"Aux Trinottières, nous ne rationnons pas les porcs mâles castrés en engraissement"
À la ferme expérimentale porcine des Trinottières, les mâles castrés Piétrain suivent des courbes d’alimentation libérales en engraissement avec de très bons résultats techniques à la clé.
À la ferme expérimentale porcine des Trinottières, les mâles castrés Piétrain suivent des courbes d’alimentation libérales en engraissement avec de très bons résultats techniques à la clé.
La chambre d’agriculture des Pays de la Loire applique en routine des courbes d’alimentation très libérales pour les mâles castrés en engraissement avec à la clé de très bons résultats techniques pour la ferme expérimentale porcine des Trinottières.
Par rapport à la référence GT Porc 2024 des élevages avec mâles castrés, l’élevage affiche des résultats GTE 2025 d’un très bon niveau. Son point fort est une vitesse de croissance élevée (933 grammes par jour de GMQ 30-115 contre 845 g/j pour la référence). Elle permet d’atteindre un poids moyen d’abattage plus élevé que la référence (127,5 kg contre 122,6 kg) et de gagner 17 jours pour l’âge à 115 kg standardisé (161 contre 178 jours). Ce bon niveau de croissance permet de produire des porcs lourds tout en respectant un vide sanitaire de dix jours entre les bandes, ce qui contribue certainement au faible taux de pertes en engraissement (2,1 % contre 3,7 % pour la référence). L’élevage affiche également un bon niveau d’efficacité alimentaire (- 0,2 point d’indice de consommation 30-115 par rapport à la référence), notamment grâce à la fabrication d’aliments riches en énergie. Les résultats de classement des carcasses sont également supérieurs à la référence pour le pourcentage de porcs dans la gamme (89,2 % contre 84,2 %). En revanche, le taux de muscle des pièces (TMP) est inférieur à la référence (59,6 contre 60,7). La recherche du meilleur compromis entre poids d’abattage et TMP fera l’objet du projet Alimeco Porc (outil Partenaires).
Un plan d’alimentation poussé
Élevés en cases mixtes de 15 porcs, tous les animaux suivent une conduite alimentaire libérale selon une courbe en cloche avec un plafond à 28 méga joules d’énergie nette (MJ EN), soit 2,8 kg d’aliment par jour pour un aliment d’une valeur énergétique de 10 MJ/kg. La courbe vise à maximiser l’expression du potentiel de croissance des animaux. À l’entrée en engraissement, vers 25 kg de poids vif, les porcs reçoivent d’abord un aliment de type nourrain (15,9 % de MAT) jusqu’à 40 kg de poids vif. Le plan d’alimentation multiphase est piloté à la case par l’automate de distribution Spotmix.
Quatre phases alimentaires se succèdent ensuite à partir de 40 kg de poids vif en mélangeant en proportions variables un aliment A de type croissance (15,1 % de MAT) et un aliment B de type super finition (11,1 % de MAT). Les changements de phase alimentaire interviennent à des poids respectifs de 65, 90 et 105 kg de poids vif. Une des conditions de réussite est la bonne homogénéité de poids intra-case afin de ne pas pénaliser les porcs les plus légers par des changements de phase alimentaire trop précoces. À l’inverse, il faut limiter le gaspillage d’aliment qui serait engendré par des changements de phase trop tardifs pour les porcs les plus lourds.
Les aliments riches en énergie
Les aliments fabriqués sont formulés à base de maïs grain humide (30 % dans le nourrain et 50 % ensuite en engraissement), ce qui leur confère une valeur énergétique élevée. Cette richesse en énergie nette constitue un avantage pour améliorer l’efficacité alimentaire. En effet, pour satisfaire un même besoin énergétique quotidien, plus l’aliment est riche en énergie et moins la quantité d’aliment à distribuer sera importante. En revanche, la richesse énergétique des aliments impose de bien équilibrer également les apports en acides aminés digestibles. Ainsi, pour chaque stade physiologique, les formules alimentaires fabriquées respectent les recommandations pour le ratio lysine digestible sur énergie nette (LYS dig/EN) et pour l’équilibre en acides aminés de la protéine idéale jusqu’à la valine. Le ratio LYS dig/EN est même majoré en croissance (0,95 plutôt que 0,90 entre 40 et 65 kg de poids vif).
Pour 2026, l’objectif de l’élevage des Trinottières est de viser un TMP de 60 tout en conservant un poids d’abattage de 127,5 kg correspondant à un poids carcasse de 100 kg chaud. Cet objectif permettrait d’atteindre une plus-value globale de 0,20 €/kg (prime castration comprise) dans le cadre de la CCP Vallegrain qui offre une revalorisation des porcs lourds (P4 et P5).
Florence Maupertuis, florence.maupertuis@pl.chambagri.fr
“Le contexte actuel incite à produire du porc lourd”
Florence Maupertuis, chambre d’agriculture des Pays de la Loire
Deux évolutions majeures doivent être prises en compte pour actualiser les courbes d’alimentation en engraissement dans les élevages. D’une part, la sélection génétique a conduit à des progrès importants sur l’efficacité alimentaire, ce qui questionne la pratique d’un rationnement alimentaire sévère et permet d’envisager une évolution des recommandations alimentaires vers des courbes de plus en plus libérales, y compris pour les mâles castrés. D’autre part, une nouvelle grille de paiement des porcs a été mise en application le 1er juillet 2024. La plus-value est fortement améliorée lorsque le taux de muscle est supérieur à 60 % et le poids de carcasse compris entre 85 et 108 kg. Cette nouvelle grille favorise donc un alourdissement des carcasses, de sorte que le poids moyen de carcasse avoisine désormais les 100 kg, ce qui correspond à un poids vif d’abattage supérieur à 125 kg.
Partenaires
Le projet Alimeco Porc va comparer quatre conduites alimentaires en engraissement en croisant deux niveaux de rationnement (libéral ou plafonné) avec deux séquences alimentaires (deux ou trois repas par jour). Il est piloté par la chambre d’agriculture des Pays de la Loire et financé par la région Pays de la Loire et le Casdar (fonds PRDRA).