Aller au contenu principal

Pauline Garcia, éleveuse et comportementaliste animalière : « Je veux montrer de quoi est capable l’animal sans utiliser la force »

Cet été, Réussir.fr vous propose des échanges avec celles et ceux qui communiquent sur le métier d’agriculteur. Rencontre avec Pauline Garcia, éleveuse dans le Cantal et comportementaliste animalière qui partage son quotidien et ses connaissances sur les réseaux sociaux.

Pauline Garcia, comportementaliste animalière et éleveuse, au milieu de son troupeau de Salers et d’Aubrac dans le Cantal.
« Le déclic pour me lancer sur les réseaux, ça a été mes vaches qui me montraient que mes méthodes fonctionnaient », explique Pauline Garcia, comportementaliste animalière et éleveuse de Salers et d’Aubrac dans le Cantal.
© Eric Sanmartin

D’origine gardoise, Pauline Garcia a commencé sa carrière professionnelle dans les médias et la communication. À 30 ans, elle se réoriente et entame une formation de comportementaliste animalière, au cours de laquelle elle découvre l’éthologie, la science qui étudie les comportements animaux (dont ceux des humains). 

Depuis 2015, Pauline Garcia élève avec son associé dans leur ferme cantaloue, une centaine de vaches Salers/Charolais et Aubrac sur 250 hectares de prairies et d’estives. En plus de ses casquettes d’autrice et de formatrice, elle partage avec ses quelques 14 800 abonnés sur Instagram (et presqu’autant sur Tik Tok) son approche du bien-être animal et des relations humain-animal.

Vous êtes connue sur les réseaux sociaux sous le nom etho_diversite, pourquoi ce pseudonyme ?

« Etho » c’est le raccourci de l’éthologie. Et j’ai ajouté « diversité » pour montrer que je travaille avec plusieurs espèces : les bovins, les équins, les caprins mais aussi l’humain. Pour moi, l’humain est un pilier qui stabilise ou déstabilise une ferme en fonction de ce qu’il véhicule sur le plan émotionnel. C’est souvent un aspect tabou auquel je m’intéresse depuis quelques années. 

Relire : « J’incite à adopter un regard différent sur l’animal » conseille Pauline Garcia, éleveuse et comportementaliste animalière

Sur quels réseaux sociaux êtes-vous présente ? 

Je suis présente sur tous les réseaux sociaux ou presque, ce qui me permet d’avoir un public différent. Sur LinkedIn, on communique avec des professionnels de la santé :  des vétérinaires, des techniciens d’élevages etc. Sur Tik tok, ce sont plutôt des jeunes éleveurs, sur Instagram ceux qui sont déjà plus installés. Et sur Facebook, il y a des éleveurs d’un âge plus avancé, qui ont souvent suivi une de mes formations. 

Pourquoi avez-vous commencé à communiquer sur les réseaux sociaux ?

Ma ferme est implantée vers Allanche dans le Cantal, on est assez isolé socialement. Au moment où j’ai voulu faire découvrir mon approche je n’avais pas les humains autour de moi. 

Des animaux qu'on comprend mieux, ce sont des animaux qui répondent mieux en face, et donc on travaille plus vite et plus en sécurité

Sur les réseaux, je veux montrer de quoi est capable l’animal sans que l’on utilise la force, ou la contention, sans toutefois la diaboliser, en prenant en compte son comportement et son bien-être, et à quel point ça constitue une aide précieuse au quotidien. C'est-à-dire que des animaux qu'on comprend mieux, forcément ce sont des animaux qui répondent mieux en face, et donc on travaille plus vite et plus en sécurité.

Lire aussi : Bien-être animal : comment les attentes sociétales modifient les pratiques des éleveurs ?

Quel a été le déclic pour vous lancer ? 

J’ai toujours aimé les médias. Même en quittant ce milieu et me reconvertissant, ils font toujours partie de moi. Mais le déclic, ça a été mes vaches qui me montraient que mes méthodes fonctionnaient. Je me suis dit qu’il fallait que je partage ces informations. Et j’ai eu beaucoup de retours, notamment de femmes qui me disaient qu’elles se retrouvaient dans mon approche.  

Lire aussi : Installation des femmes en agriculture : quels freins économiques persistent ?

Justement, vous abordez la place des femmes dans le monde agricole, pourquoi avez-vous choisi de parler de ce sujet ? 

Simplement parce qu’on reste dans un milieu masculin. Je voulais mettre en avant le fait qu’une femme peut être à la tête d’une ferme et avoir de bons résultats, même si maintenant c’est plus ancrer dans les mœurs. Mais ça a été un long travail féminin d’instaurer sa place. 

Les éleveuses ont ouvert la porte à ces nouvelles techniques mais elles sont profitables à tous.

Aussi, c’est important de montrer que même si on a souvent moins de force, liés à nos hormones et notre anatomie, on peut développer d’autres stratégies, plus dans l’observation. Les femmes qui me suivent se retrouvent dans ces protocoles. Parfois, elles sont juste en recherche de validation des méthodes qu’elles ont déjà mises en place. Les éleveuses ont ouvert la porte à ces nouvelles techniques mais elles sont profitables à tous. Et au final de plus en plus d’hommes s’y intéressent. 

Relire : « Marine est une femme : elle n’arrivera pas à gérer une exploitation bovine sur le long terme, alors pourquoi lui donner des terres ? »

De la même façon, vous abordez la santé mentale et physique des agriculteurs et agricultrices…

J’ai toujours été sportive et j’ai vu le sport comme une véritable thérapie dans mon métier d'agricultrice. C'est pour ça que j’en parle sur les réseaux. Il faut casser la croyance comme quoi quand on exerce un métier physique, on n'a pas besoin de sport. C'est faux. Je prends souvent l'exemple des pompiers et des soldats. Ils sont constamment, entre les interventions, à la salle de sport, dans des préparations mentales et physiques. Et c'est ce qu'on devrait avoir à notre niveau, nous, agriculteurs. Parce qu'on est tout le temps sous tension. Et on n'est pas préparé à ça, jamais en BPREA [Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole] on m'a dit qu’il fallait travailler son mental, son corps et ses émotions. 

Beaucoup de personnes se reconnaissent là-dedans, mais certains hommes en particulier n’osent pas l’afficher. Quand un agriculteur s'accorde un moment, il y aura toujours un ancien qui est dans la ferme qui va lui dire qu'il perd son temps. Il faut être armé pour entendre ces critiques.

 

 

Lire aussi : Troubles musculosquelettiques (TMS) en agriculture : comment les prévenir par l’activité physique ?

Quel est le post dont vous êtes la plus fière ? 

Mon partenariat avec les brosses pour bovins ! La marque est venue me chercher il y a un an et demi au Sommet de l'élevage. Pour moi, le grattage, c'est puissant et sous-coté. On nous dit que mettre des brosses, ça rentre dans le cahier des charges du bien-être animal, mais ce n'est pas assez expliqué en profondeur. Et donc je saoule beaucoup mes élèves dans mes formations et sur les réseaux sociaux avec ça ! [rires] Ce partenariat, c'est un rêve qui s'est concrétisé parce que je l'espérais depuis longtemps.

 

 

Comment choisissez-vous les sujets que vous abordez ? De quelle façon vous organisez-vous ? 

Je travaille avec une community manager1 depuis un an et demi. Avant je faisais tout toute seule mais ça devenait trop chronophage. Ça empiétait sur ma vie personnelle et professionnelle et ce n’était plus gérable. 

Ensemble on a défini trois contenus par semaine. Le lundi, il y a un post qui porte sur la vulgarisation d'une étude sur le comportement des animaux, la relation humain-animal en élevage ou les pratiques d’élevages. Le mercredi, c’est une vidéo sur des pratiques d’élevages que je conseille, ou sur des aberrations que j’ai vu passer sur les réseaux sociaux. Et enfin le dimanche, c’est une vidéo plus courte : une astuce ou une information brève. À côté, je fais des stories tous les jours où je raconte mon quotidien. 

1Personne en charge de la gestion et de l’image de profils sur les réseaux sociaux

Relire : Conor l’agricultor : avec une BD jeunesse « nous voulons planter des graines dans la tête des enfants »

Vous faites aussi régulièrement des vidéos communes avec d’autres agri-youtubeurs, pourquoi aller à leur rencontre ?

C’est important de croiser les communautés pour montrer autre chose, d’autres approches du métier et pour piquer la curiosité d’abonnés qui sont moins sensibilisés à la prise en compte du comportement animal.  Et d’un point de vue personnel, ça montre que les méthodes que je mets en place sont transposables sur d’autres systèmes, c’est une forme de garantie. 

 

 

Recevez-vous des réactions négatives à vos publications ? Comment est-ce que vous les gérez ?

Je n’attire pas trop les commentaires négatifs, ou alors que des gentils « haters2 » qui ne sont pas du milieu de l’élevage et qui critique sans vraiment connaitre. Dans ce cas-là, je réponds en expliquant le pourquoi du comment, mais sans trop rentrer dans les détails car c’est très énergivore. Je vais par contre l’inviter s’il le souhaite, à échanger en privé.

Globalement, mes haters sont assez bienveillants, je pense que c’est lié à mon contenu qui est tourné vers la curiosité et l’éveil de conscience, et non vers la critique.

2Personne qui utilise les réseaux sociaux pour critiquer, souvent de façon virulente, ou appeler à la haine

Quel conseil donneriez-vous à un agriculteur ou une agricultrice qui voudrait se lancer sur les réseaux sociaux ? 

Déjà, il faut réfléchir à un objectif, un fil rouge : se poser la question « de quoi j’ai envie de parler ? », et s’y tenir. Parce qu’enchainer les partenariats et faire de la pub, ça ne suffit pas.

Il faut se préserver car on tombe facilement dans l’addiction aux réseaux sociaux, et à n’importe quel âge. 

Ensuite, je dirais que c’est très prenant. J’ai environ cinq heures de temps d’écran par jour sur mon téléphone pour trouver du contenu intéressant, capter des vidéos, répondre aux messages ou échanger avec ma community manager. Ce n’ était pas autant au début, mais ça augmente avec les abonnés. Il faut se préserver car on tombe facilement dans l’addiction aux réseaux sociaux, et à n’importe quel âge. Se mettre des limites de temps sur les applications, ça permet d’être plus efficace et de rester dans sa ligne de conduite. 

 

Retrouvez Pauline Garcia sur les réseaux sociaux sous le nom etho_diversite et ses livres (Petit guide illustré des besoins fondamentaux des bovins, 2019) aux éditions France agricole.  

Les plus lus

Bovin de profil présentant des nodules sur la peau, signe clinique de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC).
Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) : un nouveau foyer détecté en Sardaigne

Un foyer supplémentaire de dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) a été détecté le 8 juillet en Sardaigne, dans le…

Carte de France métropolitaine des restrictions concernant les eaux superficielles au 31 juillet 2026.
Sécheresse 2026 : 65 départements en situation de crise, quelles conséquences sur les activités agricoles ?

Après le manque de précipitations en avril, les épisodes caniculaires fin mai, en juin et en juillet, les arrêtés de…

Carte de France des départements soumis à un arrêté de restriction des travaux agricoles comme la moisson pendant la période forte sécheresse.
Moisson 2026 et risque d’incendie : quelles interdictions de récolter l’après-midi durant la canicule ?

Avec la troisième vague de chaleur, de nouvelles restrictions des plages horaires pour effectuer les travaux agricoles ont été…

Tracteur Same rouge dans un champ.
Same et Deutz-Fahr en tête des marques préférées des concessionnaires français de tracteurs agricoles

L’enquête printanière ISC 2026, réalisée par le syndicat des distributeurs de machines agricoles (Sedima), montre que les…

deux tracteurs dans un champ en pente
Nouvelle-Aquitaine : la chambre d’agriculture estime que l'agriculture régionale est au bord de la faillite et réclame un plan d’urgence immédiat

La chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine s’alarme, dans un communiqué du 9 juillet, des différentes calamités que…

Nappes phréatiques au 15 juillet : la vidange continue avec 94 % des niveaux en baisse selon le BRGM

Alors que la vidange des nappes phréatiques continue avec 94 % des niveaux en baisse, la situation générale se dégrade avec 60…

Publicité