Aller au contenu principal

Pesticides : le comité de déontologie de l’Anses craint « l’influence » du « conseil d’orientation » de la proposition de loi Duplomb

Le comité de déontologie de l’Anses craint « l’influence » sur l’indépendance de l’agence du « conseil d’orientation » de la proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb. Dans un avis du 10 avril, l’instance de l’Anses propose des conditions strictes à l’existence d’un tel conseil. 

Le sénateur Laurent Duplomb au Sénat le 27 janvier 2025 s'exprimant sur la proposition de loi "Lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur".
Dans un avis publié le 10 avril, le comité de déontologie de l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) critique l’idée du « conseil d'orientation pour la protection des cultures » issu de la proposition de loi (PPL) du sénateur Laurent Duplomb.
© Sénat

Avant son examen fin mai à l’Assemblée nationale, la proposition de loi (PPL) du sénateur Laurent Duplomb visant à « Lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », continue de créer la controverse. Dans un avis publié le 10 avril, le comité de déontologie de l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) critique l’idée du « conseil d'orientation pour la protection des cultures » issu de la PPL. Ce conseil serait notamment composé de représentants des filières agricoles, de syndicats ou de l’industrie phytopharmaceutique, et pourrait définir des « usages prioritaires » de pesticides pour le processus d’autorisation de mise sur le marché de l’agence.

« Des risques de perte d’indépendance de l’expertise de l'Anses »

Dans son avis, le comité de déontologie de l’Anses dit craindre « l’influence » et la « pression » sur l’agence qu’aurait ce conseil d’orientation. Mais l’instance de l’Anses cite aussi le « comité des solutions » relancé en novembre 2024 par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, et dont l’objectif est de trouver des alternatives aux substances interdites.  « S’il peut paraître pertinent de mettre tous les intervenants autour d'une table pour discuter et trouver des solutions acceptables aux impasses techniques, il convient d’être attentif aux risques de perte d’indépendance de l’expertise de l'Anses et des décisions qu’elle prend », soutient le comité. « De tels comités pourraient remettre en cause le fonctionnement actuel et les garanties de transparence sur les avis et d’indépendance des décisions de l’Anses. »

Le 24 mars, la Conférence nationale de santé avait aussi soutenu que le « conseil d’orientation » de la PPL « menace l’indépendance de l’évaluation scientifique » de l’Anses. 

Lire aussi : Pesticides : la proposition de loi Duplomb « menace l’indépendance de l’évaluation scientifique », estime la Conférence nationale de santé

Quelles conditions pour l’existence d’un « conseil d’orientation pour la protection des cultures » ?  

Pour limiter ce risque « d’influence », le comité de déontologie de l’Anses propose des conditions à respecter pour tout comité « qui réunirait les parties prenantes » : 

  • Affirmation du caractère consultatif de ce comité,
  • Présence de l’ensemble des ministères de tutelle,
  • Pour chaque participant : fonction, affiliation et déclaration des liens d'intérêts,
  • Publication des verbatims complets des séances permettant donc la traçabilité des discussions,
  • Absence d'influence ou de pression à l'égard de l'Anses. Toute tentative d’influence ou de pression doit être consignée au registre des porteurs d’intérêts dont l’Anses est dotée. Celui-ci précise que « les communications (rencontres, courriers, messages électroniques...) entre le personnel de l’Anses et les porteurs d’intérêts font l’objet d’un enregistrement ».

Et un tel comité ne pourrait intervenir qu’« entre le moment de signature d’un avis [de l’Anses, NDLR] et sa publication », précise le comité de déontologie. Si l’idée de donner des priorités à l’agence sanitaire est donc rejetée, le comité reconnaît que ce moment représente une « période de fragilité » pour l’Anses. Car entre la fin d’un avis ou d’une expertise et sa publication, des « pressions peuvent être exercées sur l’agence, en particulier lorsque des dépassements importants de délais sont avérés », précise le comité de déontologie. Celui-ci appelle donc l’agence à respecter l’objectif de publication dans les deux mois après signature, et propose de pouvoir réduire d’un commun accord le délai minimal de 15 jours pour « les situations d’urgence ». 

Lire aussi : Pesticides : le Sénat définit des « usages prioritaires » pour le processus d’autorisation de l’Anses

Référence faite aux scandales du chlordécone

Le comité de déontologie de l’Anses soutient son avis en rappelant les scandales de l’amiante et de l’usage du pesticide chlordécone dans les Antilles, où la priorité était donnée à « la rentabilité économique » plutôt qu’aux « risques sanitaires et environnementaux ». Sur ce point, l’instance de l’Anses s’aligne donc avec la position de son directeur général Benoit Vallet. Ce dernier avait affirmé, lors d’une audition en commission économique à l’Assemblée nationale le 25 mars, que le conseil d’orientation risquait de « favoriser l'expression d'intérêts économiques » devant « le principe de décision de sécurité sanitaire ». Mais le directeur général avait cependant fait une distinction entre ce « conseil d’orientation » et le « comité des solutions ». Le comité des solutions « a un objectif de pédagogie » et de « partage d’informations », soutenait Benoit Vallet. 

Lire aussi : Pesticides : comment le directeur de l’Anses conteste la proposition de loi du sénateur Duplomb ?

Les plus lus

Carte des zones réglementées, vaccinales I et vaccinales II pour la DNC dans le Sud-Ouest de la France au 27 janvier 2026.
Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : une première partie de zone réglementée levée dans le Sud-Ouest

Aucun cas de dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) n'a été découvert depuis le 4 janvier 2026 en Ariège. Après la levée…

Agriculteurs rassemblés devant le Parlement européen à l’appel de la FNSEA, et des Jeunes agriculteurs et soutenu par le Copa-Cogeca ce 20 janvier.
Mercosur : « L’Europe ne peut pas être dure avec ses agriculteurs à l’intérieur et faible quand il s’agit de l’extérieur »

Près de 6000 agriculteurs, provenant de 15 Etats membres de l’Union européenne, sont rassemblés à l’appel de la FNSEA et des…

Cartes des foyers de FC03 et FCO8 depuis le 1er juin 2025
La progression des cas de FCO 3 et 8 ralentit sur le territoire

Selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture en date du 5 février, 7555 foyers de FCO de sérotype 3 et 3370…

Le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles vu de l'extérieur, avec des drapeaux européens.
Budget PAC 2028-2034 : malgré l’annonce des 45 milliards d’euros mobilisables « le compte n’y est pas pour la France », estime Farm Europe

Malgré les récentes annonces d’Ursula von der Leyen sur le budget de la future PAC, « le compte n’y est pas pour la…

[Vidéo] Dermatose nodulaire contagieuse bovine : la DNC va-t-elle repartir au printemps ?

Alors que la propagation de la DNC a fortement ralenti en France, le Sénat a organisé une rencontre avec scientifiques et…

Paysage agricole dans le Sud-Ouest.
Aides PAC 2025 : quels sont les montants réévalués pour les aides découplées, les écorégimes et les aides bovines, ovines et caprines ?

Des arrêtés parus au journal officiel du 28 novembre 2025 réévaluent les montants des aides découplées de l’aide PAC 2025 et…

Publicité