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« La contractualisation à tous les niveaux de la filière porcine, une réponse à la crise »

Des experts réunis à l’AG du Comité régional porcin des Pays de la Loire préconisent la contractualisation en amont comme en aval. Ils rappellent aussi la nécessité de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs par une offre plus segmentée.

 © D. Poilvet
© D. Poilvet

Une table ronde organisée par le Comité régional porcin (CRP) des Pays de la Loire a réfléchi aux adaptations possibles pour répondre aux marchés de demain et à la flambée des prix des matières premières. En quelques années, notamment depuis un an, avec le covid, la crise climatique et la guerre en Ukraine, les marchés des matières premières et de l’alimentation ont fortement muté. « Les prix des céréales sont passés de 200 à 400 euros la tonne et ceux des protéines de 300 à 500 euros la tonne, constate François Quenehervé, président de Feed Alliance, acheteur de matières premières pour l’alimentation animale. Le soja fait le yoyo selon les aléas climatiques. Et les matières premières circulent difficilement. La perte de la production ukrainienne n’est pas si énorme, mais les pays pauvres vont souffrir. Et le fait que les marchés soient guidés par les bourses mondiales accélère la déréglementation. »

 

Un autre fait marquant est la baisse du nombre de matières premières. « Avec l’essor des énergies vertes, il y a moins de son disponible, moins de betterave, souligne François Quenehervé. Des pays utilisent localement la mélasse qu’ils produisent. Et si l’on produit moins d’huile de colza pour les moteurs diesel, il y aura moins de tourteaux. Or les coproduits sont nécessaires pour abaisser le prix des aliments. » Le président de Feed Alliance conseille donc aux éleveurs fabriquant leurs aliments comme aux industriels de contractualiser autant que possible leurs achats de matières premières, en se couvrant par un système assurantiel. « Ces options sont possibles sur les marchés à terme. Cela permet de se protéger si les prix diminuent. »

Répondre à des attentes plus segmentées

Des évolutions importantes ont lieu aussi sur la consommation. Gérard Chambet, directeur général des opérations de Fleury Michon, souligne que « depuis 2015, sauf en 2020-2021 du fait du covid, les marchés diminuent de 3 à 5 % par an. La flambée des prix des matières premières agricoles et industrielles, des emballages, de l’énergie et le fait que la France a fait le choix d’une inflation faible, ce qui laisse peu de marge pour augmenter les prix, rendent la situation très difficile. » Dans le cadre d’Egalim 2, Fleury Michon a renégocié avec les distributeurs et prévoyait de passer des hausses de prix en juillet. « Mais il aurait d’abord fallu contractualiser en amont, pour pouvoir remonter plus rapidement les attentes des éleveurs », estime Gérard Chambet. Un autre fait marquant du marché est sa segmentation croissante. « Alors qu’avant, il y avait beaucoup de produits milieu de gamme, il y a aujourd’hui une croissance des premiers prix et des produits premium », souligne Christophe Couroussé, directeur du développement agricole de Terrena.

Les intervenants à l'assemblée générale du CRP des Pays de la Loire ont souligné l'intérêt de sécuriser ses achats et ses ventes quand les marchés sont imprévisibles.

« Mais en parallèle, des consommateurs achètent de plus en plus selon leurs engagements, en faveur du bien-être animal, de la réduction des emballages, de produits plus sains… », complète Gérard Chambet. « Nous devons répondre à toutes les attentes. » Le jambon « zéro nitrites » lancé il y a un an par Fleury Michon est ainsi en très forte croissance. « Mais sa conservation est réduite, ce qui implique de limiter les temps de transport et donc d’avoir des approvisionnements plus locaux. » « Il faut faire des propositions différenciées, mais en pensant d’abord à l’équilibre matières, met en garde Christophe Couroussé. Et il n’est pas possible de trop augmenter le prix. Dès que le surcoût dépasse 15 %, nous perdons 50 % des consommateurs. »

Davantage de débouchés en restauration

Des opportunités existent aussi en restauration hors foyer. « La restauration va se métamorphoser, prévoit Christophe Couroussé. Parce que leurs charges augmentent, les restaurateurs doivent raconter une histoire pour pouvoir augmenter leurs prix. Ils sont en recherche de producteurs qui puissent le faire, ce qui peut être une opportunité pour le porc français. » Le local, des abattages de proximité, l’impact carbone, la RSE… sont des enjeux importants pour répondre à ces attentes. Mais l’export reste aussi incontournable, pour écouler notamment les pièces peu consommées en France. « Il faudrait développer les compétences à l’export et agir plus collectivement », estime Christophe Couroussé. La tendance lourde du végétal, renforcée par l’inflation sur la viande, inquiète également. « Les préconisations nutritionnelles sont d’avoir 50 % de protéines végétales et 50 % de protéines animales, tempère Christophe Couroussé. Il reste de la place pour la viande. »

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