Océane Balland, 21 ans, agricultrice : « je travaille 70 à 80 heures par semaine pour un revenu de 1500 euros »
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Océane : J’avais repris 30% des parts l’an dernier et là j’ai repris la totalité. Mon père reste m’aider pour la paperasse.
J’ai 260 bêtes dont 100 mères en vaches charolaises sur 250 hectares dont 140 hectares d’herbe. J’ai un salarié.
Voir nos articles sur l’installation
C’est beaucoup de travail et pas beaucoup de temps pour moi. Mais je n’ai jamais pris de temps pour sortir même quand j’étais salariée sur l’exploitation. Depuis la reprise j’ai plus de décisions à prendre et l’administratif est plus prenant qu’auparavant. A tous les rendez-vous avec les banques, les conseillers, je dois être présente. Quand j’étais associée l’an passé je me permettais de m’absenter de ces rendez-vous pour aller nourrir les bêtes. Je voyais ça comme une perte de temps.
Ce qui me pèse c’est l’administratif et les prix qui ne vont pas en ce moment
Il faut que j’apprenne à gérer mon emploi du temps. En même temps avec les animaux on ne peut rien prévoir. Ce qui me pèse c’est l’administratif et les prix qui ne vont pas en ce moment. C’est un métier très dur physiquement et je trouve qu’on est assez seuls, on n’est pas assez aidés, assez guidés sur le plan administratif.
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Cette semaine, où les vêlages ont été un peu compliqués, j’ai travaillé plus de 85 heures. En général c’est plutôt entre 70 et 80 heures. Pour un revenu de 1500 euros, c’est plus que ce que j’avais imaginé. Mais sur 1500, 900 vont servir à la reprise des parts. Après les assurances et le crédit pour la maison il ne me reste presque plus rien.
J’étais au courant, si on veut gagner de l’argent il ne faut pas faire ce métier, c’est un métier passion.
Je me sens en décalage mais j’assume. Je sors peu, j’ai peu de vacances, pas de week-end. J’ai perdu certains amis qui ne comprenaient pas la contrainte des vêlages.
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Pour l’instant je reste tel quel, mais j’ai le projet de réduire le nombre de vaches pour en avoir de plus jolies et de plus calmes. Ca fait deux trois ans que je travaille sur les génisses en restant un maximum avec elles pour un gain de temps au vêlage et pour la suite. Quand une vache ne laisse pas téter le veau, c’est compliqué il faut utiliser les cornadis, attacher la patte, cela demande beaucoup de temps.
J’ai le projet de réduire le nombre de vaches pour en avoir de plus jolies et plus calmes
Et depuis cet hiver, je ne donne plus à manger aux vaches qu’une fois le dimanche (au lieu de deux) pour avoir un peu plus de temps et privilégier ma santé. Ca fait mal au ventre de ne pas avoir le temps pour son conjoint ou voir ses parents. Je n’ai vu aucune différence sur le poids ou le comportement des vaches sinon j’aurais arrêté tout de suite. J’ai la maladie de l’endométriose et certaines semaines ne sont pas faciles.
C’est dur de trouver des jeunes pour s’occuper des animaux. Pour labourer une parcelle pas de soucis, mais pour les vêlages ou s’occuper des veaux malades le soir c’est plus compliqué. Moi je connais chacune de mes vaches. Du coup ces semaines-là je passe un peu plus de temps à faire les tâches, je finis plus tard, mais je le fais.
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Je mets quelques génisses de boucherie à Intermarché et ça me tenterait bien de développer cette valorisation auprès d’autres magasins.
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Ca ne m’a pas découragée car je sais qu’en ce moment pas grand-chose ne va. J’aurais aimé participer à ce mouvement nécessaire car nos charges sont beaucoup trop élevées par rapport aux prix. Malheureusement j’étais en pleine période de vêlages.
Oui, j’ai commencé très jeune sur les réseaux. J’ai suivi un enseignement à l’école puis je me suis mise à faire des montages photos et vidéos. A l’époque je cherchais sur internet des exemples de jeunes femmes conduisant des tracteurs ou s’occupant des animaux pour avoir un exemple et je n’en trouvais pas.
Je veux inciter les jeunes à percevoir la réalité du métier d'agriculteur avant qu'ils s'installent
J’ai pensé à la génération future : qui va leur dire qu’on peut être en tailleur le soir et en cote de travail toute la semaine, qu’on peut faire ce métier en tant que femme ? Aujourd’hui je cherche plutôt à passer un message de réalité aux jeunes. Je veux les inciter à percevoir la réalité avant qu’ils s’installent. Les jeunes veulent s’installer quand ils sont salariés et ont alors tous leurs week-end et jours fériés, ensuite ils peuvent changer d’avis.
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C’est pour une émission sur les jeunes dans le milieu rural. Il est venu deux jours sur la ferme. Il m’a suivi dans mon travail, et me posait deux à trois questions dès qu’il pouvait.
Le journaliste Martin Weill est venu deux jours sur la ferme
Il a appris à poser une boucle à un veau. Hier je m’étais levée à 4h15 pour une césarienne, la journée a été extrêmement longue.
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Il faudrait faire respecter la loi Egalim pour que l’on soit payés correctement, par rapport à nos coûts de production.
Oui, quand on a 15-16 ans on entend toujours qu’il y a un suicide tous les deux jours en agriculture, ça fait peur mais pas assez. J’ai 22 ans et j’ai de plus en plus peur surtout les samedi et dimanche où l’on ne voit personne. Avec toutes les charges que l’on a on comprend ces personnes qui ont décidé de partir. Quand on a besoin de parler, d’exprimer ses peurs, ses doutes, on n’a pas personne en dehors de notre entourage. Je trouve ça dommage.
Nous avons beaucoup de personnes pour nous faire les rations, s’occuper de la culture du blé… mais personne ne passe pour nous demander comment on va
Il faudrait que l’on soit plus accompagnés, nous avons beaucoup de personnes pour nous faire les rations, s’occuper de la culture du blé… mais personne ne passe pour nous demander comment on va.
J’ai très peur du burn-out c’est une phobie
Oui j’ai très peur du burn-out, c’est une phobie. Ca fait deux trois ans déjà que j’y pense mais depuis que mon père a déménagé le 15 janvier je m’en rends encore plus compte.
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