« Le filage de la vigne diminue les rendements un peu partout »
Nicolas Dutour, œnologue et ingénieur-conseil au Laboratoires Dubernet, constate de plus en plus de problèmes de filage, partout en France. Interview.
Depuis quand et dans quelles régions constatez-vous des problèmes de filage ?
Le filage est décrit depuis longtemps dans la littérature, il y en a toujours eu. Mais jusqu’à présent, il s’agissait d’un phénomène occasionnel. Or là, cela fait deux années de suite qu’il y a des dégâts. C’est le cas en Bourgogne, mais aussi à Bordeaux ou encore dans le Languedoc. Là je me trouve en Charente, dans une parcelle d’ugni blanc, et on en voit un peu. C’est un phénomène insidieux et silencieux. On se dit que la sortie n’était finalement pas si belle que ça. Qu’il n’y avait pas les doubles ni les ailes sur les grappes. Or si ! On voit des rameaux qui auraient dû être fructifères et qui ne le sont pas, mais où on voit encore un capuchon foral au bout. Mais ce n’est pas anecdotique, cela peut représenter de grosses pertes de rendement.
Y a-t-il une sensibilité variétale ?
Quelles sont les causes ?
L’an dernier, nous avons eu peu d’ensoleillement. Peut-être cela joue-t-il. Ou le yo-yo des températures, quand on a un épisode chaud suivi d’un froid. L’instabilité du climat joue peut-être un rôle.
Que testez-vous pour limiter ce phénomène ?
Depuis cette année, nous expérimentons plusieurs choses au sein de Terra Mea. Tout d’abord, nous sommes allés questionner les producteurs de raisin de table et ils coupent la vrille. Nous avons donc mis en place une modalité de coupe des vrilles manuelle. Une autre d’écimage, pour changer la balance hormonale. Mais ce n’est pas évident car la pousse est hétérogène. Et enfin, une modalité biostimulant, avec un produit jouant sur la voie de l’éthylène, afin de modifier le comportement hormonal de la plante, qui impacte sa croissance.