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En Gironde : « Le drone est un très bon outil pour traiter la vigne »

Les Domaines P, à Margaux, en Gironde, ont effectué des essais de pulvérisation au drone, qui les ont convaincus de l’intérêt de l’outil en début de saison, lors de la floraison, ou pour intervenir dans les zones sensibles.

À l’issue de leur campagne d’essais, Marjolaine Maurice-de Coninck, directrice générale des Domaines P (Château Marquis d’Alesme Becker, Château Labégorce et Château La Tour de Mons), à Margaux en Gironde, et Fabien Raymond, directeur technique, se disent convaincus par l’intérêt du drone de traitement. « Il apparaît comme un très bon outil de début de cycle, ainsi que pour les périodes de cycle délicates ou les zones de traitement sensibles », résume Fabien Raymond.

Des performances impressionnantes en début de campagne

Pour arriver à cette conclusion, les équipes ont réalisé deux essais de pulvérisation avec de l’eau et du fluorophore, les 10 avril et 18 mai 2026. « L’objectif était de voir comment cet outil pouvait nous aider à concilier les contraintes environnementales et sociétales (respect de la réglementation « Abeille » et des horaires de traitements contraignants lors de la période de floraison, limite de distance de voisinage DSPPR (1), zones sensibles, etc.), tout en conjuguant notre goût pour la recherche et les technologies », plante Fabien Raymond.

Pour ce faire, ils ont fait appel au prestataire de services girondin Agrodrone, qui est intervenu avec son propre appareil, un AG 150. Ce dernier peut embarquer 80 litres de préparation, est muni de quatre moteurs et dispose de deux buses rotatives à l’avant. Avant de démarrer toute intervention, le droniste réalise une cartographie de la parcelle en effectuant son survol et mentionne la largeur des rangs, afin que le drone sache où aller.

Et après ces deux tests de pulvérisation, le résultat a été « très satisfaisant », relève Marjolaine Maurice-de Coninck. En début de saison, le drone a donné de meilleurs résultats que les pulvérisations terrestres, et ce, quel que soit le type d’appareil de traitement. Le tout, sans tassement de sols. « C’est très impressionnant, poursuit la directrice générale. Lors de millésimes comme 2024 où les sols étaient détrempés en début de saison, l’usage des drones aurait été extraordinairement aidant. » Le second essai, effectué à l’approche de la floraison, a également donné satisfaction, mais la pénétration dans le feuillage a été légèrement moins performante que lors du premier passage.

Un hectare traité en 20 minutes

Ces essais ont en outre permis à l’équipe d’affiner les réglages. Un volume hectare de 200 ou 250 litres donne de bons résultats, combiné à une application en croisé, avec un passage dans le sens des rangs et un perpendiculairement. La meilleure hauteur de vol est 3,50 mètres. « Au-delà, on perd de l’efficacité. En deçà, cela risque de casser des branches », note Fabien Raymond. La taille des gouttes, entre 230 et 340 microns, procure une bonne efficacité, il s’agit du meilleur compromis efficacité-dérive. Pour ce qui est de la largeur de travail, l’équipe a appliqué la même consigne qu’avec un pulvérisateur terrestre, à savoir 6 mètres, afin de pouvoir comparer avec son schéma actuel.

Au-delà de la qualité d’application, la rapidité d’intervention est un autre atout de poids. Le drone atteint une vitesse de traitement d’environ 14,5 km/h, contre 5 km/h pour les équipements terrestres utilisés sur l’exploitation. Un hectare peut donc être traité (trois pleins et changements de batteries compris) en une vingtaine de minutes, contre près d’une heure avec un pulvérisateur classique. Sans compter que la précision du système GPS RTK permet au drone de reprendre son travail à l’endroit exact où il s’est interrompu, limitant ainsi les risques d’oubli ou de recouvrement.

Cet outil permet également d’avoir de meilleures conditions de travail qu’un pulvérisateur classique. Les opérateurs sont moins exposés au bruit, aux vibrations et aux contacts potentiels avec les produits. Son nettoyage nécessite par ailleurs beaucoup moins d’eau, « un atout fort pour l’environnement actuel où nous souhaitons tous protéger 'la réserve en eau' », souligne Marjolaine Maurice-de Coninck. En outre, il est électrique et constitue un facteur de motivation ou d’attractivité pour les salariés.

Un outil complémentaire pour les zones sensibles

« Il reste bien sûr des points à améliorer, comme l’aspect administratif ou logistique », énumère la directrice générale. Il faut notamment adapter le chantier de pulvérisation, en disposant par exemple une surface stable et propre pour le décollage et l’atterrissage de l’appareil, faute de quoi, il risque de soulever beaucoup de poussière.

D’un point de vue financier, un drone est également intéressant : il coûte trois fois moins cher qu’un pulvérisateur classique, sans compter le prix du tracteur. Mais cet intérêt financier fond en ayant recours à un prestataire. « À date, passer par un prestataire de services a un coût non négligeable, confirme la directrice générale. Toutefois on ne s’improvise pas droniste du jour au lendemain. Si nous avons les autorisations pour des tests l’an prochain, nous poursuivrons les essais par prestation et les déploierons dans les zones sensibles (riverains). »

Si elle n’envisage pas, à l’heure actuelle, que le drone remplace totalement les pulvérisateurs, elle souhaite que cet outil puisse « intégrer notre boîte à outils afin de répondre aux défis de la viticulture de demain ».

(1) Distances de sécurité vis-à-vis des personnes présentes et des riverains

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