Stratégie
Oise : des tournées de vente de légumes pour proposer des petits prix
En gros volumes et à prix bas. Stéphane et Pauline Dreumont, maraîchers dans l’Oise, réalisent des tournées ponctuelles de vente au camion pour commercialiser leurs légumes aux particuliers. Des petits prix permis par le gain de temps de commercialisation.
En gros volumes et à prix bas. Stéphane et Pauline Dreumont, maraîchers dans l’Oise, réalisent des tournées ponctuelles de vente au camion pour commercialiser leurs légumes aux particuliers. Des petits prix permis par le gain de temps de commercialisation.
Proposer aux consommateurs des légumes à prix bas mais en volume plus conséquent. Tel est le pari de Stéphane et Pauline Dreumont. Depuis l’été dernier, le couple de maraîchers de Grémévillers, dans l’Oise, organise des tournées ponctuelles en camion. Les tarifs ? 3 euros les trois radis noirs, 1,50 euro le kilo de betteraves rouges dès 2 kilos d’achat, 1 euro le kilo de carottes ou d’oignons jaunes dès 5 kilos, 0,50 euro le kilo de pommes de terre dès 20 kilos… « Nous proposons un système gagnant-gagnant, détaille Pauline Dreumont. Nous développons notre vente directe dans une conjoncture difficile, tout en répondant à la problématique de pouvoir d’achat des consommateurs. Et ce sans casser les marchés. »
Le couple produit une cinquantaine de fruits et légumes différents et commercialise à la ferme depuis la création de l’atelier maraîchage, en 1977, par le père de Stéphane Dreumont. Mais le positionnement en zone rurale limite les clients. « Comme nous sommes situés dans un petit village à 25 kilomètres au nord-ouest de Beauvais, de nombreux clients nous disaient leur difficulté de venir jusqu’à nous », explique Stéphane Dreumont. En se déplaçant, les producteurs touchent aussi un autre public. Comme les Dreumont disposent d’un poids lourd de 10 t et un véhicule léger de 3,5 t, aucun investissement spécifique n’est nécessaire à la mise en place de ce nouveau canal de vente, hormis le temps passé.
Optimiser les points relais est essentiel
Pour que les tournées fonctionnent, il faut une organisation au top. Une grosse partie des volumes est précommandée via le site internet des producteurs. Les livraisons sont préparées le matin, voire la veille pour les légumes racines. Pauline Dreumont prévoit plusieurs arrêts dans une même tournée.
À Beauvais, par exemple, les maraîchers réalisent quatre ventes au camion en une après-midi, avec des arrêts de 30 à 45 minutes par site. Après l’hôpital de Beauvais à 14 h (réservé au personnel), suit celui du quartier Saint-Jean, au milieu des tours d’immeubles. Puis direction Emmaüs avant de terminer par la ferme du campus universitaire UniLasalle de 17h30 à 18h15. Certains points de livraison totalisent jusqu’à 50 personnes, constate Pauline Dreumont. Pour gagner en efficacité de livraison, son mari ou un salarié l’accompagne. En février, deux tonnes de légumes ont ainsi été livrées directement aux clients en une après-midi.
Dans la bourgade voisine de Grandvilliers, la maraîchère réalise deux arrêts : l’un dédié personnel d’un hôpital, l’autre dans une ferme vendant des glaces fermières.
Bien préparer sa tournée avec des partenariats
« Il faut s’associer à des partenaires », insiste Pauline Dreumont qui apprécie de tisser des liens. Ont été sollicités des comités d’entreprises privées ou publiques, des comités des œuvres sociales, Emmaüs ou des collègues producteurs. Ces partenaires relaient les dates de leur venue et les produits proposés. De même, la productrice prévient les médias locaux (presse, radio et télé). Autre impératif pour la cheffe d’entreprise, obtenir les autorisations préalables administratives des partenaires privés ou publics. « Cette partie reste assez longue, constate la maraîchère. Mais nous construisons sur des bases solides. »
Garder le bon rythme des ventes et adapter les prix
Les agriculteurs adaptent le rythme de passages à la disponibilité et à la conservation des légumes. En hiver, avec essentiellement des légumes racines, ils passent une fois par mois. « À la saison des fraises, nous allons passer une fois par semaine », prévoit l’entrepreneuse. Autre impératif, choisir des jours appropriés comme le jeudi ou le vendredi où certains clients anticipent la préparation des repas du week-end.
Les maraîchers essaient également de répondre à la problématique du pouvoir d’achat. « Nous proposons des légumes moches ou des fruits déclassés avec un kilo offert pour un acheté par exemple, explique la commerçante. Il nous faut être inventif pour maintenir ou développer nos ventes. » Les exploitants proposent un système de point fidélité et des avantages en cas de parrainage.
Une corde de plus pour commercialiser en direct
Bien sûr, ce type de vente est un complément. Le couple vend à la ferme le mercredi après-midi et le samedi matin. Un distributeur de casiers propose des légumes 24 h sur 24. Et les maraîchers participent tous les samedis matin au marché d’Enghien-les-Bains, à 88 km. À côté de leur production de légumes et de fraises, les Dreumont ont développé une activité de grossiste. « Nous approvisionnons certains de nos collègues maraîchers en complément de gamme », précise Stéphane Dreumont. La vente au camion n’est qu’une corde de plus à leur arc. Mais vu son succès, Pauline Dreumont prépare déjà de nouvelles tournées.
Du maraîchage depuis 45 ans
1977 Création d’un atelier de maraîchage bio par le père de Stéphane Dreumont. Vente à la ferme et sur le marché de Beauvais
2007 Arrivée de Stéphane Dreumont sur la ferme
2014 Création d’un distributeur automatique de fruits et légumes.
2015 Installation de Stéphane Dreumont et de sa femme Pauline et création de la SCEA Route de Picardie
2020 Création des Compagnons du légume, pour commercialiser leur production et celles d’autres producteurs
Aujourd’hui Production de légumes sur 100 ha, plein champ et 2 ha de maraîchage sous tunnels multichapelles. 50 fruits et légumes de saison produits sur l’année.
Effectif Une dizaine de salariés permanents et quelques saisonniers pour la saison des fraises
Travailler en réseaux dès que possible
Travailler en réseaux développe les opportunités et optimise la commercialisation, constate Pauline Dreumont.
Pour définir les points relais de vente au camion, elle s’associe avec des organisations, associations existantes ou producteurs (associations à but social, comités d’entreprise, campus universitaire, collègues producteurs fermiers…). Parfois, la tournée s’intègre à un évènement (comme l’ouverture de l’Emmaüs). Les associations relaient l’information de la venue des maraîchers. Ce système garantit ainsi un nombre minimum de clients qui précommandent.
Pour leur distributeur à la ferme (100 casiers), les Dreumont travaillent aussi en réseaux. Ils ont proposé à trois voisins (un producteur fermier de fromages, un de pigeonneaux et un de pain biologique) deux autres distributeurs situés à côté du leur. Chacun dispose de 40 casiers. Ainsi le client potentiel dispose d’une offre variée qui vaut le déplacement.
Des conseils pour optimiser sa tournée
Prévoir une tournée avec plusieurs points relais dans la ville.
S’associer à des partenaires (associations, comités d’entreprise, lieu de vente directe, …).
Respecter des horaires courts pour optimiser son temps.
Bien communiquer pour que les clients précommandent sur le site.
Développer la communication sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, TikTok et site internet) et avec les médias locaux (presse, radio, télé) pour que les tournées soient relayées. Créer une complicité avec ses clients. Ainsi Stéphane Dreumont n’a pas hésité à participer au concours des Misters agricoles en 2025, humour garanti !
Profiter d’événements déjà existants (vente mensuelle Emmaüs…).
Disposer d’un grand parking et de facilités accès.
Développer un planning de tournées cohérent avec la conservation des produits disponibles