Pourquoi Uniporc crée un indicateur de conformation pour les porcs mâles entiers à l'abattoir?
Uniporc prévoit d’intégrer un indicateur de conformation pour les mâles entiers, basé sur le rapport M3/poids. Une mesure qui pourrait impacter jusqu’à +2 c/kg ou -4 c/kg selon les carcasses.
À partir du 29 juin 2026, Uniporc appliquera un indicateur de conformation aux mâles entiers dans les abattoirs utilisant l’Image Meater pour calculer le TMP des carcasses.
Cet indicateur est basé sur le rapport M3 sur poids chaud. Il augmente quand la valeur M3 (épaisseur de muscle mesurée par l'Image Meater à l'extrémité antérieure du gluteus medius, un muscle de la longe situé à proximité du jambon) est plus élevé à poids identique. Il ne sera applicable que sur les mâles entiers.
Les carcasses ayant un indicateur M3/poids élevé (plus de 0,8374) bénéficieront d’une plus-value de +2 c/kg de carcasse. Autour de la moyenne (valeurs comprises entre 0.7124 et 0.7624), l’incidence sur la plus-value sera nulle. Les valeurs les plus faibles (moins de 0,6624) entraîneront une moins-value de -4 c/kg de carcasse. « L’indicateur moyen est égal à zéro pour l’ensemble des porcs mâles entiers issus de la grille Uniporc Entiers abattus sur un an », tient à préciser Pascal Le Duot, le directeur d’Uniporc. Un indicateur similaire sera également mis en place sur le même principe dans les abattoirs utilisant encore le CGM, avec le M2 utilisé comme valeur de référence du muscle.
Des M3 plus faibles sur les mâles entiers
La mise en place de cet indicateur de conformation découle d’une proposition des abatteurs en commission technique. En effet, la montée en puissance du nombre de mâles entiers abattus (53% contre 47% de mâles castrés fin 2025) leur permet de mieux appréhender les particularités anatomiques de ces animaux : « Malgré un meilleur TMP, les mâles entiers ont une épaisseur de muscle M3 moins importante que les mâles castré et les femelles à poids identique », constate Pascal Le Duot. Selon les données portant sur une année entière d’abattage sur la zone Uniporc (18 millions de porcs charcutiers en 2024), l’écart en leur défaveur est d’environ 2,5 mm par rapport aux mâles castrés, et 5 mm par rapport aux femelles. L’explication de ce faux paradoxe est simple : « La valeur de gras G3 pèse quatre fois plus dans l’équation qui calcule le TMP que la valeur M3. Les mâles entiers produisent de meilleurs TMP grâce à des valeurs G3 extrêmement bas, malgré de faibles M3. Visuellement, ces animaux présentent un développement musculaire plus important à l’avant, et plus faible au niveau des lombaires». e délai de la mise en place de cet indicateur va donner un peu de temps aux éleveurs et à leurs techniciens d’analyser en profondeur leurs données d’abattage pour minimiser l’impact de ce nouveau critère. Cependant, difficile de pointer du doigt un ou plusieurs facteurs d’élevage à l’origine d’un faible M3. Dès 2021, la recherche avait mis en évidence cette baisse du M3 chez les mâles entiers par rapport aux mâles castrés. Gérard Daumas, ingénieur à l’Ifip (1), avait calculé un écart compris entre 2 et 3 mm, ce que confirme les données récentes d’Uniporc. Il mettait aussi en avant la hausse de la proportion de la partie antérieure de la carcasse des mâles entiers.
Entre -40 et + 40 centimes par porc
Arnaud Guérin, le directeur d'Elpor, a simulé l’impact de cet indicateur sur la plus-value de plusieurs lots déjà abattu provenant des élevages des adhérents du groupement. « Elle varie globalement entre -40 et + 40 centimes par porc mâle entier, avec beaucoup de lots proches de zéro », constate-t-il. Cette première approche ne met en évidence aucune corrélation avec une conduite alimentaire (sec ou soupe) ou un type génétique. Il remarque cependant que les carcasses les plus lourdes ont généralement un indicateur de conformation plus bas que les carcasses légères. « Il ne faut pas cependant remettre en cause l’alourdissement des porcs charcutiers, tant qu’on reste dans la gamme de poids », estime-t-il. « L’indicateur de conformation représentera moins de 3% de la plus-value technique globale. Travailler sur ce critère aura un impact nettement moins élevé que des gains de poids dans la gamme qui augmentent la marge par porc », conclut-il.