Alimentation des porcs en engraissement : deux approches face aux canicules
Face à l’augmentation et à l’intensité des vagues de chaleur, la conduite alimentaire en engraissement devient stratégique. Deux approches testées montrent des résultats proches, mais dépendants de l’âge et du poids des porcs.
Face à l’augmentation et à l’intensité des vagues de chaleur, la conduite alimentaire en engraissement devient stratégique. Deux approches testées montrent des résultats proches, mais dépendants de l’âge et du poids des porcs.
Décaler les repas vers les heures fraîches ou rationner temporairement, puis suralimenter les porcs charcutiers pendant une vague de chaleur aboutit à des performances comparables en engraissement.
C’est le principal enseignement des essais conduits à Crécom par la Chambre d’agriculture de Bretagne pour trouver des solutions alimentaires face au vague de chaleur de plus en plus fréquente. Les indicateurs techniques essentiels (consommation journalière, gain moyen quotidien, indice de consommation, valorisation des carcasses) ne diffèrent pas significativement entre les deux stratégies alimentaires (Tableau 1). Le GMQ atteint 928 g/j avec le décalage des repas (suppression du repas du midi et maintien de deux repas matin et soir) contre 922 g/j avec la stratégie de rationnement pendant la vague de chaleur et de suralimentation quand la température redescend à des niveaux normaux, permettant de compenser ce qui n’a pas été consommé pendant la phase de rationnement. L’indice de consommation est également proche (2,48 vs 2,52). Autrement dit, le choix de la stratégie en période chaude n’impacte pas les résultats technico-économiques globaux, dans des conditions de températures estivales modérées.
Effets variables selon l’âge
Si les résultats sont équivalents à l’échelle de l’engraissement, les réponses diffèrent selon l’âge et le poids des porcs au moment du stress thermique. Chez des animaux plus jeunes, la stratégie de rationnement temporaire montre un certain intérêt. Lors de la première vague de chaleur, qui s’est produite lorsque les porcs avaient 79 jours d’âge, un rationnement de 10 % n’a pas pénalisé le GMQ, qui reste proche de celui observé avec les repas décalés. Mieux encore, l’efficacité alimentaire s’est légèrement améliorée. En revanche, chez des porcs plus lourds, la tendance s’inverse. Lors d’une seconde vague de chaleur survenue à 138 jours d’âge, les animaux rationnés puis suralimentés présentent un GMQ plus faible (859 vs 949 g/j) et un indice de consommation dégradé. La phase de suralimentation n’a pas permis de compenser ce retard, traduisant une moindre valorisation de l’aliment malgré une ingestion accrue. Ces résultats confirment un point clé : plus les porcs sont lourds, plus ils sont sensibles au stress thermique, avec une chute de croissance plus marquée.
Décalage des repas : une solution simple
Le décalage des repas vers les heures fraîches reste aujourd’hui la stratégie la plus facilement mobilisable en élevage. Elle permet de limiter la production de chaleur liée à la digestion pendant les pics de température. Mais son efficacité dépend fortement des conditions climatiques : en cas de nuits chaudes, l’intérêt est limité, car les animaux ne retrouvent pas des conditions favorables pour consommer. À cela s’ajoutent des contraintes pratiques : organisation du travail, systèmes d’alimentation, suivi des consommations.
Rationnement : une piste à affiner
La stratégie du rationnement suivi d’une suralimentation repose sur une logique différente : réduire volontairement l’ingestion pendant le pic de chaleur, puis réintroduire progressivement l’aliment pour favoriser une reprise de croissance. Dans les essais, cette approche n’a pas généré de croissance compensatrice nette, notamment chez les animaux plus âgés. Elle semble toutefois mieux adaptée aux porcs jeunes, pour lesquels l’énergie reste le principal facteur limitant de la croissance. Des ajustements restent nécessaires : niveau de restriction, durée, rythme de réalimentation. Cette stratégie nécessite aussi d’anticiper au maximum la venue d’une vague de chaleur, ce qui est possible avec l’application Climabat.
Constance Drique, constance.drique@bretagne.chambagri.fr
Stress thermique la santé intestinale fragilisée
Au-delà de la baisse d’ingestion, le stress thermique fragilise la fonction intestinale et ralentit la reprise des performances.
Dès que la température ambiante dépasse sa zone de confort, le porc en croissance-finition réduit spontanément sa consommation alimentaire pour limiter la production de chaleur métabolique liée à la digestion. Cette adaptation est efficace à court terme, mais elle a un coût : la baisse d’ingestion entraîne mécaniquement une diminution du gain de poids. Par ailleurs, la thermorégulation mobilise d’importantes ressources physiologiques, notamment la vasodilatation périphérique. Celle-ci entraîne une redistribution du flux sanguin vers la peau afin de mieux dissiper la chaleur, au détriment des organes internes, ce qui peut fragiliser l’intégrité de l’épithélium intestinal. À terme, cela peut altérer la digestion, l’absorption des nutriments et la barrière intestinale. Ainsi, même après le retour à des températures plus modérées, la récupération n’est pas toujours immédiate : l’ingestion et les performances de croissance peuvent rester perturbées pendant plusieurs jours.
C.D.
Le saviez-vous ?
À partir des données météorologiques et de la localisation de votre élevage, l’application Climat bat développée par la Chambre d’agriculture de Bretagne calcule l’indicateur de stress thermique (THI) pour vos animaux, au cours de la journée et des six suivantes. Des notifications peuvent être envoyées en cas de risque de stress thermique pour les jours à venir.