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Emissions de GES en porc : quel impact de la méthanisation passive et de la baisse de tourteaux de soja brésilien?

L’Ifip et Evel’up ont calculé la baisse simulée des émissions de gaz à effet de serre (GES) de deux projets en élevage. Les leviers portent sur de la méthanisation passive (Nénufar) et la réduction du taux d’incorporation du tourteau de soja brésilien dans les aliments d’engraissement.

Pour réduire les émissions de gaz à effets de serre, des solutions rentables peuvent être mises en place en élevage, telle que la méthanisation passive.
Pour réduire les émissions de gaz à effets de serre, des solutions rentables peuvent être mises en place en élevage, telle que la méthanisation passive.
© D. Poilvet

 

Réduire les émissions de GES en porc : simulations sur deux élevages.

 

L’Ifip et Evel’up ont simulé les émissions de GES évitées par la mise en œuvre de leviers compatibles bas carbone. Ces simulations, présentées lors des matinales du Space, ont porté sur deux cas d’élevage suivis par le groupement et intéressés par la démarche. Sur la base des résultats obtenus, une évaluation économique est proposée, intégrant une éventuelle rémunération des crédits carbone. Cette rémunération sera accessible si les leviers choisis peuvent être rattachés à la méthode label bas carbone porc en cours de construction et de validation.

1- La méthanisation passive pour économiser du gaz

Le premier élevage est un naisseur-engraisseur de 600 truies, 2 600 places en post-sevrage et 5 300 places en engraissement. Les animaux sont logés sur caillebotis intégral avec évacuation des effluents en fin de bande.

 

Les effluents des truies et des porcelets sont évacués dans une fosse non couverte, et ceux des porcs à l’engraissement dans une seconde fosse, également non couverte. L’éleveur dispose déjà d’un réseau de chauffage alimenté par une chaudière au gaz.

Le levier d’action simulé consiste à mettre en place une couverture de type Nénufar (méthanisation passive, appelée aussi « psychrophile ») sur la fosse recevant le lisier d’engraissement, et de profiter de la construction d’un nouveau bâtiment de 600 places d’engraissement pour y associer un dispositif de raclage à plat des effluents., ce dernier permettant de produire un lisier frais plus méthanogène. L’énergie produite par la chaudière alimentée par le biométhane, sera valorisée pour chauffer la maternité, le post-sevrage et l’engraissement sur une partie de l’hiver.

871 tonnes de GES en moins par an

La mise en œuvre de ce levier permet de réduire de 871 tonnes les émissions totales de GES par an sur un total de 8 000 tonnes, soit une baisse de 11 %. La réduction des émissions de GES liées uniquement au poste stockage/traitement des effluents est de 61 %. Dans cet élevage, plus des deux tiers des émissions de GES dans la situation de départ sont liés aux intrants, en majorité à rattacher à l’aliment (l’éleveur fabrique ses aliments engraissement à la ferme, avec un taux d’incorporation de tourteau de soja brésilien de près de 12 %). La rémunération potentielle attendue est d’environ 26 000 euros par an (prix de vente de la tonne de CO2 évitée : 30 €/tonne). Une simulation économique avec un coût d’investissement de 135 000 euros et de fonctionnement de 3 500 euros par an (données fournisseur), le surcoût lié à l’implantation du raclage à plat (60 €/place) et une économie de gaz de l’ordre de 19 900 euros (tarif gaz septembre 2022 : 0,10 €/kWh) donne un temps de retour sur investissement de 5,1 ans grâce aux économies d’énergie (subventions incluses). Il est réduit à 2 ans si on intègre la rémunération possible dans le cadre d’une démarche label bas carbone.

2-Le soja brésilien remplacé en partie par du tourteau de tournesol

Le deuxième élevage est un naisseur-engraisseur partiel de 750 truies, 3 500 places de post-sevrage et 3 700 places d’engraissement qui fabrique ses aliments à la ferme. Les animaux sont logés sur caillebotis intégral avec évacuation des effluents en fin de bande. Les effluents sont stockés en fosse couverte.

 

Dans le cadre d’une alimentation biphase, il s’agit ici de réduire le taux d’incorporation du tourteau de soja brésilien de 50 % dans la ration des porcs à l’engraissement. Il passe ainsi de 13 à 6,5 % pour l’aliment croissance et de 10 à 5 % pour l’aliment finition. La substitution est faite avec un tourteau de tournesol décortiqué français, une matière première moins impactante sur le bilan carbone de l’élevage et déjà utilisée dans d’autres formules. Dans la simulation, le nouvel aliment est formulé à valeur énergétique constante. Les aliments des truies et des porcelets restent inchangés.

Des aliments moins impactants sur le bilan carbone

Les résultats de cette simulation témoignent d’une réduction potentielle de 566 tonnes de GES émis, soit une baisse des émissions de GES totales de 9 %. L’aliment des porcs à l’engraissement sur lequel a porté le levier voit ainsi son impact diminuer d’un peu plus de 25 %. La rémunération possible, dans le cadre d’une labellisation d’un tel projet bas carbone, serait d’environ 17 000 euros par an, soit environ 85 000 euros sur un projet de 5 ans. Les simulations prennent en compte un coût des matières premières de juillet 2022. Dans ces conditions, le coût de l’aliment croissance a baissé de 0,64 euro la tonne et le coût de l’aliment finition a augmenté de 1,86 euro la tonne. Cela se traduit par un surcoût global de l’aliment d’engraissement d’environ 2 500 euros par an.

Comment est calculée l’empreinte carbone de l’élevage porcin

Les émissions de GES calculées au portail de la ferme ont deux origines : les émissions directes, produites au niveau même de l’atelier porcin (gaz émis au bâtiment, au stockage et au traitement des effluents) , et les émissions indirectes provenant des activités « amont » de l’élevage.

 

 

 

Ces dernières sont liées à la production/fabrication des intrants nécessaires au fonctionnement de l’atelier (paille, aliments, énergies fossiles…). La somme des émissions directes et indirectes constitue l’empreinte carbone de l’élevage porcin.

Repères

Les bases de données des matières premières alimentaires sont GFLI (MP étrangères) et Agribalyse (MP françaises). Les facteurs d’émissions découlent de IPCC (2019) et EMEP (2019). Les PRG utilisés dans les calculs sont issus du 5e rapport du Giec. Dans les projets agricoles labellisés bas carbone, la tonne de CO2 évitée est vendue 30 euros pour l’éleveur.

Mise en garde

Les paramètres utilisés (facteurs d’émission, impact carbone des matières premières, PRG…) pour calculer les émissions de GES sont issus de références internationales et de bases de données scientifiques qui sont régulièrement actualisées. Les variations sont parfois importantes entre les versions et/ou les méthodes. Il est donc indispensable de connaître l’origine des données et de s’assurer de l’homogénéité des sources pour analyser et comparer des calculs d’émissions de GES.

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