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Cash Investigation : Elise Lucet s'attaque à la taxation des vins français

Jeudi 1er avril sur France 2 Cash Investigation, intitulé « Alcool : les stratégies pour nous faire boire », s’est attaqué aux taxes sur le vin, tendant à montrer le rôle de députés proches du milieu viticole dans leur faible niveau par rapport aux autres alcools.

Taxation du vin
© Capture d'écran Cash Investigation-France2

Alors que les vins français viennent juste de bénéficier d’une pause dans la surtaxation de leurs importations aux Etats-Unis et que la filière souffre de la fermeture de la restauration, Cash Investigation a relancé hier soir l’idée de davantage taxer les vins, bénéficiant aujourd’hui d’un traitement de faveur dans l’Hexagone.

A lire : Lettre à Elise Lucet : « Nous paysans » le contre-exemple de la méthode Cash Investigation ?

3 milliards d’euros de coûts pour les finances publiques

« On est comme les Français, on boit encore trop, beaucoup trop », ainsi lance la voix off de Cash Investigation, diffusé hier soir sur France 2 et intitulé « Alcool : les stratégies pour nous faire boire ». Après une partie à charge contre les pratiques de Pernod Ricard, le magazine d’Elise Lucet s’attaque au coût de l’alcool que l’avocat et professeur agrégé d’économie à l’Université Paris I Pierre-Alexandre Kopp estime à 3 milliards d’euros par an pour les finances publiques. Son calcul réalisé pour étude datant de 2016 : les taxes sur l’alcool (3 milliards d’euros) – les dépenses pour soigner les malades des conséquences de l’alcool (7,7 milliards d’euros) + « les économies pour l’Etat liées aux décès avant l’âge de la retraite du fait de l’alcool ! » (1,7 milliard). Et Cash Investigation, en pleine pandémie de Covid-19, de rapprocher ces 3 milliards d’euros avec le budget moyen de fonctionnent de 115 établissements hospitaliers pendant un an.

Lire aussi : 4 mois de repit pour les vins et spiritueux français aux Etats-Unis

Selon l’économiste, la meilleure façon pour réduire ce coût en faisant baisser la consommation d’alcool des Français serait d’augmenter le prix de l’alcool notamment sur le vin qui « bénéficie d’un traitement de faveur » en termes de fiscalité par rapport aux autres alcools : avec hors TVA des taxes de 0,83% pour le vin, 9,2% pour la bière et 50,8% pour les spiritueux (selon les données de la DGDDI reprises par la Cour des comptes en 2016). Pour expliquer cette différence de traitement, l’émission Cash Investigation s’évertue à montrer que le vin bénéficie d’un statut particulier en France, du fait même des relations qu’entretiennent les élus avec ce produit de terroir.

Lire aussi : de nouvelles mesures fiscales sur l'alcool à l'étude

Partant du projet de la sénatrice Jocelyne Guidez, fin 2018, de taxer à 170% les mélanges vin-sirop (premix) le magazine d’Elise Lucet dénonce l’existence et les actions du groupe d’étude de l’Assemblée nationale vigne, vin et œnologie. Alors que le projet de la sénatrice du groupe union centriste avait approuvé cette taxe, les députés la rejettent, via 16 amendements déposés par 109 parlementaires dont 90 appartiennent à ce groupe d’étude, selon Cash Investigation. Un groupe d’étude comprenant des députés de tous bords et procédant à des dégustations avec présence de vignerons, selon les images tournées par une journaliste en caméra cachée.

 

Le magazine cible en particulier son coprésident, Jacques Cattin,« important producteur de crémant d’Alsace ». Une journaliste de l’émission débarque sur son exploitation et l’interroge sur son refus de taxer des boissons à base de vin. Réponse de l’intéressé, qui accepte l’interview : « aujourd’hui le vin issu de nos raisins, on le valorise dans toutes ses composantes, pourquoi taxer ces produits ? ».  « Le vin est taxé directement ou indirectement, je ne vois pas pourquoi on le taxerait davantage », poursuit-il. Le député-vigneron assume ensuite le fait d’être un porte-parole de la filière et défend le groupe d’études de l’Assemblée nationale : « oui j’assume on fait de la promotion pour nos produits, pour notre gastronomie on est droits dans nos bottes. Le vin a traversé toutes les civilisations on doit en être fier dans notre pays ».

La voix off de Cash Investigation reprend derrière, avec condescendance : « bon résumons pour le député Jacques Cattin la taxation c’est non ! Être porte-parole de la filière vin c’est oui ! ». Le magazine reconnaît toutefois que la députée Audrey Dufeu Schubert appartenant au groupe d’étude vigne, vin et œnologie, a fait adopter en 2019 une taxe des boissons à base de vin à 45%, « une taxation très édulcorée » conclut Cash Investigation.

Jacques Cattin nous explique le fonctionnement du groupe d'étude

Contacté par Réussir.fr, Jacques Cattin raconte avoir été surpris par cette visite inopinée et regrette que sur les 30 minutes d’entretien seules quelques minutes aient été retenues. A propos du groupe d’étude vigne, vin et œnologie, le député alsacien raconte avoir expliqué à la journaliste que les thèmes des 16 réunions évoquées dans l’émission Cash investigation se retrouvent sur le site de l’Assemblée nationale. Il s’agit en général d’auditions sur des sujets techniques comme celle de la MSA le 19 février 2020. « La prochaine fois on va rencontrer la directrice générale de FranceAgriMer » nous confie-t-il. Quant à la réunion filmée en caméra cachée il s’agissait d’une dégustation organisée mi-juillet 2019, aux frais des vignobles invités pour faire découvrir des vignobles peu connus aux élus et à leurs collaborateurs de l’Assemblée nationale. « Une dégustation sans but commercial », assure Jacques Cattin. Une autre dégustation avait été organisée en juillet 2018.

 

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