholder">Coupes de sarments</em>
Un pliage à 90° a un impact sur les fibres du bois et bloque les flux de sève.
© ATV49

Le liage, pliage ou attachage trouve ses racines dans la physiologie de la vigne. « Ce qui a été prouvé par des études, c’est que l’acrotonie est favorisée par la position verticale des sarments », rappelle Alain Deloire, professeur retraité de l’Institut Agro de Montpellier et consultant viticole. Or l’acrotonie est le phénomène qui amène le bourgeon du sommet à inhiber partiellement, ou totalement, la croissance des bourgeons sous-jacents. Afin d’obtenir un développement homogène des bourgeons dans les tailles longues (à partir de 6 ou 8 bourgeons par baguette), ramener la baguette dans une position plus horizontale est donc indispensable.

Choisir le bon angle de pliage

Mais il ne s’agit de pas de plier n’importe comment, au risque de gêner les flux de sève. « J’ai réalisé des coupes longitudinales, et il ne faut vraiment pas dépasser les 90°, prévient Thomas Chassaing, conseiller viticole à l’ATV 49. Sinon, cela impacte les fibres et on a une moins bonne alimentation des ceps, nuisible en cas de sécheresse et/ou de froid»

Sans aller jusqu’à couder les sarments, comment choisir la courbure exacte ? « Tout dépend de la longueur de la baguette, indique Alain Deloire. Lorsque l’on a 10 ou 12 bourgeons, comme cela peut être le cas à Cognac par exemple, mieux vaut arquer le rameau, pour un bon positionnement des bourgeons dans l’espace. À l’inverse, pour les baguettes de 6 ou 8 yeux, un pliage en arcure les casserait et il vaut donc mieux les coucher. » La prise en compte des spécificités de l’appellation est un autre facteur de choix, de nombreux cahiers des charges interdisant par exemple l’arcure en Bourgogne. « Nous plions à plat, illustre Enrico Peyron, conseiller viticole à Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire, car à part dans le Mâconnais et pour les crémants, ce n’est pas possible de faire de l’arcure. »

Sur ces dernières productions, il préconise d’entortiller la baguette autour du fil au moins une fois, pour éviter qu’elle ne ploie sous le poids des sarments plus tard en saison. « En Bourgogne, nous ne mettons qu’une seule attache, rappelle-t-il. L’enroulement est donc nécessaire sur les tailles longues. » Dans le Languedoc-Roussillon, l’enroulement est aussi régulièrement pratiqué dans les parcelles taillées mécaniquement, afin que les bras tiennent lors du passage de la prétailleuse et de la tailleuse. Mais cette pratique d’entortillement, ou d’enroulement, n’est pas bonne d’un point de vue physiologique. « C’est une mauvaise idée, car cela perturbe les flux de sève », avertit Alain Deloire. « Ce n’est pas l’idéal, confirme Gabriel Ruetsch, responsable agronomie des Vignobles de Foncalieu, à Arzens, dans l’Aude, car le fil a tendance à rentrer dans l’écorce des sarments. »

Mais pour Enrico Peyron, cela reste la meilleure solution pour créer une bonne architecture du pied en guyot alterné. Avec ce mode de conduite, il conseille en effet d’enrouler une fois autour du fil au niveau du segment de la baguette le plus proche du fil. « Si on ne contraint pas le début de la baguette autour du fil, on va avoir un développement des derniers rameaux de la baguette, au détriment des premiers, explique-t-il. Or en guyot alterné, il faut que les premiers soient bien développés pour garantir une bonne architecture en n + 1. »

Intervenir au moment idoine

La période d’intervention joue également un rôle majeur. Gabriel Ruetsch préconise d’attacher lorsque l’air a un taux d’humidité élevé, car le pliage en est facilité. Une journée avec un vent de Méditerranée est ainsi plus favorable pour plier les sarments qu’une autre avec de la Tramontane. « Par ailleurs, lorsque la sève commence à circuler, c’est un peu plus facile, observe-t-il. Néanmoins, cela signifie que les bourgeons commencent à bouger et on risque de les casser. » Il est donc favorable à un attachage avant le débourrement.

En Bourgogne, Enrico Peyron signale que la période de liage est fortement impactée par l’évolution des périodes de taille. Pour lutter contre les risques de gel, un grand nombre de domaines pratiquent actuellement la taille en deux temps, avec un démontage tôt en saison, mais un mouchage autour des pleurs de la vigne. Ce qui conduit à un pliage de plus en plus tardif. « De ce fait, le chantier de liage qui était sous-évalué devient très important, souligne-t-il. Les équipes plient dans des conditions de plus en plus compliquées, ce qui conduit à des dégâts importants. » Pour l’éviter au maximum, il recommande de lier directement après le mouchage.

Adapter son outillage à sa date d’intervention

Un autre point crucial est l’outil employé pour cette opération, et ce d’autant plus si l’attachage est réalisé tardivement (débourrement, bourgeon dans le coton). « Il y a de plus en plus de lieuses électriques, témoigne Enrico Peyron. Elles ont des avantages, mais aussi des inconvénients. » Il juge ces outils, notamment ceux avec un système de liage rotatif, trop encombrants, surtout pour les pliages en arcure. « En tournant, la tête fait sauter des bourgeons », détaille-t-il. Il recommande, dans le cas de ces liages tardifs, d’avoir recours aux queues de cochon ou à la main. « Les deux permettent davantage de finesse que l’électrique », constate-t-il. Et l’emploi de queues de cochon n’impacte pas forcément négativement le débit de chantier. « Si les équipes ont l’habitude de travailler avec, cela va aussi vite qu’avec une lieuse électrique », soutient-il.

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