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Pomme du Limousin : comment Patrice Blanchet recrute des cueilleurs locaux​​​​​​ en Haute-Vienne

Pomiculteur à Coussac-Bonneval, en Haute-Vienne, Patrice Blanchet s’appuie sur plusieurs leviers pour recruter, notamment le dispositif « Point pommes » et les bus quotidiens de l’Anefa Limousin pour transporter les saisonniers.

<em class="placeholder">Patrice Blanchet, agriculteur et pomiculteur en Haute-Vienne, pose devant son verger. Les pommiers sont protégés par des filets. </em>
Patrice Blanchet cultive 13,5 ha de pommiers et mise sur 550 tonnes récoltées cette année.
© C. Chazal

Entre les averses et le ciel désespérément gris, ce jour de septembre n’est pas des plus motivants pour les cueilleurs de pommes. ​​​​​​Mais la golden AOP Pomme du Limousin n’attend pas : depuis deux semaines, des hommes et des femmes s’affairent, munis d’échelle et de picking-bags, dans les 13,5 hectares de pommiers de Patrice Blanchet. Le verger est situé à Coussac-Bonneval, en Haute-Vienne, à trois quarts d’heure de route de Limoges. Le pomiculteur a embauché une quarantaine de locaux (aucun ne vit à l’étranger) pour récolter durant environ un mois les 550 tonnes espérées.

Lire aussi : Pomme : trois stratégies de lutte automnale contre le puceron cendré

Certains sont des habitués. Une douzaine, dont trois quarts de retraités, a été fidélisée et revient d’une année sur l’autre, ou du moins régulièrement. Pour trouver ses autres cueilleurs, l’agriculteur recourt à l’indémodable bouche-à-oreille et tire aussi parti du dispositif « Point pommes » de France travail et l’Anefa Limousin (Association paritaire pour l’emploi et la formation en agriculture). Cela inclut un accueil physique dans les agences France travail et une ligne téléphonique dédiée aux chercheurs d’emploi et aux pomiculteurs, ou encore des animations dans des quartiers prioritaires de la ville. Cette année, dans le département, entre 600 et 700 offres d’emploi de cueilleurs de pommes ont ainsi été postées via France travail, et 200 en Corrèze.

À la rencontre des candidats potentiels

Patrice Blanchet saisit les occasions quand il le peut. Début septembre, il s’est rendu à un forum à Limoges pour échanger avec des candidats. « J’y ai trouvé cinq ou six personnes, cela dépend vraiment des années, précise-t-il. Je suis ouvert à tous les profils. » L’exercice est subtil : donner envie de postuler, tout en avertissant de la pénibilité pour limiter les abandons, particulièrement fréquents quand la pluie, le vent ou la chaleur s’en mêlent. D’autant que certains candidats sont des citadins éloignés des réalités agricoles.

​​​​​Face aux risques d’abandons, l’agriculteur a pris les devants : « J’ai embauché un peu plus de monde, comparé aux prévisions de récolte. » Les chiffres lui donnent raison : le jour où il nous reçoit, une dizaine de cueilleurs manquent dans les allées, qu’ils soient absents ou simplement à l’abri sur l’exploitation, faute d’être venus équipés de vêtements de pluie. ​​​​​​

Des bus pour faciliter la mobilité des saisonniers

Ici, la récolte n’est possible que grâce aux tournées de bus mises en place par l’Anefa Limousin. Matin et soir, elles transportent les cueilleurs de plusieurs exploitations, dont celle de Patrice Blanchet, qui ne peut pas loger ses saisonniers. Une solution efficace mais encore fragile. « Nous ne sommes jamais certains que les bus seront maintenus l’année suivante, regrette-t-il. C’est une épée de Damoclès. » À part trois cueilleurs ultra-locaux, qui habitent à côté et viennent en voiture, tous sont dépendants du bus. Comme Patrick, 55 ans, qui vient depuis une douzaine d’années, et prévient : « Le bus, c’est bien mais il n’attend pas : si à 17 heures pile, vous êtes à l’autre bout du verger, il va falloir courir ! » Chaque agriculteur paye trois euros par jour et par personne pour financer ces transports, une participation qui a récemment augmenté.

Un coin cuisine aménagé dans un petit bungalow

Le travail s’étale de 8h30 à 17 heures, avec une pause déjeuner de 12 heures à 13h30. Le premier jour, pour limiter les abandons, Patrice en remet une couche sur l’engagement. Une notion déjà évoquée en amont par France travail et l’Anefa auprès des candidats recrutés par cette voie. « Je leur explique que je compte sur eux, décrit-il, qu’une année entière de travail se joue lors de la cueillette. Je vois que ça marche partiellement : quelques-uns y sont sensibles. » Il fait signer les contrats, distribue des feuilles de présence… Et sensibilise : son petit bungalow en préfabriqué doit rester propre et rangé, pour le confort de chacun. Il a nécessité un investissement d’environ 20 000 euros. « Je demande aux cueilleurs d’y faire un petit ménage, une fois par semaine. J’insiste sur le fait qu’ils doivent se relayer. » Ce bâtiment suffit au fidèle Patrick : « C’est tranquille, il y a un frigo, un coin cuisine, une table, un radiateur, des toilettes… Et aussi des WC chimiques dans le verger, c’est pratique pour ne pas tout retraverser. »

Des primes versées au-delà de trois palox journaliers

Pour motiver ses troupes payées au Smic, Patrice a instauré une prime de 15 euros par palox (300 kilos de pommes) au-delà des trois palox journaliers requis. « Un de mes cueilleurs fait six ou sept palox par jour. Geste précis, efficace, une vraie machine », observe-t-il. La prime n’est cependant pas une solution miracle : au-delà de quelques stakhanovistes, beaucoup cueillent autour d’une tonne par jour.

Un levier pour réduire la pénibilité, et mieux fidéliser les cueilleurs, serait d’investir dans des machines d’assistance à la récolte (lire encadré). « Je ne suis pas fermé à la mécanisation, confie Patrice Blanchet, mais c’est une question de coût. » Et, lorsque c’est envisageable sur les plans financier et logistique, fournir aux cueilleurs des vêtements imperméables pourrait aussi limiter quelques défections. Certains ont peu de moyens pour s’équiper efficacement.

Mécaniser pour fidéliser les cueilleurs professionnels

« Certains de nos pomiculteurs ont mis en place des méthodes de cueillette recherchées par les cueilleurs professionnels, notamment venus de l’étranger, pour les fidéliser », rapporte Audrey Schwertz, chargée de communication du syndicat AOP Pomme du Limousin. Par exemple, la cueillette au train qui permet de mettre les fruits directement dans le palox sans les porter dans le picking-bag (7 kilos une fois plein). S’ajoutent des plateformes motorisées et machines d’assistance à la récolte, dont l’une qui permet d’avoir une équipe au sol et une autre en haut des arbres. « En plus d’une moindre fatigue pour les cueilleurs, c’est aussi mieux pour les pommes », pointe la communicante. Les fruits ne subissent alors pas les chocs liés au déversement du sac dans le palox. Si, pour l’instant, Patrice Blanchet ne peut pas investir dans des machines, il a tout de même repéré la Zucal, « le top du top » d’après ses sources, ou encore l’Harvery.

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