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« Il faut apporter des antioxydants à la vigne »

Le Nutriscope a été mis au point suite aux travaux d’Olivier Husson, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Il revient pour nous sur l’intérêt de cet instrument et des indicateurs qu'il fournit.

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GRAPH Le développement des bioagresseurs dépend du pH et du potentiel d'oxydoréduction (Eh) de la planteConditions de développement des pathogènes
© O. Husson

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au pH et au redox des végétaux ?

Je me suis penché sur le redox et le fonctionnement du sol suite à mes études sur le riz, culture poussant dans l’eau et sur des sols s’acidifiant pour cause d’oxydation. Cela m’a conduit à creuser le sujet du redox. Dans la bibliographie, on se rend compte qu’au cœur du fonctionnement du vivant se trouve la capacité du sol à réguler son pH/redox. Cette capacité a un impact direct sur les micro-organismes du sol et donc sur la nutrition de la plante. De même, le pH et le redox de la plante jouent sur son interraction avec les pathogènes et bioagresseurs.

Quand et comment se servir du Nutriscope ?

Les feuilles ne réalisant pas de photosynthèse la nuit, elles s’oxydent. Prendre des mesures le matin permet de voir si la capacité tampon de la vigne est importante. On peut assimiler cette capacité tampon à une réserve, ou une batterie, permettant de résister aux stress. Le fait d’employer la spectrométrie permet d’effectuer un nombre important de répétitions sur un laps de temps très court (10-15 seconde par mesure). Il est préconisé de scanner 15 feuilles par parcelle.

Par ailleurs, je recommande d’analyser les écarts types au sein d’une même parcelle, et non les moyennes.

Quels sont les bons seuils de pH-redox ?

 

 
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Olivier Husson, chercheur au Cirad, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, travaille sur le pH et le redox des plantes. © O. Husson

Cela dépend des cépages, des conditions du milieu, etc. Nous n’avons pas encore de base de données suffisante pour avoir ces abaques. Par ailleurs, tous les éléments d’un cep ne sont pas au même équilibre. Un phloème va être plutôt alcalin, tandis qu’un xylème sera un peu plus acide. De même, les jeunes feuilles, qui n’ont pas encore produit beaucoup de photosynthèse, seront plus oxydées que des feuilles plus âgées.

Quels résultats doivent alerter ?

Une parcelle de vigne devient sensible aux bioagresseurs, et en particulier au mildiou, lorsqu’il y a beaucoup de variabilité pH/redox entre les ceps, d’où l’importance de suivre les écarts types. Cela signifie que la parcelle n’est pas tamponnée et qu’une attaque est en cours.

Quels sont les conseils que l’on peut d’ores et déjà formuler ?

Globalement, il faut apporter des antioxydants à la vigne. La principale action consiste à implanter des couverts végétaux pour restaurer les sols. Si le sol est bien structuré, il tamponne les fluctuations du milieu et diminue le stress de la vigne. Je recommande donc de laisser un couvert un maximum de temps sur l’année, et de nourrir les engrais verts avec une fertilisation foliaire (manganèse notamment).

Quel est l’impact des pratiques viticoles ?

On s’aperçoit que tout ce qui est travail du sol est mauvais. De même, des opérations comme le rognage, qui diminue la capacité de photosynthèse de la vigne et crée des blessures, sont à limiter. Le rognage va déclencher les voies de l’acide jasmonique (hormone de défense) suite aux blessures, ce qui va créer un déséquilibre. La vigne va dépenser davantage d’énergie et en capter moins. Après, tout est question de compromis. Mais je dirais que dans le cas d’une parcelle avec des conditions de pH/redox variables, j’hésiterais à faire un rognage car cela créerait une accumulation de stress.

Quel est l’effet des traitements phytosanitaires ?

Le cuivre et le soufre ramènent la parcelle dans des conditions groupées, cela tamponne. Mais de manière globale, les phytos conduisent à une suroxydation qui fatigue la vigne au fil des répétitions.

Quel est l’intérêt de suivre les oligoéléments en parallèle ?

Cela permet de savoir pourquoi la plante est oxydée. Est-ce lié à un manque de manganèse, de fer ? Lorsque l’on mesure le pH, le redox et la conductivité de la vigne, c’est comme si on prenait sa température, sa tension et son rythme cardiaque. Le suivi des oligoéléments s’apparente plutôt à une analyse de sang. Il permet de comprendre d’où provient le blocage, afin d’y remédier via un passage en foliaire.

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