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Covid-19
La filière vin face à l’onde de choc du Covid-19

L’ampleur de la crise du Covid-19 monopolise totalement l’actualité tant elle a de conséquences, au-delà du front sanitaire qui est bien sûr prioritaire. Mais les conséquences sur la filière vitivinicole poussent ses représentants à tirer la sonnette d'alarme.

 © J.-C. Gutner
Depuis le 14 mars, bars et restaurants ont baissé le rideau.
© J.-C. Gutner

C’est peu dire que le Coronavirus venu de Chine s’est infiltré à tous les niveaux. Bouleversement des achats alimentaires, nouvelles conditions de travail à organiser, usines à l'arrêt, transports perturbés, frontières fermées avec des conséquences sur l’import-export et la main-d’oeuvre, restaurants obligés de cesser leur activité du jour au lendemain… La liste des problèmes est interminable. Bon nombre ont une conséquence directe pour la filière vins alors qu’elle est déjà confrontée aux difficultés à l’exportation en Chine et aux États-Unis, ainsi qu’à l’atonie du marché français.

Un nouveau cri d’alarme lancé par la filière

La crise du Covid-19 est donc malheureusement l’occasion pour les acteurs de la filière de devoir lancer un nouveau cri d’alarme à destination de nos dirigeants. Rappelons que l’activité vitivinicole concerne une exploitation agricole sur cinq, et que le secteur des vins et spiritueux a généré 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’export en 2019.

Dès le 10 mars, ce sont les Vignerons indépendants qui par la voix de leur président, Jean-Marie Fabre, parlaient d’un "véritable électrochoc" nécessaire pour soutenir le secteur. Pour relancer l’export, ils demandent "un fonds de compensation sur les taxes US immédiat" et "une négociation rapide avec la Chine sur notre pénétration à droits de douane équivalents à ceux de l’Australie et du Chili".

 © J.-C. Gutner

Après la publication des premières mesures de soutien annoncées par le ministère de l’Économie, Jean-Marie Fabre saluait leur "rapidité de mise en place" ainsi que "le volume des fonds publics mis à disposition". Mais il estime "nécessaire de les adapter à la réalité de nos entreprises vitivinicoles ». Il souligne ainsi que « le chômage partiel des salariés viticoles ne peut pas être envisagé, ça condamnerait la future récolte. Une prise en charge d’une partie des salaires par l’État serait plus pertinente ». Les Vignerons indépendants plaident donc pour l’exonération totale de charges patronales et salariales sur les salaires des employés, ainsi que l’exonération totale des charges sociales de l’exploitant. Autres requêtes : une année blanche des intérêts bancaires, un report des annuités d’emprunts et un dispositif de consolidation des trésoreries.

Le 26 mars, c’était au tour de la Cnaoc d’appeler l’ensemble des acteurs de la filière à saisir les possibilités de prêt garanti par l’État pour soutenir les trésoreries. « Le mécanisme de prêts garantis par l’État doit impérativement être sollicité par toutes les entreprises pour honorer les factures. Chaque acteur doit désormais se rapprocher de sa banque. Il est urgent de faire circuler l’argent pour éviter des défaillances d’entreprises. Il y a déjà assez de difficulté avec la raréfaction des points de ventes, les problèmes de logistique et de main-d’œuvre”, affirmait son président, Bernard Farges.

Lire aussi " Exploitations en difficultés : le gouvernement ralentit les procédures pénales"

 

Une demande d’action à l’échelon européen

Le 8 avril, Nathalie Delattre et Philippe Huppé, coprésidents de l’Association nationale des élus de la vigne et du vin (Anev), proposaient au gouvernement la mise en place d’une série de mesures très concrètes qu’ils jugent essentielles à la survie des exploitations vitivinicoles (voir encadré). Leur dernière proposition évoquant la "mise en place au niveau européen d’aides à la distillation de crise", fait l’objet d’une question écrite adressée à la Commission européenne par le député européen, Éric Andrieu.

Dans ce courrier, daté du 8 avril, le député constate que la conjoncture rend plus que jamais indispensable la mise en place « de mesures temporaires et exceptionnelles de marché, si l’on veut éviter une chute brutale des prix et bien des catastrophes dont la disparition de nombreux producteurs sur bien des territoires ». Il souligne aussi que « ces mesures qui appellent un effort de solidarité pour l’ensemble de la filière européenne ne peuvent être efficaces qui si elles sont prises au niveau de l’Union ». Il suggère une solution « à travers une distillation de crise ». « À quelle échéance au besoin la Commission envisage-t-elle d’agir ? Il y a urgence », conclut-il dans son message. Les Vignerons indépendants partagent aussi cette préoccupation. "Il faut que l’on ait une réflexion sur les outils de gestion des volumes de stocks au niveau européen", alerte Jean-Marie Fabre, dans un entretien publié sur notre site Internet.

Une mesure que Didier Guillaume a fermement soutenu auprès de la Commission européenne, a t-on appris dans un communiqué envoyé par le cabinet du Ministère de l'agriculture le 14 avril.  Trois millions d'hectolitres de vin français AOP et IGP pourraient ainsi être distillés et réorientés vers la production de gel hydroalcoolique. Pour se maintenir à flot, la filière viticole demande à l'Europe une subvention de 80 € /hl.

La menace d’une récession d’une durée imprévisible

La menace d’une dégradation des conditions commerciales est soulevée par Inter-Rhône. Dans un courrier adressé aux opérateurs de la filière viticole rhodanienne, le président d’Inter-Rhône, Michel Chapoutier, et ses deux vice-présidents, Philippe Pellaton et Étienne Maffre, dénoncent « les annulations unilatérales de contrat de vente pour force majeure, l’imposition sans discussion de reports de paiements voire la rétention de paiements » ou encore « l’émergence de quelques contrats de vente de vins en vrac accompagnés de propositions de prix 'indécents', totalement déconnectées du marché ». Autant de pratiques menaçant les efforts de toute une filière régionale pour valoriser les appellations et construire l’avenir. Les trois signataires en appelaient à « la solidarité et à la responsabilité collective ».

Pour l’instant les réponses du gouvernement sont globales, destinées à tous les acteurs économiques et donc actionnables par le secteur vitivinicole. Elles sont d’un volume inédit. Ce sont désormais 100 milliards d’euros qui sont mis sur la table pour soutenir l’ensemble de l’activité économique et donc aussi la consommation dans un contexte désormais marqué par la récession.

Dans une note de conjoncture parue le 9 avril, l’Insee indique un choc bien plus violent sur le PIB que lors de la crise de 2008-2009. Elle l’évalue « a minima à -12 % sur le PIB trimestriel ». Du fait de cette ampleur, l’institut avoue son impossibilité de prédire si la reprise « se fera avec ou sans l’effet rebond qui permettrait de compenser une partie de la perte instantanée ». Il estime la baisse de consommation à 35 % depuis le début du confinement par rapport à un niveau habituel, l’agroalimentaire et les produits agricoles faisant partie des rares secteurs à afficher une évolution globale positive avec 10 % de hausse.

Les mesures demandées par L’Anev

L’Association nationale des élus de la vigne et du vin demande au gouvernement une série de mesures spécifiques pour le secteur vitivinicole.

- Annulation des frais liés aux crédits bancaires en cours ;

- Annulation des prélèvements directs sur les entreprises et exploitations viticoles en 2020 ;

- Défiscalisation de la réintégration d’une partie de la Dotation pour épargne de précaution ;

- Évaluation du dispositif permettant aux salariés de cumuler activité partielle et emploi agricole ;

- Mise en place de dispositifs facilitant l’emploi de travailleurs agricoles en vue du déconfinement et de la reprise d’activité de salariés en activité partielle dans leur branche d’origine ;

- Versement en temps et en heure des aides OCM vitivinicoles par FranceAgriMer ;

- Possibilité d’adapter les programmes de l’OCM vitivinicole d’aides à la restructuration et à la reconversion du vignoble, ainsi que les programmes d’aide à l’investissement dans les entreprises, comme cela a été fait pour les programmes d’aides à la promotion ;

- Prolongation des autorisations de plantation pour tenir compte des difficultés à effectuer les plantations de vignes au printemps 2020 ;

- Mise en place au niveau européen d’aides à la distillation de crise.

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