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Rencontres en terres allemandes

Les élevages ovins en Allemagne sont le plus souvent de petite taille et conduits de manière extensive. Pourtant, certains éleveurs ont su développer des solutions innovantes pour valoriser leur production et en vivre.

Dans le cadre de leur formation, neuf élèves du certificat de spécialisation ovin de Mirecourt ont réalisé un voyage d’étude dans le Sud-Ouest de l’Allemagne, à la rencontre des éleveurs d'outre-Rhin. Avec près de 23 000 éleveurs de plus de 20 brebis mais 1,4 million de brebis seulement, l’Allemagne compte beaucoup de très petits élevages. La zone de Schwäbisch Hall, dans le Nord du Bade Wurtemberg, est une zone de polyculture qui accueille aussi quelques éleveurs ovins qui ont mis en place des pratiques originales pour développer leur production.

Ainsi, Manfred Voigt est éleveur-berger transhumant. Il garde ses brebis chaque jour de l’année et utilise des bergers allemands comme chiens de rives. Réelles « clôtures mobiles », ses chiens tracent les frontières des parcelles à respecter. Manfreid dispose au printemps des parcelles communales puis, à partir du 11 novembre, il existe en Allemagne un droit de pacage sur toutes les prairies. Si les propriétaires ne souhaitent pas voir les troupeaux sur leurs parcelles, ils y plantent un bouquet de paille. Une tradition visible dans le paysage ! Manfred commercialise ses agneaux en vente directe grâce à un mini abattoir agréé par l’Union européenne qu’il a pu installer sur son exploitation. 24 heures avant la tuerie, l’éleveur doit présenter le lot d’animaux à un vétérinaire pour vérifier l’état sanitaire. Ensuite, une déclaration doit être effectuée : jour, date, heure, identité du tueur qui doit en outre déténir un « permis de tuer ». Puis le vétérinaire passera certifier les carcasses pour un coût de 6,50 euros par carcasse. Concernant l’abattage, tous les animaux doivent être étourdis avant saignée, y compris pour l’abattage Hallal. L’équipement d’un électrocuteur est donc obligatoire. Un système de contrôle intensité/voltage informatique sera aussi rendu obligatoire dès 2017. Pour rendre ces investissements plus abordables, les éleveurs d’une même région se regroupent et utilisent le même local.

3 000 litres de glace produits avec 40 brebis

Fromager de formation, Helge Krämer a repris la ferme familiale en 2009 avec le projet de créer un petit atelier ovin pour transformer son propre lait. Pour se différencier des autres éleveurs de sa région, c’est finalement des glaces au lait de brebis Bio qu’il fabrique sur la ferme familiale. Les agnelages des 40 brebis frisonnes ont lieu de janvier à mars. Les agneaux restent sous la mère durant 45 jours avant d’être engraissés. La lactation dure trois mois, ce qui suffit à atteindre les objectifs de production. « Avec 400 litres j’en ai bien assez pour couvrir mes marchés et dégager un bon revenu ». Avec une salle de traite 12 postes, la traite dure 20 minutes, à raison de deux fois par jour les six premières semaines puis une seule fois pour le reste de la saison. À partir de juin, la fin de la traite permet de dégager du temps pour se consacrer à la vente. Avec 1,5 à 2 litres de lait produits par brebis par jour en moyenne sur la période de lactation, 3000 litres de glace sont fabriqués puis vendues à des restaurants, des supermarchés et en vente directe avec une valorisation allant de 3 à 8 euros par litre. Être dans un environnement qui lui plaît, en développant une activité viable, qui laisse du temps pour soi et sa famille, c’est ce qui anime Helge : « 40 brebis, pas plus ». Cette taille de cheptel lui permet une valorisation optimale de ses prairies tout en commercialisant ses céréales pour l’alimentation humaine.

Des agneaux finis au trèfle et à la chicorée

Avec ses 110 brebis inscrites « race du Jura », les performances zootechniques de l’élevage d’Ulrike Hasenmaier sont bluffantes : 196 % de prolificité, 255 % d’agneaux vendus (trois agnelages en deux ans). Son sens de l’organisation et sa rigueur n’y sont probablement pas étrangers. « Plus les animaux pâturent, moins il y a de travail », explique-t-elle. Cela suppose une production fourragère de qualité : des prairies temporaires sont semées en chicorée et trèfle blanc pour le pâturage, d’autres, semées en trèfle violet, seront récoltées. Avec le trèfle et la chicorée, les agneaux sont finis sans concentré. Leur gain moyen quotidien est de 270 grammes par jour. Sur les prairies permanentes, les animaux sont complémentés. Deux pesées à la naissance et au sevrage, assurent un bon suivi des croissances. La chicorée, riche en tanins aux vertus vermifuges, permet de contrôler le parasitisme des bêtes. Des coprologies avant et après pâturage semblent témoigner d’une moindre infestation des animaux après passage sur chicorée. La gestion sanitaire du troupeau passe également par l’utilisation d’homéopathie pour renforcer l’immunité globale des animaux. Les frais vétérinaires sont réduits. Au niveau des débouchés, un tiers de la production est valorisé en vente directe, le deuxième tiers en coopérative et le dernier tiers en vente de reproducteurs pour continuer à développer la race. La laine de plutôt bonne qualité est vendue 1,45 euro par kilo. La vente d’énergie solaire produite sur la ferme, permet un bon complément de revenu.

Des animaux génétiquement résistants au piétin

En Allemagne, la prévention sanitaire passe aussi par la génétique et la sélection d’animaux résistants aux principales maladies. Ainsi, pour Ulrike Guttenberger, éleveuse et vétérinaire « si tous les éleveurs sélectionneurs s’y mettaient, on arriverait vite à éliminer le piétin ! » En effet, le piétin est lié à un gène qui peut exister sous plusieurs formes, de très sensible à très résistant. Lors de la reproduction, les animaux peuvent donc transmettre à leur descendance une bonne résistance ou au contraire une forte sensibilité au pathogène. En 2001, des chercheurs néo-zélandais ont développé un test permettant de connaître le génotype d’un animal pour le piétin. Il suffit de lui prélever une goutte de sang, de la déposer sur une carte spéciale et de l’envoyer à l’université Lincoln où son ADN sera extrait et analysé pour un coût de 40 euros. On peut alors réformer les animaux sensibles et à conserver les résistants. Ulrike Guttenberger sélectionne également les animaux résistants aux strongles digestifs grâce à un protocole similaire à celui du piétin. Enfin, les béliers diffusant l’entropion, enroulement de la paupière vers l’intérieur de l’œil provoquant une inflammation de la cornée sont réformés.

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