Dans le Vaucluse : « l'arroseur de complants est rentable dans les vignes »
L’innovation présentée l’an dernier par Bernardoni revêt de multiples intérêts pour l’arrosage des complants. Son premier utilisateur, le vigneron Yves Gras, témoigne.
À entendre Yves Gras, du Domaine Santaduc, à Gigondas, dans le Vaucluse, le système d’arrosage des complants en profondeur de Bernardoni n’a que des atouts. Il s’est équipé de deux machines deux rangs l’an dernier et a arrosé deux fois 5 000 à 6 000 complants sur l’ensemble de ses 40 hectares.
Le premier avantage, et non des moindres, consiste à nécessiter moins de main-d’œuvre. « Avant, il fallait un chauffeur et une ou deux personnes derrière avec le ou les tuyaux, décrit-il. À présent, il n’y a plus que le chauffeur. » Un vrai avantage en période estivale, où peu de personnel est sur l’exploitation. Sans compter que le travail peut se faire depuis une cabine fermée et climatisée, là où les porteurs de tuyaux étaient avant dehors en plein soleil. « On a une aisance dans le travail intéressante, observe-t-il. Et cela permet d’intervenir à n’importe quel moment de la journée. » Par ailleurs, si une vigne a déjà été arrosée en surface, une croûte risque de s’être formée. « Cela implique de biner avant d’arroser, indique le vigneron. Avec ce nouveau système, il n’y a pas ce souci. » Et apporter l’eau en profondeur évite les projections d’eau sur les feuilles ce qui limite les risques de maladies.
Moins de trajets pour remplir la cuve d’eau
Autre atout, les économies d’eau. « Quand on arrose en surface, on perd la moitié ou les deux tiers de l’eau, estime Yves Gras. Avec l’arrosage en profondeur, tout est disponible pour la vigne. » Il met désormais 3 à 4 litres d’eau par pied contre 7 à 8 litres auparavant. Ce qui a, par ricochet, un fort impact sur le temps de travail. D’une part, le chauffeur passe deux fois moins de temps sur chaque complant, et d’autre part, il a moins de pleins à effectuer et donc moins de trajets. « Et ce d’autant plus que l’été, de nombreuses bornes sont fermées pour cause de pénuries, note le viticulteur. Il faut aller faire le plein sur le domaine ce qui est chronophage. » Pendant ce temps, les deux porteurs de tuyau n’ont rien à faire.
Mais surtout, ce qui a convaincu Yves Gras, c’est l’impact sur l’enracinement des ceps, l’arrosage en profondeur devant favoriser le développement des racines en profondeur et non en surface. Néanmoins, le vigneron n’étant équipé que depuis l’été dernier, il n’a pas encore assez de recul sur cet aspect.
Un achat rentable grâce aux économies d’eau et de main-d’œuvre
D’un point de vue pratique, la machine fonctionne bien. Yves Gras n’a eu aucune panne ni aucun problème, même dans les galets de Châteauneuf-du-Pape. « Lorsqu’on tombe sur un gros caillou, il suffit d’avancer ou de reculer de 10 cm », indique-t-il. La machine est couplée à une pompe à eau et à la cuve du pulvérisateur Calvet de l’exploitation. Elle est dotée de deux vérins, un horizontal et un vertical, mais ne demande que peu de débit d’huile. « Ce sont des vérins simples, n’importe quel tracteur peut faire l’affaire », avance le vigneron. Avant toute utilisation, il faut paramétrer le volume. Pour ce faire, il s’agit de mettre de l’eau dans un seau et de régler le bouton lorsque le volume souhaité est versé. « Au bout de deux ou trois essais, c’est bon », rapporte Yves Gras.
Malgré un coût de 8 800 euros, Yves Gras juge l’achat rentable car il permet de diminuer la consommation en eau, d’avoir recours à moins de personnel et de limiter les temps de travail. « J’en suis ravi », résume-t-il.
en pratique
L’arroseur à complants se compose d’un châssis doté de deux éléments d’arrosage coulissant hydrauliquement de chaque côté. Chaque élément est muni d’une pointe s’enfonçant jusqu’à 30 cm de profondeur à l’aide d’un vérin vertical. C’est par ces pointes que l’eau est injectée pour arroser les complants.
La machine présente une largeur de 40 cm en encombrement à l’avant du tracteur et un poids de 200 kg. Le débit hydraulique nécessaire est de 15 litres par minute.
En cabine, le conducteur dispose d’un joystick pour positionner les pointes et d’injecter l’eau. Un potentiomètre permet de régler le débit d’eau.
L’appareil s’installe sur la cuve et la pompe de pulvérisateur du domaine et vaut 8 800 euros HT sans montage.