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En Isère, il passe des vaches laitières aux ovins en vente directe

En Isère, Didier Allibe a opéré un virage à 180° en passant d’un élevage de vaches laitières en livraison à un atelier ovin allaitant en circuit court, combiné à un passage en bio.

À Brion, en Isère, Didier Allibe ne compte pas sa peine et n’hésite à chambouler ses habitudes pour se satisfaire de son travail. Lorsqu’il s’installe en Gaec avec ses parents à la Ferme de Toutes Aures, située à 630 mètres d’altitude sur le plateau de Chambaran, l’exploitation est alors tournée vers la production laitière. Bénéficiant de la zone du Saint Marcellin IGP, le lait des 50 vaches était livré à Lactalis. « Avec la crise des quotas en 2015-2016, j’étais vraiment dépité quant à la faible valorisation de notre production et de notre travail », se remémore l’éleveur de 55 ans. En 2018, Didier Allibe prend une dure décision : il vend son troupeau laitier et achète 170 brebis romanes, ainsi qu’une petite dizaine de vaches allaitantes. En effet, proche de la cinquantaine, Didier Allibe anticipe la transmission de la ferme. Lucide, l’éleveur comprend que le lait est une production trop fluctuante et il a la volonté de « sortir un salaire tous les mois. »

« Le choix de l’ovin s’est fait assez naturellement vu mon exploitation. J’ai beaucoup de parcelles autour de la ferme et beaucoup d’herbe disponible. » La création d’un atelier ovin nécessite moins d’investissement, avec un retour économique plus rapide. Sans compter que l’élevage de vaches laitières est physiquement éprouvant et très chronophage, en comparaison à un élevage allaitant.

Didier Allibe était motivé d’apprendre une nouvelle production et avait bien réfléchi à son projet. Pour autant, celui-ci a beaucoup évolué avec la pratique : « Au début, je voulais simplifier le travail et ne faire que deux lots par an en livrant à une coopérative. Je voulais aussi être sélectionneur, mais ça n’était pas vraiment compatible avec mon organisation du travail. » Et puis, comme souvent, une expérience imprévue lui a fait changer d’avis. « Un collègue m’a proposé une fois de vendre mes produits dans le magasin de producteurs où travaille mon épouse. J’ai vraiment apprécié d’être en contact avec les clients et j’ai pris goût à cette façon de commercialiser mes produits. »

L’éleveur isérois décide de produire des agneaux toute l’année, avec trois périodes d’agnelage en février, août et novembre. « Si j’avais livré en coopérative, je n’aurais fait que deux lots, soit deux agnelages par an. Ce fonctionnement n’est pas vraiment cohérent avec la vente directe pour avoir de la marchandise toute l’année », souligne-t-il. Ce qui permet aussi d’avoir un revenu lissé sur l’année qu’il n’aurait pas eu avec une production saisonnée.

Par contre, Didier Allibe le reconnaît, la vente directe demande également beaucoup de travail et lui a demandé de revoir totalement son planning. Avec deux marchés dans la banlieue grenobloise toutes les deux semaines le mercredi et le jeudi, des livraisons dans deux magasins de producteurs ainsi qu’à une coopérative bio à Grenoble et à quelques restaurateurs, le temps passé sur la route a fortement augmenté. « Ça vaut le coup car j’apprécie de rencontrer mes clients, c’est agréable de discuter avec eux et d’avoir leurs retours. »

Les discussions avec ses clients ont poussé Didier a sauté le pas de l’agriculture biologique. « En fait, dans l’esprit des gens l’agneau est forcément bio. Comme je n’avais pas grand-chose à changer pour obtenir la certification, je l’ai fait. » Toute son exploitation est désormais en bio, depuis cet été, brebis, noix et cultures.

Toujours dans l’optique de coller au plus près des attentes de sa clientèle, Didier a misé sur une découpe et une transformation à la ferme. Pour cela, il a monté un laboratoire sur son exploitation, dans le caisson d’un camion frigorifique, soit un local de 15 m². Avec du matériel exclusivement acheté d’occasion, l’éleveur s’en tire pour une facture globale de 8 000 euros pour l’ensemble, local compris. « J’ai fait une formation accélérée auprès d’un boucher ainsi qu’une formation sur la qualité de la viande avec la chambre d’agriculture de l’Isère. Pour le reste, j’apprends tous les jours ! ». Didier Allibe propose tous ses produits sous vide et adapte sa gamme selon la saison : « je fais plus de saucisses en été pour le barbecue. » Il transforme cinq agneaux par semaine, qu’il fait abattre à l’abattoir de Grenoble, avec deux semaines par an sans production. « La demande est vraiment forte et je suis aujourd’hui limité par le nombre d’agneaux sur mon exploitation. C’est pourquoi je souhaite augmenter mon troupeau à 250 brebis, afin de sortir six agneaux par semaine », reprend Didier Allibe. Outre l’augmentation du troupeau, l’éleveur multiplie les projets pour sa ferme. Déjà, son étal de marché est étoffé par la viande bovine et l’huile de noix qu’il produit. Il héberge sur ses parcelles une petite dizaine de chevaux en pension et pense être en capacité de monter à 20 chevaux.

Il propose d’ores et déjà un emplacement pour camping-car mais projette de développer un véritable camping à la ferme, grâce notamment au réseau Bienvenue à la Ferme de la chambre d’agriculture. Didier Allibe ne semble jamais à court d’idées et motivé par l’apprentissage et la découverte de nouveaux métiers, sans trop ménager sa peine.

Alpe Is Here, une opportunité commerciale

Didier Allibe adhère à la marque du département, Alpe Is Here, qui permet de reconnaître et valoriser la production agricole locale. Le cahier des charges de la marque demande que les agneaux soient élevés sur la ferme, abattus le plus localement possible et que le producteur soit rémunéré justement. « La marque m’ouvre l’accès à un réseau de commercialisation via les marchés, les restaurants ou même les grandes surfaces, même si aujourd’hui je ne suis pas intéressé, appuie l’éleveur isérois. Alpe Is Here crée également du lien entre les maillons production et commercialisation. »

Pour aller plus loin : Bien former ses prix en vente directe


 

Chiffres-clés

Avant 2018 : 50 vaches laitières en IGP Saint-Marcellin

Après 2018 : 170 brebis romanes x Suffolk x Île-de-France, objectif 250 mères + 9 vaches allaitantes (Salers)

6 ha de noyers AOP Noix de Grenoble

100 ha de prairies naturelles

12,5 ha de prairies temporaires dont 6 ha de méteil (luzerne, pois fourrager, triticale)

12,5 ha de cultures

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