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Election présidentielle 2022
Stéphane Le Foll : « le seul problème du monde agricole c'est de penser qu’il faut produire plus »

Ex-ministre de l’Agriculture et actuel maire du Mans, Stéphane Le Foll a annoncé se présenter à une primaire socialiste qu’il appelle de ses vœux. Dans l’ouvrage Renouer avec les lumières, il expose ses idées en faveur d’une France durable. Entretien exclusif pour Réussir.fr.

Stéphane Le Foll
" Je connais la France des campagnes et des villes, c'est un atout ", déclare Stéphane Le Foll, qui se porte candidat pour une éventuelle primaire socialiste.
© Bruno Levy

Vous rappelez en introduction de votre ouvrage, Renouer avec les Lumières, vos origines paysannes et plus généralement rurales, c’est important pour vous positionner dans une primaire socialiste que vous appelez de vos voeux ?

Stéphane Le Foll : Je suis assez singulier. J’ai commencé en étant conseiller municipal d’un village de 250 habitants et aujourd’hui je suis maire d’une ville de 150 000 habitants. Je connais la France des campagnes et des villes. En tant que ministre de l’Agriculture j’ai été à la rencontre des territoires. Quand Anne Hidalgo dit « je suis maire de Paris, c’est connu à l’international ! », je dis : « moi, je connais la France ». Je sais ce que c’est que cette vie villageoise où des lotissements sont venus s’installer. C’est un atout dans le débat.

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Cela vous différencie-t-il dans votre famille politique ?

Il y’en a d’autres, je ne dis pas que je suis le seul. Mais mon histoire a sa particularité. Avoir été vice-président de la commission agricole du Parlement européen et du parti socialiste et européen, fait aussi que je connais l’Europe.

On ne va pas créer des Sovkhozes ou des Kolhozes

Votre livre fait l’éloge du progrès en opposition à une écologie comportementaliste et moralisatrice, que répondez-vous à Eric Piolle qui disait il y a quelques jours à Réussir.fr vouloir créer 25 000 fermes communales et agroécologiques et vouloir que l’élevage se transforme pour aller davantage vers des fermes de petites tailles où les animaux sont bien traités et non « shootés » aux antibiotiques ?

Sur les antibiotiques, il oublie que des politiques ont été engagées par Stéphane Le Foll ! Je ne sais pas ce qu’il entend par fermes communales ? Par exemple au Mans, il y a une ferme urbaine qui s’appuie sur le maraîchage local. Mais on ne va pas créer des Sovkhozes ou des kolkhozes ! Il peut y avoir des fermes pilotées par des collectivités, mais l’idée de substituer le modèle de l’exploitation agricole par un modèle piloté par des communes est illusoire et dangereux. Dans l’idée d’Eric Piolle, l’agriculture ne sert qu’à être vivrière, sans rapport avec toute l’histoire de l’agriculture. La culture vivrière est une conception post-tiers mondialiste disant qu’il faut une partie d’autoconsommation. Mais on ne peut pas laisser croire que l’on va concevoir un modèle agricole qui n’exporterait plus. C’est comme si on disait qu’on ne peut plus boire du Champagne qu’en Champagne. Ou encore qu’il ne faudrait consommer que les IGP dans leur territoire ! Ces gens confondent tout !

Lire aussi : Eric Piolle : « Je propose de créer 25 000 fermes communales et agroécologiques »

Vous prônez la polyculture-élevage et écrivez que supprimer l’élevage serait catastrophique, comment l’élevage doit-il évoluer selon vous ?

Renouer avec les lumières
Paru le 1er sept. aux Ed Calmann Levy.

En prenant en compte le bien-être animal et en étant conçu dans un équilibre général. On a spécialisé les régions depuis la seconde guerre mondiale. Avant il y a avait de la polyculture-élevage partout. Ce modèle s’est installé dès le Moyen âge après la peste noire. C’était une manière d’affronter la famine en évitant l’appauvrissement des sols. Puis on a industrialisé l’élevage parce que la consommation animale ne peut se massifier si la viande est trop chère. On est allé très loin, il faut peut-être réguler. Mais l’élevage est essentiel à l’équilibre agronomique de l’agriculture.

Les éleveurs mériteraient d’être mieux rémunérés…

Oui il y a le problème du revenu. La consommation baisse. On a laissé penser qu’on pourrait consommer des calories animales plus que nécessaires. Le marché est aujourd’hui peu porteur, à la différence des années 60 où les commerçants en bestiaux avaient les moyens les plus importants. Mais on voit ce qu’il s’est passé dans la viticulture, avec le passage dans le Languedoc d’une production de moindre quantité mais de meilleure qualité.

L’élevage est essentiel à l’équilibre agronomique de l’agriculture

Sur la viande, un choix doit être fait. En même temps on ne peut pas éluder la question de l’accessibilité par le prix. On doit trouver le moyen d’arriver à un accès large aux protéines animales, en moins grande quantité, mais avec de la qualité et la prise en compte du bien-être animal.

La décroissance est une hypothèse inenvisageable selon vous, une récente étude du centre commun de la recherche montre que la stratégie Farm to Fork devrait conduire à une baisse de la production agricole européenne, qu’en pensez-vous ? La nouvelle Pac et le PSN français vont-ils selon vous dans le bon sens ?

Le seul problème du monde agricole c'est de penser qu’il faut produire plus. C’est le problème que j’avais en tant que ministre avec la filière porc. Cela n’a plus de sens ! La production agricole ne doit pas être plus productive mais moins capitalistique. On a beaucoup de difficulté à rémunérer le travail. Quand je vois que le patron de Free s’engage dans Hectar, c’est encore laisser penser que plus de capital ça donne plus de revenu ! Mais non, plus de capital c’est plus de coûts.

La production agricole en doit pas être plus productive mais moins capitalistique

Il faut regarder la nature pour produire moins, avec moins de chimie, moins de matériel… Ca ne veut pas dire plus de chimie du tout. Mais par exemple en vigne, travailler sur le couvert des pieds ou des cépages résistants aux maladies constituent des choix stratégiques importantes.

Lire aussi : Agriculture en Europe : les prédictions funestes d’une étude cachée

Les écologistes sont restés sur le modèle bio. Quel est le bon système entre l’agriculture conventionnelle répondant au besoin d’accessibilité, et le bio, avec de la qualité sans chimie mais qui va trouver une limite ? Les baisses de quantités de 20 à 30% de production dans le bio sont compensées par des prix plus élevés. Le risque c’est qu’en France, alors qu’on compte déjà 7 millions de gens mal nourris, le phénomène de malnutrition se développe.

Les écologistes sont restés sur le modèle bio avec le risque que la malnutrition se développe

La bonne solution serait selon vous la HVE ?

Oui, plus généralement les modèles agroécologiques comme les GIEE (groupements d’intérêt économique et environnemental) que j’avais créés pour rapprocher plusieurs chefs d’exploitation avec une sole plus importante permettant de travailler sur la rotation des cultures et d’utiliser plus la photosynthèse.

Je deviens dingue quand je vois qu’un jeune se remet à labourer en Bretagne

Vous prônez la poursuite de votre plan pour la bioéconomie et de multiplier par trois l’activité photosynthétique des plantes et des végétaux, comment ? pourquoi ? Quel intérêt pour les agriculteurs ?

L’intérêt pour les agriculteurs : utiliser une énergie gratuite. Plus généralement cela permet de stocker du carbone. Le « 4 pour 1000 » (l’idée d’atteindre un taux de croissance annuel de 0,4% des stocks de carbone dans les premiers 30 à 40 cm de sol) : on me dit que c’est un peu trop pour la France, que le potentiel de stockage est moins important. Mais je connais des agriculteurs qui en combinant agroforesterie, couverts végétaux et haies parviennent à un stockage supérieur. Diversifier les cultures, en utilisant plus d’azote dans le sol, évite qu’il soit rejeté dans les rivières et la mer. Je deviens dingue quand je vois qu’un jeune se remet à labourer en Bretagne ! Il libère tout l’azote stocké !

Lire aussi : Les terres agricoles sont en mesure de stocker 3,3 % de CO2 en plus

Dans un récent rapport moral de la FNSEA l’agroécologie a été évoquée, c’est important ! Il ne faut pas rester sur des modèles anciens. J’avais défini un plafond total en termes de consommation d’azote pour la Bretagne avec la référence de 2014, avec une possibilité de dépasser de 1%. L’idée étant de substituer l’azote minéral par l’azote organique via la polyculture-élevage. La référence 2014 étant une période où les filières animales bretonnes produisaient peu, ça a bloqué car avec cette mesure j’allais empêcher la hausse de la production. C’est idiot ! La Bretagne ne va pas nourrir toute la Chine ! Il faut raisonner autrement.

C’est idiot ! La Bretagne ne va pas nourrir toute la Chine

Vous proposez aussi la remise en œuvre des certificats d’économie de phytosanitaires, expliquez-moi….

Lors du plan Ecophyto 2, j’avais fixé l’objectif de réduire les ventes de phytosanitaires de 20% en cinq ans et si on n’y arrivait pas il y aurait une taxe calculée sur la base Nodu (nombre de doses par unité). La taxe étant de 11 euros par Nodu supplémentaire. Les CEPP devaient mobiliser les vendeurs de phytosanitaires en ce sens pour trouver des alternatives. La FNSEA s’y est opposé au prétexte que la taxe allait être reportée sur les agriculteurs. La taxe est passée de 11 à 5 euros. Quand l’ordonnance est sortie, un recours au Conseil d’Etat a été formulé par Coop de France et l’UIPP, et le Conseil d’Etat a contredit la commission économique en faisant tomber cette mesure. Elle a été réintroduite dans une proposition de loi de Dominique Potier, mais dans la loi Egalim cette taxe a été ramenée à zéro. Les écologistes ont préféré se battre sur la séparation du conseil et de la vente. Or ces CEPP étaient un moyen de développer des alternatives à la chimie. C’est comme la suppression du glyphosate, si on ne pousse pas à chercher des alternatives on conduit les agriculteurs dans l’impasse.

 

 

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