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La croissance, un axe de sélection génétique porcine essentiel

Tous les organismes de sélection génétique accordent une attention particulière à la croissance des porcs charcutier dans leurs objectifs de sélection. Mais leurs approches diffèrent.

Porcs en engraissement
Les schémas génétiques ont fait des progrès considérables ces dernières années en termes de performances en engraissement, grâce notamment à la généralisation des distributeurs individuels d’aliment (ici, à la station de sélection Axiom d’Azay sur Indre).
© D. Poilvet

Incontestablement, la sélection génétique a joué un rôle essentiel dans la forte progression des performances de croissance constatées sur le terrain ces dernières années. Aujourd’hui, tous les schémas génétiques annoncent des GMQ en engraissement largement supérieurs au kilo sur leurs lignées mâles, et même en lignées femelles pour certains. La croissance a toujours fait l’objet d’une sélection génétique grâce à son mode de calcul simple basé sur la pesée les animaux lors de leur testage. La généralisation chez les sélectionneurs des alimentateurs individuels couplés à des bascules a considérablement renforcé l’efficacité de la sélection. En parallèle l’apparition de nouveaux critères de sélection et des méthodes innovantes complètent efficacement le travail des OSP sur la croissance, en recherchant par exemple une meilleure homogénéité dans les cases ou encore un meilleur indice de consommation. Quatre schémas génétiques très présents sur le marché français ont accepté de détailler leur stratégie à Réussir porc.

 

Topigs : tout pour la croissance et la robustesse

Chez Topigs Norsvin, la sélection de la lignée mâle TN Tempo est avant tout axé sur la croissance et l’ingéré. « En cinq ans, nous avons gagné plus de 120 grammes de GMQ et 0,3 point d’indice, » constate Matthieu Plessis, Référent de la gamme de verrats Topigs Norsvin en France. Selon les résultats récupérés sur l’année 2024 dans les élevages utilisant le croisement TN Tempo x TN70, le GMQ 30-115 kg atteint 911 g/jour en moyenne pour les mâles entiers, et 858 g/jour pour les mâles castrés. Combiné à la robustesse des animaux (moins de 15 % de pertes naissance-vente) et un indice de consommation 30-115 kg à 2,5, le technicien calcule un bénéfice de 5 € par porc face à des issus de Piétrain. La lignée TN Tempo est sélectionnée au Canada. 50 000 candidats sont testés chaque année pour ne retenir au final que 50 verrats qui serviront au renouvellement du noyau de sélection. Depuis 2024, le GMQ est mesuré jusqu’à 140 kg de poids vif, contre 120 kg auparavant.

 

 
<em class="placeholder">Graphique - Les objectifs de sélection du TN Tempo</em>
Graphique - Les objectifs de sélection du TN Tempo © Source : Topigs Norsvin

« Cette évolution accompagne l’alourdissement des carcasses constaté dans certains pays », précise Fabrice Boutin, responsable technique Topigs Norsvin France. Les sélectionneurs mesurent également ce qu’ils appellent " l’effet social indirect sur le GMQ ". « Au sein d’une même case, nous recherchons des GMQ les plus homogènes possibles », explique Matthieu Plessis. « Dans ces cases, il y a eu un effet social bénéfique qui fait que chaque animal a pu exprimer pleinement son potentiel de croissance. C’est ce que nous recherchons ». Cette sélection sur le comportement social est renforcée par l’analyse des interactions positives ou négatives de chaque individu par des caméras. Les performances des verrats sont également évaluées dans des élevages combinant des lignées pures et des animaux F1 (CCPS) pour l’extériorisation de leur potentiel génétique dans les mêmes conditions qu’un élevage commercial. « Ce potentiel de croissance élevé nous permet aujourd’hui de chercher les 1 000 g de GMQ en engraissement sans problème, même en stabilisant le plafond d’alimentation à 2,8 kg par jour pour maîtriser le TMP et l’IC », conclut Matthieu Plessis.

DanBred : Une sélection sur les lignées mâle et femelles

Le schéma génétique danois rappelle à juste titre que les performances des porcs charcutiers sont issues à la fois de leur père et de leur mère. « C’est pour cela que nous sélectionnons la croissance sur nos deux lignées femelles et notre unique ligne mâle », explique Nicolas Kolytcheff, animateur technique DanBred France. Avec pour résultat des GMQ 30 kg-abattage en sélection de 1 146 g/jour pour la Landrace DanBred et 1 114 g/jour pour la Large-White DanBred, alors que le Duroc DanBred pointe à 1 302 g/j. Sur le terrain, les élevages de production danois utilisateur du couple DanBred, ont atteint en moyenne 1 095 g/j de GMQ en engraissement en 2025, selon l’OSP. Nicolas Kolytcheffe fit remarquer que ces performances sont les résultats d’une sélection essentiellement axée sur les performances d’engraissement durant toute la décennie 2010, jusqu’à 2022. « Le fait de ne travailler que sur trois lignées nous permet d’aller plus vite en termes de progrès génétique », ajoute-t-il. Cette sélection sur la croissance est renforcée par la recherche de porcs dotés d’un « profil génétique social positif » à l’échelle de la case. « Ces animaux exercent un effet positif sur le GMQ de leurs compagnons de la case et favorisent l’homogénéité des performances ». Selon DanBred, ce caractère est héritable, et pourrait améliorer le GMQ de 5 à 10 %. 

 

 
<em class="placeholder">Graphique - Progression continue des croissances GMQ 30-115 kg de 2018 à 2025 au Danemark</em>
Graphique - Progression continue des croissances GMQ 30-115 kg de 2018 à 2025 au Danemark © Source : DanBred

Pour Nicolas Kolytcheff, le potentiel du couple DanBred permet d’atteindre aisément pour des mâles castrés un GMQ 30-115 kg de 1 000 g/j avec un indice de consommation inférieur à 2,5, tout en maintenant le TMP supérieur à 61. Pour cela, la conduite d’élevage se raisonne dès le sevrage. « La règle des 14 pour l’aliment premier âge doit être respectée afin de déposer un maximum de muscle dès le plus jeune âge ». Selon lui, les issues de Duroc DanBred mangent moins vite, mais davantage en engraissement que leurs concurrents. « Le contrôle des auges ne doit pas se faire trop vite après la distribution de soupe, mais plutôt entre 90 et 120 minutes après ». Nicolas Kolytcheff préconise de déplafonner la courbe d’alimentation à plus de 2,8 kg par jour. Dans ces conditions, un premier départ entre 140 et 150 jours peut être envisagé pour bénéficier de l’effet positif du détassage.

Axiom : associer croissance et efficacité alimentaire

Chez Axiom, la sélection des verrats Valens associe vitesse de croissance, consommation moyenne journalière et indice de consommation. « Il y a des animaux qui poussent très vite, mais qui consomment énormément », constate Julien Selves, responsable du pôle création génétique Axiom. « D’autres poussent très vite et consomment peu. C’est pourquoi nous avons créé un indicateur de sélection innovant, le GMQ-cmj, qui est un gain moyen quotidien corrigé par la consommation moyenne journalière et la croissance en engraissement. Cette approche nous permet d’identifier les animaux associant la meilleure croissance et le meilleur indice de consommation dans la phase d’engraissement ». 

 

 
<em class="placeholder">Graphique - Une sélection équilibrée entre croissance, IC et qualité de carcasseOrientations de sélection du Valens</em>
Graphique - Une sélection équilibrée entre croissance, IC et qualité de carcasseOrientations de sélection du Valens © Source : Axiom

Pour mener à bien ce travail de sélection, Axiom se repose sur les 600 alimentateurs individuels équipant ses élevages de sélection un peu partout dans le monde. « Ils nous permettent de sélectionner individuellement un grand nombre d’animaux, quels que soit l’aliment et le contexte d’élevage. » Les contrôles se font désormais jusqu’à un poids vif de 125 kg, afin d’être en cohérence avec l’alourdissement des carcasses constatée sur le terrain. « Aujourd’hui, le top 5 des verrats Valens placés en CIA atteint une croissance supérieure à 1 200 g par jour, 75 millimètres de muscle et moins de 2 d’indice de consommation ». Julien Selves souligne la complémentarité du Valens avec la truie Adenia sur la croissance. « Ce critère est également un axe de sélection important sur la lignée femelle, en complément des objectifs de production, des qualités maternelles et de l’indice de consommation ».

Nucléus : « La croissance démarre dès la maternité ».

« On ne peut pas parler de croissance en engraissement sans parler de qualité des porcelets à la naissance », estime Rémy Chemin, responsable relation clients Nucléus. « C’est pour cela que nous avons fait ces dernières années un effort de sélection important sur le poids des porcelets des lignées femelles. En cinq ans, le nombre de porcelets de moins d’un kilo à la naissance a baissé de 5 % sur la lignée Large White et le poids moyen a augmenté de 96 grammes pour atteindre près de 1,5 kg en 2025. La tendance est la même en lignée Landrace ». Le technicien souligne l’importance de l’homogénéité des animaux et leur vigueur de la naissance jusqu’à la vente : « les éleveurs recherchent surtout de la croissance sur les derniers porcs qui partent à l’abattoir. Réduire l’intervalle de temps entre les têtes de lot et les fins de lot est le premier axe de travail pour accélérer la rotation des bandes dans les salles ». 

 

 
<em class="placeholder">Graphique - Moins de petits porcelets et plus de poids à la naissancePoids des porcelets et part des porcelets légers à la naissance (lignée Large White Nucléus)</em>
Graphique - Moins de petits porcelets et plus de poids à la naissancePoids des porcelets et part des porcelets légers à la naissance (lignée Large White Nucléus) © Source : Nucléus

En lignée mâle, les Piétrains contrôlés aux DACS affichent un GMQ de 1 111 grammes par jour en moyenne. Bruno Ligonesche, responsable R & D Nucléus, souligne l’écart de performance important avec les verrats placés en CIA (+ 48 grammes), synonyme de pression de sélection élevée. Rémy Chemin rappelle que la sélection du Piétrain Nucléus s’est toujours faite sur la croissance de viande maigre. « C’est dans l’ADN de Nucléus ». Cet axe de travail s’est récemment renforcé en intégrant le poids de jambon dans l’objectif de sélection. « Nous pouvons désormais obtenir ce critère pour chaque verrat Piétrain grâce à l’Autofom qui équipe l’abattoir Cooperl de Lamballe ». Aujourd’hui, Nucléus estime avoir atteint les standards de qualité de viande supérieurs à ses principaux concurrents, tout en obtenant des croissances élevées. « Le GMQ 30-115 kg des naisseurs-engraisseurs Cooperl a atteint 885 grammes par jour au premier semestre 2025, pour un TMP de 61,3 et un IC de 2,49 » indique Bruno Ligonesche « Les 10 % meilleurs sont à 966 g/j de GMQ ». Selon Philippe Malletroit, le nouveau responsable commercial export Nucleus, ces niveaux de performances ouvrent de nouveaux marchés au Piétrain Nucléus, notamment en Asie. « Avant, ils voulaient avant tout de la croissance. Maintenant, ils veulent toujours de la croissance mais avec des carcasses maigres » constate-t-il. « Le Piétrain Nucléus répond à ces exigences. »

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