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Revenus des céréaliers : « Il va manquer en moyenne 50 000 euros par exploitation pour financer la nouvelle campagne », selon l’AGPB

L’association générale des producteurs de blé (AGPB) fait état d’une récolte 2025 dans la moyenne pluriannuelle malheureusement ternie par des prix en berne qui vont plomber le revenu des céréaliers.

Moissonneuse batteuse en action dans une parcelle de blé tendre. Allier. 2024
Malgré une récolte en hausse de 22 % par rapport à 2024, les prix bas du blé vont grever le revenu des céréaliers.

« Tous les indicateurs montrent que la baisse des prix du blé va se poursuivre ». Éric Thirouin, président de l’association générale des producteurs de blé (AGPB), ne s’est pas montré très optimiste lors de la conférence de presse tenue par le syndicat le 16 septembre. Malgré le retour d’une récolte dans la moyenne pluriannuelle à 33,07 millions de tonnes après « l’année noire de 2024 », la situation des marchés laisse les producteurs de céréales dans l’inquiétude.

Troisième année consécutive avec des revenus moyens négatifs pour les céréaliers

Les plus mis à mal par cette situation sont les agriculteurs en système céréalier-oléoprotéagineux (Otex 15 dans la nomenclature d’Agreste, le service statistique du ministère de l’agriculture), soit environ 120 000 exploitations d’après l’AGPB. « Cela fait trois années consécutives que les céréaliers enregistrent des revenus moyens négatifs, se désole Éric Thirouin. En 2023 déjà, les céréaliers ont enregistré les plus faibles revenus toutes filières confondues, l’année 2024 est la pire récolte depuis 40 ans et 2025 sera pire que 2023. » Le revenu courant avant impôts par actif non salarié (RCAI) pourrait s'établir à - 18 100 €. Le président de l'AGPB estime « qu’il va manquer en moyenne 50 000 euros par exploitation pour financer la nouvelle campagne. »

 

 
<em class="placeholder">Évolution du revenu courant avant impôts de l&#039;otex 15 (céréalers et oléoprotéagineux) en euros constants
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© Arvalis d'après Agreste-Rica septembre 2025, traitement AGPB

Un manque de 70 €/t au prix du blé pour couvrir les charges

Les cours sont en effet au plus bas depuis trois ans. L’AGPB, qui n’entrevoit pas de perspectives de hausse, déplore des prix qui ne dépassent pas actuellement les 160 €/t, très insuffisants pour couvrir les charges. Le prix des intrants, en particulier des engrais azotés, sont en hausse depuis plusieurs mois provoquant le fameux effet ciseaux avec un croisement des courbes des prix et des charges. « Il manque 70 €/t au prix du blé pour couvrir les charges », estime Éric Thirouin. Pour bon nombre d'agriculteurs, le recours à l’emprunt court terme va être nécessaire pour financer la prochaine campagne.

Lire aussi | Prix des engrais : des hausses en perspective dans un contexte géopolitique explosif

L’AGPB attend des mesures conjoncturelles et plus structurelles pour soutenir les céréaliers

Parmi les inquiétudes de l’AGPB dans ce contexte figure l’instabilité politique de la France. « En 2016, face aux décrochages des résultats en agriculture, l’État s’était fortement mobilisé, se souvient le responsable syndical. En 2025, il n’y a pas cette mobilisation », constate Éric Thirouin. L’AGPB attend pourtant des mesures immédiates pour soutenir les producteurs. Elle réclame un soutien aux zones intermédiaires au travers des MAEC, des reports de cotisations MSA et une reconduction des prêts garantis par l’État.

<em class="placeholder">Eric Thirouin et Philippe Heusèle, président et vice-président de l&#039;association générale des producteurs de blé</em>
Éric Thirouin et Philippe Heusèle, président et vice-président de l'AGPB lors de la conférence de rentrée à Paris le 16 septembre. © V. Charpenet

Au niveau européen, les représentants des producteurs de blé ont réclamé le déclenchement de la réserve de crise. « Elle nous a été refusée l’an dernier car il s’agissait d’un accident de production. Cette année, il s’agit d’un problème de prix », explique Éric Thirouin qui compte sur le soutien du gouvernement français pour plaider la cause des céréaliers à Bruxelles. L’AGPB demande également la revalorisation du prix d’intervention qui n’a pas évolué depuis 2001 (101 €/t) et participe à un groupe de réflexion sur la constitution de stockages stratégiques au niveau européen.

Le syndicat a aussi partagé son inquiétude concernant les aides PAC, divisées par deux depuis 20 ans pour les céréaliers. « Les annonces de la Commission européenne sur le budget de la prochaine PAC 2027 font craindre une baisse des aides aux agriculteurs de 20 %, dénonce Éric Thirouin. Nous défendons au contraire une hausse du budget de 50 % pour soutenir l’agriculture de l’Union européenne. »

Les taxes sur les engrais entraînent une hausse des prix

Les prix des engrais repartent à la hausse depuis le mois de mai 2025. Parmi les causes, la mise en place des taxes sur les engrais russes, que l’AGPB comprend d’un point de vue moral mais en déplore l’impact sur les producteurs. Face à cela, le syndicat se félicite de la décision de Bruxelles de supprimer les droits de douane sur les engrais américains. Elle s’inquiète en outre de la mise en place de la taxe d’ajustement carbone aux frontières de l’UE qui vise à taxer les importations émettrices de gaz à effet de serre dont font partie les engrais. « Le mécanisme de calcul est encore flou, déplore Éric Thirouin. Nous demandons le report de sa mise en place. »

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