Après les canicules, l’heure du bilan pour la filière porcine
Après la surmortalité et les retards de croissance enregistrés pendant l’été, la filière se mobilise pour être mieux préparée face aux épisodes de canicules.
Après la surmortalité et les retards de croissance enregistrés pendant l’été, la filière se mobilise pour être mieux préparée face aux épisodes de canicules.
La filière porcine, et plus particulièrement le Grand Ouest, a été affectée par les canicules de l’été, avec une surmortalité au sein du cheptel et des retards de croissance. À l’échelle nationale, la surmortalité a été estimée à 0,8 %, par la Fédération Nationale Porcine (FNP). Sur les mois de juillet et août, les effectifs et les volumes abattus ont baissé respectivement de 2,5 % et 4 %. Les pertes de croissance ont été chiffrées, avec des pertes de 1 kg en un mois sur les poids de carcasse, et ce dès la première canicule. « Les canicules continueront d’avoir des impacts sur les mois à venir », indique Lara Berthelot, directrice de la FNP. « La surmortalité des truies amènera une production en baisse dans les 9 mois à venir, encore difficile à évaluer car une interrogation subsiste sur la fertilité des truies ».
Un bilan plus lourd en Bretagne
La Bretagne a été la région la plus touchée, moins habituée aux épisodes caniculaires, avec des premières estimations de mortalité entre 2 et 5 % du cheptel. « Le grand Ouest n’était pas prêt pour de tels évènements avec un épisode caniculaire aussi fort et aussi long », insiste Carole Joliff, présidente du Comité Régional Porcin (CRP) de Bretagne. « En Bretagne, nous n’avions jamais vécu une telle canicule, donc nous nous sommes adaptés en marchant », ajoute Laurent Kerlir, président de la Chambre d’Agriculture de Bretagne.
Des pistes d’amélioration
Les acteurs de la filière se mobilisent pour réfléchir autour de solutions permettant d’être à l’avenir mieux préparés. Les bâtiments doivent être adaptés aux fortes chaleurs via l’installation de cooling et de brumisation. « Nous allons aussi nous inspirer de ce qui est réalisé dans le sud de la France, où certaines adaptations sont déjà réalisées », indique Mickaël Guilloux, président du CRP Pays de la Loire. « La modernisation et l’adaptation face aux canicules devront aussi passer par la construction de bâtiments neufs ». Les acteurs de la filière mettent également en avant des pistes d’amélioration concernant la nutrition des animaux, évoquant des formulations et des horaires de distribution à adapter.
Soulager les éleveurs
« Le système de gestion des cadavres a été mis à l’épreuve, et il faut retrouver une capacité de gestion pour que cet épisode ne se reproduise pas », ajoute Carole Joliff. « Mais pour adapter les usines d’équarrissage, nous allons rencontrer les mêmes problématiques que pour les élevages, c’est-à-dire les freins sur les autorisations et l’acceptabilité des projets ». Plusieurs pistes apparaissent pour faire face à une mortalité exceptionnelle en limitant la charge des éleveurs : la création de sites d’enfouissement communs préalablement définis et validés ou encore le compostage sur les grandes exploitations sont des pistes à explorer, selon la Chambre d’Agriculture de Bretagne et les CRP Bretagne et Pays de la Loire. Pour ces derniers, la réflexion sur ces infrastructures reste encore trop soumise à des freins administratifs.
Des aides régionales bienvenues
L’aide financière octroyée par la région Pays de la Loire de 12 millions d’euros a été saluée par le CRP de la région. « Cette aide pour accompagner les éleveurs face aux changements climatiques permet à toutes les productions d’être éligibles, sans distinctions ou critères discordants, toutes les autres régions devraient s’en inspirer », insiste Mickaël Guilloux. D’un autre côté, les aides du plan Casi ont été jugées insuffisantes par une large partie des acteurs de la filière, déplorant le manque d’accompagnement des éleveurs par l’État face aux enjeux climatiques.