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« Sorgho, vesce-avoine, prairie et luzerne pour nourrir mes brebis laitières toute l’année »

Dans le Var, les associés de la ferme du Jas du Vignal ont diversifié l’assolement des prairies pour le pâturage et la récolte de fourrage, afin de pouvoir subvenir toute l’année et particulièrement l’été aux besoins alimentaires de leurs brebis laitières.

Vesce-avoine, méteil, luzerne, sainfoin. À la ferme du Jas du Vignal, les trois associés n’hésitent pas à multiplier les ressources fourragères avec l’objectif de maximiser l’autonomie alimentaire de leur troupeau. Nichée au cœur du Var, à Sillans-la-Cascade, l’EARL de Sylvain Apostolo, Nicolas et Guillaume Dreyer s’étend sur 50 hectares et compte sur les 50 000 litres de lait produits par les 250 brebis laitières de race lacaune, conduites en agriculture biologique. L’exploitation se trouve à 350 mètres d’altitude, dans une vallée qui parvient à rester relativement humide même en été.

« La diversité floristique de nos prairies limite la casse face aux aléas climatiques »

Les associés ont fait le choix stratégique de ne pas faire transhumer leur troupeau, mais de mettre en place des cultures fourragères permettant de passer la belle saison autour de la ferme. « Les brebis sont taries entre fin mai et début juin et les agnelages ont lieu de fin août à début septembre. Ce laps de temps est trop court pour permettre une montée en alpage », détaille Sylvain Apostolo, qui a repris l’exploitation de ses parents en 2011. La même année, il est rejoint par Nicolas Dreyer avec qui il s’associe. Au départ à la retraite de sa mère, Guillaume, le frère de Nicolas, devient associé de l’EARL.

Une conduite basée sur le pâturage

L’EARL Jas du Vignal mise donc sur une diversité d’assolements et des fourrages riches en légumineuses pour être plus résiliente, faire face aux aléas climatiques et s’affranchir au maximum des achats extérieurs. « Notre système d’élevage est prévu pour maximiser le pâturage. » Avec 50 hectares de surface cultivée et 18 hectares de parcours, l’autonomie fourragère dépasse les 60 %, tandis que l’apport protéique est couvert à presque 50 % par la production de l’exploitation.

 

 
<em class="placeholder">Les brebis Lacaune pâturent une prairie multi-espèces.</em>
La ferme est autonome en fourrage à 60 %, et en protéines à 50 %. © B. Morel

Pendant l’hiver, les brebis pâturent sur 14 hectares de vesce-avoine, en deux passages. « Le mélange fonctionne bien sur pied et en fourrage. Ça donne un foin à la fois appétent et grossier. Lorsqu’il n’est pas pâturé, le mélange est récolté et distribué comme concentré pendant la traite », explique Sylvain. La ration hivernale se compose ainsi de foin issu des prairies permanentes et des prairies multi-espèces, de foin de luzerne et d’orge achetée. Elle est complétée par le pâturage de vesce-avoine. « L’avoine repousse dès que la température dépasse 0°C, ce qui est intéressant dans notre zone », apprécie Sylvain.

Relocaliser les achats de concentré et de fourrage

Environ 12 à 13 tonnes de fourrage de vesce-avoine sont produites par an. « La moisson de ce mélange est un bon apport protéique. Cela permet de limiter les achats extérieurs d’orge, qui sont habituellement autour de 30 tonnes chaque année. » Les associés de l’EARL souhaitent relocaliser leurs approvisionnements en fourrage, afin de se soustraire aux cours volatiles du marché des céréales et pour plus de cohérence avec leur système.

 

 
<em class="placeholder">Les fourrages stockés dans la bergerie.</em>
Le foin de vesce-avoine, appétent et riche en protéines, est distribué comme concentré lors de la traite. © B. Morel

« Nous voulons trouver nos fournisseurs dans un rayon de 10 kilomètres autour de l’exploitation. Nous avons fait un gros travail de réseautage et d’argumentation auprès des producteurs voisins pour qu’ils passent en bio et que nous puissions acheter leurs fourrages. » Les éleveurs souhaitent s’émanciper autant que possible des produits transformés tels que les tourteaux ou les mash.

Au printemps comme à l’automne, toutes les parcelles sont pâturées par les brebis. « Cela permet de faire un déprimage, de limiter le débordement de l’herbe, et le reste est récolté. En fait, toutes nos parcelles sont polyvalentes, avec une priorité au pâturage, mais peuvent aussi être fauchées. La seule exception est la luzerne, qui n’est jamais pâturée. » Le système fourrager de l’exploitation en 2025 était basé sur les 14 hectares de vesce-avoine, 6,25 hectares de luzerne produisant plus de 40 tonnes de fourrage par an, 6,25 hectares de sainfoin en pur, 10 hectares de prairie permanente et 14 hectares de prairie multi-espèces.

Des essais pour la meilleure prairie temporaire

La diversité de la flore composant les prairies multi-espèces permet de garantir des rendements quelles que soient les conditions climatiques. Elles possèdent également une souplesse d’exploitation assurée par un étalement des stades phénologiques des espèces les composant et par la possibilité de les pâturer ou bien de les récolter. Le mélange de semences utilisé contient une part importante de légumineuses qui permet d’augmenter l’autonomie protéique.

 

 

« Nous avons réalisé plusieurs essais concernant ces dernières. Actuellement nous sommes sur un mélange sainfoin, trèfle, lotier, ray-grass hybride et dactyle. En pratique, les prairies sont bien faites, mais le foin récolté est plutôt grossier. Le foin issu des prairies permanentes, lui, n’est pas de qualité nutritionnelle suffisante et est distribué aux brebis à l’entretien. »

Sylvain Apostolo fait analyser son fourrage certaines années, uniquement sur celui qui doit être distribué aux brebis en lactation. « Nous faisons principalement analyser le foin de luzerne. Et nous achetons du foin de très bonne qualité pour assurer la production. » L’éleveur souligne que même les années où les analyses de fourrage ne sont pas faites, « la qualité du fourrage est très vite perceptible dans la production laitière, en quantité et qualité. »

 

 
<em class="placeholder">Les brebis mangent à l&#039;auge dans une bergerie.</em>
La qualité du fourrage destiné aux brebis en lactation est analysée. © B. Morel

Le sorgho fourrager en renfort pour passer l’été

Pour permettre l’alimentation au pâturage des brebis pendant l’été, les associés ont mis en place du sorgho fourrager sur les parcelles de vesce-avoine hivernales. Les brebis passent entre deux et trois fois par parcelle tout au long de la saison. Ce fourrage est plutôt appétent pour les brebis, mais « il faut être rigoureux sur la pousse. À hauteur de genou, c’est bien, ensuite ça devient ligneux et on perd beaucoup en consommation. » L’exploitation compte une trentaine d’hectares en irrigation. « Ce qui rend le sorgho aussi intéressant dans les systèmes d’élevage herbagers en été, c’est que dès qu’on apporte un peu d’eau, la pousse repart très vite », apprécie l’éleveur varois.

La diversification de l’assolement permet à l’exploitation d’être plus résiliente et « de limiter la casse lors d’évènements climatiques défavorables ». L’eau reste essentielle pour le maintien de la ressource fourragère estivale. « Nous avons la chance d’avoir une rivière qui traverse l’exploitation et que nous n’avons encore jamais connue à sec. Néanmoins, lors de la sécheresse de 2022, le rendement de notre luzerne a chuté de 60 % », se remémore Sylvain Apostolo. En été, les brebis sont aussi au pâturage la nuit, puisqu’elles consomment mieux lorsque la température est plus fraîche. Les éleveurs croisent les doigts, mais pour l’instant il n’y a pas de prédation du loup dans leur secteur. Le troupeau est gardé par des chiens de protection.

 

 
<em class="placeholder">Un fromage de brebis fermier de la ferme Jas du Vignal.</em>
Les fromages sont vendus en direct et en circuit court (marchés, magasins, etc). © B. Morel

Les associés de l’EARL Jas du Vignal observent le comportement des cultures et celui des brebis au pâturage, et acceptent d’adapter les rotations et les pratiques. « Nos objectifs à moyen et long terme sont d’améliorer notre autonomie alimentaire, d’améliorer notre revenu, en achetant moins à l’extérieur par exemple, et de diminuer notre temps de travail », conclut Sylvain Apostolo.

CHIFFRES CLE

3 associés + 1 salarié à temps plein en fromagerie

Agriculture biologique

50 ha de SAU

250 brebis laitières lacaunes en monotraite

40-50 000 litres de lait/an

100 % transformation fermière

1 500-1 700 euros/mois (associé et salarié)

Vente des fromages en direct et circuits courts (revendeurs, magasins de producteurs, marchés, crémiers, épiceries, etc.)

Une gestion polyvalente et à tour de rôle des ateliers

L’exploitation compte six ateliers : commercialisation, fromagerie, gestion du troupeau, gestion des cultures, administratif et entretien du matériel. Ils sont gérés par les trois associés chacun leur tour. « Nous avons chacun deux postes qui nous sont attribués par semaine et nous faisons la passation le week-end, en communiquant les points de vigilance, les travaux à réaliser, etc. » Cela permet de suivre régulièrement tout ce qui se passe sur la ferme et d’anticiper les journées et les semaines particulièrement chargées pour un atelier, où les associés vont se positionner en renfort. « Le planning est prévu trois semaines à l’avance. Nous parvenons à nous dégager un week-end sur deux. »

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