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Prix des engrais et MACF : tout comprendre à la taxe carbone européenne en sept questions

Depuis le 1er janvier 2026, le mécanisme d’ajustement du carbone aux frontières (MACF ou CIBAM en anglais) s'applique dans l’Union européenne. Comment ce système fonctionne-t-il ? Pourquoi peut-il faire augmenter le prix des engrais ? Décryptage.

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En 2024, la France a importé 2,8 millions de tonnes d'engrais et de produits intermédiaires entrant dans le périmètre du MACF (ammoniac, acide nitrique, lnitrates de potassium, engrais minéraux azotés et composés).
© S. Leitenberger - stock.adobe.com


 

En quoi consiste le MACF ?

Le MACF oblige les importateurs européens à déclarer les émissions de CO2 directes (liées aux procédés industriels de fabrication) et indirectes (électricité utilisée…) embarquées dans certains produits importés et à acheter des certificats proportionnels à ces émissions lors de leur entrée dans l'espace douanier européen. Cette redevance est aussi appelée « taxe carbone européenne » ou « taxe engrais » dans le secteur agricole. Le dispositif a connu une période transitoire entre octobre 2023 et décembre 2025, où les importateurs ont déclaré les émissions (sur la base de valeurs par défaut), sans payer de certificats.

Quels secteurs sont concernés par le MACF ?

Le MACF s’applique aux secteurs les plus émetteurs de CO2 : acier, aluminium, électricité, ciment et hydrogène et engrais azotés (ammoniac, acide nitrique, nitrates de potassium, engrais minéraux azotés et composés). « 40 % de nos importations d’engrais et de produits servant à la fabrication d’engrais sont directement concernées par l’application du MACF, avec un panel d’un peu moins de 10 pays constituant nos fournisseurs : Russie, Égypte, Algérie, États-Unis, Trinidad et Tobago, Maroc et Chine », indique Quentin Mathieu, économiste chez Agridées dans une note de synthèse parue en janvier 2026.

Dans quelle mesure le MACF pourrait provoquer une hausse du prix des engrais ?

Le MACF pourrait engendrer un surcoût de 200 millions d’euros pour l’agriculture française

Ce dispositif se veut à la base protectionniste vis-à-vis des industries européennes de fabrication d’engrais qui réalisent des efforts pour réduire leurs émissions, mais pourrait pénaliser l’agriculture européenne en entraînant une nouvelle hausse du prix des engrais. « Son application entraînerait un surcoût direct d’environ 170 millions d’euros, qui grimpe à au moins 200 millions d’euros une fois intégrée la répercussion des coûts supportés par les fournisseurs européens, notamment belges et néerlandais », estime Quentin Mathieu dans sa note de synthèse.

LE MACF engendre un surcoût à l’hectare de 42 à 62 euros en grandes cultures 

Il base son calcul sur le volume des importations de 2024, soit 2,8 millions de tonnes d’engrais et de produits intermédiaires entrant dans le périmètre du MACF (ammoniac, acide nitrique, nitrates de potassium, engrais minéraux azotés et composés). Cela correspond à une hausse moyenne de 7 à 8 % du prix des engrais concernés, avec des écarts marqués selon les produits et les origines : l’urée supporterait un surcoût de 45 à 50 €/t depuis l’Algérie ou l’Égypte, mais jusqu’à 123 €/t depuis les États-Unis. « Pour les exploitations de grandes cultures, cela signifierait une hausse des charges à l’hectare de 42 à 62 €/ha, soit 6 à 8 €/t de blé, aggravant une situation déjà déficitaire », calcule Quentin Mathieu.

Pourquoi le MACF a été mis en place dans l’Union européenne ?

Le MACF vient compléter la réglementation carbone européenne

Le MACF est un dispositif complémentaire au Système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (SEQE-UE) créé en 2005 pour inciter les industries européennes à se décarboner. Le SEQE-UE fait depuis longtemps l’objet d’une critique majeure : il risque d’affaiblir la compétitivité des industries européennes. En imposant un prix sur chaque tonne de gaz à effet de serre émise, le SEQE renchérit la production pour les entreprises implantées dans l’UE. Comme ce mécanisme ne s’applique qu’aux sites industriels européens, les producteurs extérieurs à l’UE ne supportent pas ce surcoût. Ce qui constitue une concurrence déloyale. En outre, ce désavantage compétitif incite les industriels européens à déplacer leur production vers des régions où les normes climatiques sont moins contraignantes. On parle alors de « fuite de carbone ».

Le MACF vient compléter la réglementation carbone européenne

Jusqu’ici, l’UE distribuait des quotas gratuits aux secteurs les plus exposés, à savoir ceux qui sont aujourd’hui concernés par le MACF. Mais cette solution, prévue pour être transitoire, n’encourageait pas suffisamment la décarbonation d’après les autorités européennes. C’est pourquoi la Commission européenne a conçu le MACF. À mesure qu’il se déploie, l’objectif est de remplacer progressivement les allocations gratuites par certificats payants. Pour l’année de mise en place, la redevance s’applique sur 2,5 % des émissions. Pour le dire autrement, 97,5 % des émissions restent concernées par les allocations gratuites, mais elles vont progressivement disparaître jusqu’en 2034.

Comment est calculée la taxe carbone du MACF en ce qui concerne les engrais ?

Le coût de MACF prend en compte le prix des certificats et l’intensité carbone du produit importé 

Le prix des certificats MACF sera fixé en fonction du prix moyen de la tonne de carbone (86 euros actuellement). L’intensité carbone d’un produit correspond à un facteur calculé pour chaque pays et pour chaque site de production correspondant au contenu carbone dans le produit acheté par l’importateur.

Les modalités de calcul du MACF encore en discussion

Alors que le dispositif est censé être opérationnel depuis le 1er janvier, la méthode pour comptabiliser les émissions directes et indirectes de CO2 émises au cours de la fabrication des produits fait encore l’objet de discussion. Des valeurs par défaut ont été établies par la Commission européenne pour chaque type d’engrais en fonction de l’énergie et ou des techniques utilisées pour les fabriquer. Des valeurs réelles d’émissions seront à terme utilisées pour calculer la taxe carbone, mais elles doivent au préalable avoir été certifiées. Or pour l’instant aucun organisme n’est officiellement habilité à effectuer cette certification des émissions.

En attendant, la Commission européenne fait peser un malus sur les valeurs par défaut. Concernant les engrais, des ajustements proposés en décembre ont fait passer ce malus de 30 % à 1 %.

Le montant de la redevance MACF peut varier très fortement

Et ce, dès lors que des valeurs par défaut défavorables s’appliquent sur des volumes importants. Dans sa note, Quentin Mathieu donne quelques exemples : 90 % de nos importations d’urée en provenance des pays tiers sont d’origine égyptienne ou algérienne ; nos importations de solutions azotées en provenance des pays tiers concernent trois pays : les États-Unis à hauteur de 40 %, 35 % de Trinidad et Tobago et 25 % de la Russie.

Au final, le coût unitaire du MACF varie fortement. Pour la solution azotée origine USA, le certificat MACF atteint par exemple 98 €/tonne contre 89 € pour la Russie, environ 80 €/tonne pour les pays du Maghreb et 70€ pour Trinidad et Tobago.

L’Europe peut-elle se passer des importations d’engrais pays tiers ?

Un recul de la production européenne d'engrais

Si un des objectifs du MACF est de favoriser la fabrication européenne d’engrais, force est de constater que la tendance est à un recul des capacités industrielles ces dernières années. « Le MACF serait supportable pour l’agriculture européenne si nous étions autosuffisants en engrais », juge Cédric Benoist. Ce qui est très loin d’être le cas. Comme le signale Sébastien Abis, directeur du Club Démeter « l’UE est une des zones agricoles au monde les plus dépendantes envers des engrais venant d’autres régions du globe. » En effet, près de la moitié des engrais azotés utilisés par les agriculteurs européens sont importés. « L’industrie européenne des fertilisants affichant depuis deux ans un net repli de ses capacités de productions, principalement du fait du renchérissement important des coûts de production avec l’envolée du prix du gaz déclenchée par le conflit russo-ukrainien », indique Quentin Mathieu, économiste chez Agridées, dans une note.

D’après les données d’Eurostat, la fabrication d’engrais est passée de 39 à 30 millions de tonnes entre 2020 et 2024 à cause de la fermeture de plusieurs usines. Rien qu’en France, la baisse de production des outils industriels atteint -25 % en deux ans.

Qu’en est-il des dernières annonces de la Commission européenne concernant une éventuelle suspension du MACF pour les engrais ?

La possibilité de suspendre le MACF pour les engrais

Le mesure a été annoncée par le commissaire européen au Commerce Maros Sefcovic le 7 janvier. « Le règlement amendant le MACF, proposé mi-décembre, permettrait de suspendre temporairement son application pour les engrais si nécessaire », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse, sans préciser les modalités exactes de mise en œuvre. Il s’est aussi engagé à ce que cette disposition puisse être appliquée rétroactivement au 1er janvier 2026.

Lire aussi | Taxe carbone sur les engrais et revenus en berne : que promet Annie Genevard aux filières grandes cultures ?

Suspendre le MACF pourrait provoquer la désindustrialisation de ce secteur en Europe 

Pour que ce règlement entre en vigueur, il doit au préalable faire l’objet d’une discussion et être adopté par les colégislateurs (Parlement européen et Conseil de l’Union européenne), d’ici le mois de février. Une étape qui ne sera peut-être pas si facile à franchir à en croire les propos du député européen Pascal Canfin (Renew) qui a réagi sur le réseau social X à la suite de l’annonce de la Commission. « Non la taxe carbone aux frontières ne va pas être suspendue pour les engrais. Cela pourrait provoquer la désindustrialisation de ce secteur en Europe. La Commission va modifier des droits de douane afin d’annuler le surcoût pour les agriculteurs », a-t-il déclaré. Le commissaire européen au commerce a, en effet, annoncé que les droits de douane de certains produits seraient abaissés, notamment sur l’urée et l’ammoniac, dans l’objectif de compenser le surcoût du MACF.

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