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Sécuriser la qualité avec le foin ventilé

Face aux aléas climatiques qui peuvent compliquer la fenaison, le séchage en grange offre une alternative pour produire un foin de haute qualité. Bien conduit, il permet de mieux valoriser l’herbe, de gagner en autonomie alimentaire et de réduire les concentrés, au prix toutefois d’un investissement conséquent et d’une conduite technique exigeante.

<em class="placeholder">Séchage en grange</em>
Pour conserver au mieux la valeur alimentaire de l’herbe, des éleveurs de chèvres font le choix d’investir dans du séchage de foin en grange.
© D. Hardy

Pas toujours facile de faire du bon foin de première coupe ou à l’automne ! Faute de créneau météo suffisant, l’herbe est parfois coupée trop tardivement, à un moment où sa qualité commence à se dégrader. À côté de l’enrubannage ou de l’ensilage qui permettent de récolter l’herbe plus tôt, il y a aussi le foin ventilé, séché en vrac ou en botte par circulation d’air.

Plus de mille euros par chèvre

Le séchage en grange permet ainsi de faucher l’herbe au bon stade et avec plus de souplesse car le séchage va se poursuivre dans une grange qui est à la fois lieu de séchage et de stockage. Avec un foin de qualité et appétant, les chèvres valorisent mieux l’alimentation et il est possible de réduire les concentrés achetés. Des économies nécessaires pour financer un coûteux investissement estimé à plus de mille euros par tonnes de matière sèche de capacité. Pour alimenter le troupeau uniquement avec du foin ventilé, il faut compter environ une tonne de matière sèche par chèvre, soit 10 à 12 m3 par chèvre, soit une surface de 1,70 m² par chèvre.

Il est donc nécessaire de réfléchir à sa capacité d’investissement. Pour les élevages caprins, il est généralement compris entre 100 000 et 300 000 euros selon la taille du troupeau et le niveau d’autoconstruction. Ces investissements correspondent essentiellement à la conception de la structure (bâtiment, cases, capteurs), au matériel de manutention (griffe) et de séchage (les ventilateurs). Au-delà de la construction du séchoir, il ne faudra pas négliger l’achat ou l’utilisation d’une autochargeuse.

Des prairies adaptées au séchage

« Sécher du foin dans un séchoir revient à placer le fourrage dans un courant d’air chaud et sec », explique Jérémie Jost de l’Institut de l’élevage. L’air ambiant est généralement réchauffé de quelques degrés par une source de chaleur, souvent l’énergie solaire. Plus l’air est chaud et sec, plus sa capacité à se saturer en eau sera élevée. Ainsi, augmenter la température de l’air de 10 °C permet de doubler la capacité évaporatoire.

Mettre en place un séchage en grange ne consiste pas uniquement à construire un séchoir, il faut aussi réfléchir au choix des espèces fourragères à implanter en privilégiant des espèces prairiales adaptées à la fauche et au séchage. On évitera les ray-grass italien et on limitera le trèfle violet, qui sèchent difficilement. Ainsi, la plupart des éleveurs privilégient soit la prairie multi-espèces, soit des prairies riches en luzerne.

Du foin rentré au bout de deux jours

Une fois le séchoir mis en route, il faut se rappeler que la qualité du foin ventilé débute au champ. On visera donc une récolte précoce, c’est-à-dire au stade de 10 épis par mètre linéaire pour les graminées ou à l’apparition des premiers bourgeons en légumineuse. En règle générale, 48 heures au champ suffisent pour atteindre 50 à 65 % de MS. Lors du premier remplissage du séchoir, on cherchera à étaler l’herbe sur le caillebotis sur 1,5 à 2 m de hauteur afin de répartir le foin de façon homogène. Ensuite, la ventilation devra être continue, puis alternative au bout de deux jours et le foin devrait être sec (à plus de 85 % de matière sèche) en trois à cinq jours. On peut alors rajouter une nouvelle couche à faire sécher 1 à 1,5 m d’épaisseur au maximum et recommencer ainsi au fil de la saison.

Reste ensuite à valoriser au mieux ces fourrages de qualité en ne tolérant que très peu de refus. « Ce qui est pratique avec un séchage en grange, c’est qu’on peut distribuer directement le foin ventilé avec la griffe. À condition d’avoir une chèvrerie bien connectée au séchoir », précise Jérémie Jost. À ne pas négliger lors de la réflexion d’un projet.

Module Cap’herb sur le séchage en grange

Un des modules de Cap’herb qui présentait l’herbe sous toutes ses formes dans la ration des chèvres décrit l’intérêt et les conditions de mise en place du séchage en grange. Les textes, audios et vidéos sont accessibles via idele.fr/capherb-web.

Segrafo

L’association Segrafo promeut le séchage de fourrage, de céréales et de biomasse. Elle organise des visites et conçoit des études de dimensionnement. Elle a aussi édité trois petits guides de huit pages sur la conception et la construction d’un séchage en grange, d’un séchage de foin en bottes et de séchages multiproduits à la ferme.

Podcasts du réseau REDCap

De l’herbe de qualité dès la première coupe au printemps, est-ce possible ? - youtu.be/DKjQKTpHzsM

Témoignage de Jean-Marc, éleveur dans la Vienne (séchage en botte) - youtu.be/eTegfjbcV7A

Jean-Noël Thizy, éleveur de 350 chèvres dans le Rhône : « Toujours convaincu après 18 ans de séchage en grange »

<em class="placeholder">Jean-Noël Thizy, éleveur de 350 chèvres dans le Rhône</em>

« J’ai investi dans un séchoir en grange en 2008. L’amortissement initial de 250 000 euros est aujourd’hui totalement amorti et je reste convaincu par ce système qui améliore les conditions de travail. Distribuer du bon foin sec, c’est plus agréable pour l’homme comme pour les chèvres. Les chantiers de récolte sont plus réguliers, de plus petites tailles et donc plus faciles à gérer. Depuis 2008, j’ai renouvelé la griffe une fois et j’ai ajouté des sondes de température et d’hygrométrie qui permettent de réguler automatiquement la puissance des ventilateurs. Ces capteurs existaient déjà à l’époque mais ils étaient trop coûteux par rapport au prix de l’électricité. Aujourd’hui, ils sont beaucoup plus pertinents économiquement. Le séchoir fonctionne principalement sur deux gros mois par an. »

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