Aller au contenu principal

Rapport
Les exploitations agricoles françaises sont-elles trop petites par rapport à leurs concurrentes européennes?

Dans un rapport de janvier intitulé « Les exploitations françaises sont-elles compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes ? », le CGAAER s’est appuyé sur des données statistiques européennes pour mesurer la compétitivité des exploitations françaises face à leurs homologues européennes de taille comparable, dans trois grandes productions : blé, lait et volailles.

tracteur moissonnant dans un champ de blé
Le CGAAER a mesuré la compétitivité des exploitations françaises face à leurs homologues européennes de taille comparable, notamment pour la production de blé.
© M.C. Bidault

A l’heure où la France importe toujours plus de produits agroalimentaires européens pour nourrir sa population, que sa balance commerciale avec l’UE se dégrade continuellement et qu’elle perd en parts de marchés au grand export également au profit de certains de ses voisins, le CGAAER a été chargé de se pencher sur la question de la compétitivité des fermes françaises pour différentes productions : céréales, bovins lait, poulet. Il livre ses conclusions dans le rapport intitulé « Les exploitations françaises sont-elles compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes ? » publié courant janvier.

A relire : La Ferme France recule : constat alarmant et solutions du Sénat

A surfaces équivalentes, les exploitations céréalières françaises sont performantes

En s’appuyant sur des données statistiques européennes, les autrices Anne Dufour et Alessandra Kirsch estiment que les exploitations céréalières françaises sont performantes, à surfaces équivalentes grâce à une technicité qui leur permet de maximiser le produit par hectare. Mais selon elles, des leviers pourraient être actionnés pour réduire les frais généraux, trop élevés en raison notamment d’un recours important à la mécanisation, encouragé par la fiscalité française.

 

Lire aussi : Surface agricole utile, dette, capitaux, revenus… : comment la ferme française se situe par rapport à ses voisines européennes ?

Des surfaces relativement restreintes pour les exploitations céréalières

Elles expliquent que le modèle français repose sur des surfaces relativement restreintes, qui impose d’intensifier la production pour rester performant. « En céréales, les exploitations de plus de 500 ha n’existent statistiquement pas en France, alors qu’elles se développent ailleurs et réalisent chez nos concurrents entre 10 et 40 % de la production » fait remarquer Alessandra Kirsch dans un post sur LinkedIn.

A relire : Choc de compétitivité pour la Ferme France : 25 solutions proposées par des sénateurs

Une production française soumise aux aléas du marché

Cette stratégie qui implique une productivité forte est sensible à tout élément qui impacte les moyens de production (molécules disponibles et coût des intrants notamment) et les prix de vente. Le rapport souligne que le modèle roumain, à l’opposé, est moins sensible aux aléas du marché et aux contraintes environnementales en raison d’une gestion plus extensive rendue possible par de grandes surfaces par exploitation et un faible coût de la main d’œuvre.

« En céréales, l’EBE de l’exploitant roumain s’élève à plus du double de celui de l’exploitant français, malgré des rendements bien plus faibles »

A taille équivalente, quels résultats ?, s’interroge Alessandra Kirsch qui répond : « En céréales, pour les années considérées (2018 à 2022), les résultats français et allemands sont proches. A SAU égale, l’EBE/exploitation des fermes françaises est supérieur à celui des fermes roumaines et traduit une très bonne efficacité économique ». Elle nuance : « Mais à dimension économique égale, un exploitant roumain dispose de 1,5 fois plus de terre arables, et d’une main d’œuvre peu chère. Et là, les résultats changent au niveau de l’EBE par exploitant : en 2021, celui de l’exploitant roumain s’élève à plus du double de celui de l’exploitant français, malgré des rendements bien plus faibles ».

Selon elle, les frais fixes élevés des structures françaises, qui s’appliquent à des exploitations de taille relativement restreintes, les contraignent à maximiser la production et les rendent sensibles à toute forme d’aléas.

A relire : Exploitations de grandes cultures : des adaptations indispensables pour être viables en 2050

 

Le modèle laitier français est pénalisé par un prix qui n’augmente pas autant que celui de ses concurrents

« En lait, les très grandes exploitations existent et elles réalisent 17 % de la production, contre 44 % pour l’Allemagne et 52% pour les Pays-Bas » souligne Alessandra Kirsch. Le rapport explique que le modèle laitier français qui n’a pas suivi le tournant productiviste observé en Allemagne et aux Pays-Bas à la fin des quotas laitiers est pénalisé d’une part par une productivité par vache plus faible et d’autre part, par un prix du lait qui n’augmente pas autant que celui de ses concurrents lorsque les cotations beurre/poudre sont élevées. En période de prix hauts, le différentiel de prix observé associé à l’écart de productivité engendre un manque à gagner conséquent pour les exploitations françaises, note le rapport.

 

 

Les grandes exploitations laitières moins développées en France

Comme en céréales, les grandes exploitations laitières sont moins développées en France. Le rapport estime toutefois que l’agrandissement n’apparaît pas nécessairement comme un objectif à rechercher car le différentiel de compétitivité observé s’accroît lorsque la dimension de l’exploitation augmente. « En effet, la performance économique des exploitations françaises s’améliore dans les dimensions supérieures, mais moins vite que celle de nos concurrentes européennes » note le rapport. 

« Plus nos exploitations laitières françaises grossissent, moins elles sont compétitives »

« Plus nos exploitations laitières françaises grossissent, moins elles sont compétitives » affirme Alessandra Kirsch qui poursuit : « Augmenter la taille en lait permet bien de faire progresser l’EBE par exploitant, mais pas suffisamment pour rester dans la course. Dans la classe des plus grandes exploitations, les vaches allemandes et néerlandaises produisent en moyenne 1 200 l de lait par UGB de plus que les vaches françaises. Combiné à un prix français moins élevé, à nombre d’UGB égal, cela représente en 2021 un différentiel de plus de 100 000 €/exploitation entre la France et l’Allemagne ».

A relire : L'écart de compétitivité entre l'Union européenne et le Brésil se creuse en filière volailles

Volaille de chair : la segmentation semble permettre aux exploitations françaises de gagner en compétitivité

En volaille de chair, pour les exploitations spécialisées, recentrées sur le poulet, les conclusions de la mission sont à prendre avec précaution, prévient le rapport. « De fait, un échantillon d’exploitations très restreint limite l’interprétation qu’il est possible de faire des données obtenues. Il semble toutefois que la segmentation permette aux exploitations françaises de gagner en compétitivité, et que le régime de l’enregistrement présente des performances intéressantes au regard du capital investi » souligne-t-il. Le rapport estime que ce dernier point « mériterait des investigations supplémentaires, afin de déterminer si cette taille d’exploitation peut-être un compromis acceptable entre attentes sociétales et nécessités économiques ».

 

 

Exploitations spécialisées en élevage : la gestion de l’atelier grandes cultures pourrait être améliorée

Pour les exploitations spécialisées en élevage, que ce soit en bovin lait ou en poulet, la gestion de l’atelier grandes cultures pourrait être améliorée car elle génère en 2021, pour une majorité d’exploitations, des frais fixes trop élevés au regard de son intérêt économique. Le rapport note que si la formation initiale n’apparaît pas comme un facteur véritablement différenciant, la formation continue peut constituer un levier important d’amélioration, notamment en matière de gestion.

A relire : Controverses : l’agriculture française doit-elle produire plus pour être compétitive ?

Prédominance du modèle familial

La taille relativement modeste des exploitations françaises et la prédominance du modèle familial conduisent le chef d’exploitation à assumer une grande diversité de rôles et de responsabilités note le rapport qui affirme que ce dernier doit développer des capacités qui ont été abordées dans le cursus mais dont le caractère opérationnel n’a pas toujours été bien perçu, qu’il serait pertinent de réaborder lors de la vie professionnelle, en permettant à l’exploitant de s’approprier certains outils de pilotage.

« Il y a un besoin urgent de lever certains blocages sociétaux liés à l’acceptabilité de l’agrandissement des fermes »

Plusieurs pistes de réflexion sont avancées. Parmi elles, une réduction des frais généraux, notamment des coûts de mécanisation, mais aussi une optimisation de la gestion technico-économique des ateliers de diversification, sans les conduire comme un atelier principal. Autre proposition : réduire le coût du travail salarié notamment via la mutualisation. « Sans prôner la fin d’un modèle paysan qui conserve toute sa place pour certains marchés, la mission considère que ces résultats confortent un besoin urgent de lever certains blocages sociétaux liés à l’acceptabilité de l’agrandissement des fermes et la création de bâtiments d’élevage pour les exploitations dont la production est en concurrence avec celle d’autres pays » conclut le rapport.

Les plus lus

Carte des zones réglementées, vaccinales I et vaccinales II pour la DNC dans le Sud-Ouest de la France au 27 janvier 2026.
Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : une première partie de zone réglementée levée dans le Sud-Ouest

Aucun cas de dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) n'a été découvert depuis le 4 janvier 2026 en Ariège. Après la levée…

Agriculteurs rassemblés devant le Parlement européen à l’appel de la FNSEA, et des Jeunes agriculteurs et soutenu par le Copa-Cogeca ce 20 janvier.
Mercosur : « L’Europe ne peut pas être dure avec ses agriculteurs à l’intérieur et faible quand il s’agit de l’extérieur »

Près de 6000 agriculteurs, provenant de 15 Etats membres de l’Union européenne, sont rassemblés à l’appel de la FNSEA et des…

Cartes des foyers de FC03 et FCO8 depuis le 1er juin 2025
La progression des cas de FCO 3 et 8 ralentit enfin fortement sur le territoire

Selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture en date du 12 février, 7569 foyers de FCO de sérotype 3 et 3377…

[Vidéo] Dermatose nodulaire contagieuse bovine : la DNC va-t-elle repartir au printemps ?

Alors que la propagation de la DNC a fortement ralenti en France, le Sénat a organisé une rencontre avec scientifiques et…

Paysage agricole dans le Sud-Ouest.
Aides PAC 2025 : quels sont les montants réévalués pour les aides découplées, les écorégimes et les aides bovines, ovines et caprines ?

Des arrêtés parus au journal officiel du 28 novembre 2025 réévaluent les montants des aides découplées de l’aide PAC 2025 et…

Sébastien Lecornu devant l'Assemblée nationale.
PLF 2026 : crédit d’impôt bio, mécanisation collective, DEP, que contient la nouvelle copie du gouvernement pour l’agriculture ?

Sébastien Lecornu a engagé la responsabilité du gouvernement sur un nouveau budget 2026. Eclairage sur les principales mesures…

Publicité