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Tavelure de la pomme : le captane, un fongicide dans le « flou »

Le lancement de la campagne pommes 2025-2026 par l’ANPP, le 28 août à Paris, a été l’occasion de revenir sur les enjeux phytosanitaires, et notamment le « flou réglementaire » autour du captane, une substance active fongicide. 

<em class="placeholder">Gros plan sur un pommier de pommes Fuji.</em>
Pour lutter contre la tavelure sur les pommiers, le captane, substance active fongicide, a bien été réautorisé, mais ses possibilités d'utilisation restent incertaines en pratique.
© Claire Tillier

Sera-t-il toujours possible d’utiliser la substance active captane (Sigma) pour protéger les pommiers ? En théorie, oui, en pratique, ce n’est pas sûr… « On est toujours dans un flou réglementaire sur la manière dont on pourra utiliser le captane, la molécule socle de la lutte contre la tavelure, à partir du 1er novembre », explique Xavier Le Clanche, responsable technique et charte Vergers écoresponsables au sein de l’ANPP (Association nationale pommes poires). Il s’exprimait à l’occasion du lancement de la campagne à Paris le 28 août, devant la presse et des représentants de l’aval notamment. Résultat : « On sait que le captane sera autorisé, mais on ne sait pas s’il sera utilisable », résume-t-il.

La source de ce flou réglementaire ? « On attendait une ré-autorisation au niveau européen, détaille Xavier Le Clanche, qui a été prise en effet, mais avec des pincettes. Il y a donc des conditions d’emploi qui sont imposées mais qui ne sont pas définies, et au niveau français cette décision a été copiée-collée ».

Le captane réautorisé sous conditions

Ainsi, un règlement européen du 3 septembre 2024 (consultable ici) renouvelant l’approbation de la substance active captane indique qu’il est « nécessaire de prévoir certaines conditions et restrictions » notamment « à la lumière des connaissances scientifiques et techniques actuelles ».

Pour les utilisations extérieures, le texte européen formule notamment ces conditions, globalement imprécises selon l’ANPP : « seules les utilisations en dehors des périodes de floraison des cultures et en l’absence d’adventices en fleurs dans les rangées des cultures traitées peuvent être autorisées », et « les États membres veillent à ce que les applications dans les vergers (pommes, cerises, etc.) soient effectuées uniquement avec du matériel qui renforce la précision et l’exactitude de l’application (écrans anti-dérive, pulvérisateurs à écran, pulvérisateurs à capot, pulvérisateurs à tunnel, pulvérisateurs munis de détecteurs par exemple) et qui, tout en maintenant le même taux d’application sur les surfaces cibles, permet de réduire d’au moins 61 % en moyenne la quantité de produit phytopharmaceutique appliqué (par hectare) et d’au moins 20 % la perte au sol par rapport aux applications réalisées au moyen de matériel et de pratiques d’application conventionnels ». Le même texte exige aussi que les États membres imposent « le cas échéant, des mesures d’atténuation des risques, telles que des zones tampons de non-pulvérisation en bordure des champs sur la base de leur évaluation des risques afin de protéger les abeilles et les organismes aquatiques ».

L’ANPP espère recevoir des nouvelles du ministère de l’agriculture, et notamment obtenir le plus rapidement possible une liste en ce qui concerne le matériel utilisable, entre autres précisions.

Vers des conditions de production dégradées ?

Au-delà du captane, Xavier Le Clanche prédit que les conditions de production « vont se détériorer » dans les années à venir, alors qu’elles sont « déjà difficiles aujourd’hui ». La pomme est en particulier confrontée à « trois principaux bioagresseurs » : le puceron, la tavelure et le carpocapse. Il rappelle ainsi « le nombre de dérogations » nécessaires pour produire de la pomme en France, « que ce soit en bio ou en conventionnel ». Ces ressources-là, « incertaines », constituent selon lui « une épée de Damoclès » qui revient chaque année. Quant à l’avenir, il ne sera « pas rigolo non plus », au regard des molécules et produits formulés que la pomme « devrait perdre » sur les « deux années » qui viennent. Par exemple, contre le puceron, « la lambda cyhalothrine (Karate Zeon) en 2026 ».

Ce lancement de campagne a aussi été l’occasion de rappeler l’incompréhension de la filière pomme après la censure, en août par le constitutionnel, de la partie de la loi Duplomb qui prévoyait le retour de l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde autorisé dans l’UE jusqu’en 2033.

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