Des aliments adaptés aux canicules pour les truies en lactation
Il est possible de favoriser l’ingéré énergétique des truies allaitantes en été avec un aliment moins thermogène. Leur production de chaleur métabolique réduite aide les animaux à mieux supporter les températures élevées
Il est possible de favoriser l’ingéré énergétique des truies allaitantes en été avec un aliment moins thermogène. Leur production de chaleur métabolique réduite aide les animaux à mieux supporter les températures élevées
À la station Ifip de Romillé (Ille-et-Vilaine), des stratégies d’alimentation en maternité sont testées pour réduire la chute de performance induite par les chaleurs estivales.
Les porcs en fin de croissance et les truies allaitantes ressentent les effets de la chaleur dès 22-25 °C. C’est dû fait que ces animaux mangent beaucoup, produisent beaucoup (croissance, lait), et dégagent aussi beaucoup de chaleur. Une des solutions envisagées pour contrer les difficultés à dissiper la chaleur de la truie allaitante est de faire en sorte qu’elle en produise moins par unité d’énergie nette consommée. Il s’agit notamment de réduire l’« effet thermique de l’aliment » (ou TEF : thermic effect of feed), avec un aliment moins thermogène (qui produit moins de chaleur métabolique). Le TEF peut être apprécié par le ratio énergie nette (EN)/énergie métabolisable (EM) : un ratio élevé réduit le dégagement de chaleur métabolique, et donc la sensibilité de la truie aux températures élevées. Dans une formule moins thermogène, l’incorporation des sources de protéines (tourteaux, protéagineux) est abaissée. L’apport d’acides aminés de synthèse est donc privilégié. La teneur en fibres est également réduite. Les glucides sont apportés essentiellement sous forme d’amidon. Par ailleurs, un apport de matières grasses permet de monter la teneur en énergie nette avec un moindre impact sur le TEF. Avec ce type d’aliment, une truie qui consomme 10 mégajoules d’énergie nette doit ingérer 0,97 kg d’aliment et dissipe 3,1 mégajoules de chaleur métabolique. Avec un aliment standard, les 10 mégajoules d’énergie nette consommés supposent l’ingestion de 1,05 kg d’aliment et la dissipation de chaleur métabolique est de 3,6 mégajoules.
Préserver les réserves de muscle
En remplacement de l’aliment standard, la distribution de l’aliment moins thermogène pendant les quatre semaines de lactation a permis une ingestion plus importante d’énergie nette (+ 10 MJ/j), pour un effet thermique de l’aliment à peine plus élevé (+ 2 MJ/j). Cette stratégie permet surtout de préserver les réserves en muscle de la truie, critère essentiel pour ne pas pénaliser la reproduction après le sevrage. Elle semble aussi aller dans le sens d’une production de lait un peu meilleure (+ 4 kg de poids de portée au sevrage).
Plus d’aliment consommé
Lors d’un second essai, l’aliment moins thermogène a remplacé l’aliment standard pendant 6 à 11 jours de fortes chaleurs selon la bande. Avec cet aliment, les truies consomment 1 kg de plus par jour (+ 17 %). Leur ingéré d’énergie nette est plus élevé de 17 mégajoules par jour (+ 31 %), et l’effet thermique de l’aliment est supérieur de seulement de trois mégajoules. L’effet positif de l’aliment moins thermogène se prolonge au-delà des vagues de chaleur, même quand les truies consomment à nouveau l’aliment standard. Les truies qui ont reçu ponctuellement l’aliment moins thermogène consomment 1 kg de plus par jour sur l’ensemble de la lactation (+ 19 %). Même si les statistiques ne le confirment pas, ces truies semblent par ailleurs produire plus de lait, avec une vitesse de croissance de portée plus élevé de 200 g/j, et elles mobilisent un peu moins de muscle dorsal et de gras.
Nathalie Quiniou, nathalie.quiniou@ifip.asso.fr
À retenir
Côté biblio
Cette étude financée par Inaporc et réalisée en partenariat avec l’Inrae a été publiée aux journées de la recherche porcine de 2025.