Nutrition animale : les taxes douanières américaines pèsent sur les marchés des matières premières
L’instauration des droits de douane américains a apporté de la volatilité sur les marchés du maïs et du tourteau de soja, avec au final un effet baissier fort sur les prix.
L’instauration des droits de douane américains a apporté de la volatilité sur les marchés du maïs et du tourteau de soja, avec au final un effet baissier fort sur les prix.
Dès décembre 2024, avant même que Donald Trump n’ait pris ses fonctions, les marchés des matières premières réagissaient par anticipation.
Entre novembre 2024 et février 2025, les prix du maïs et du soja ont progressé de 16 % et 4 % sur le marché américain, portés par une demande dynamique, les importateurs étant soucieux de sécuriser leurs approvisionnements. Au cours des semaines suivant son investiture, le président des États-Unis a multiplié les annonces sur la mise en place de droits de douane généralisés. Ces annonces ont globalement pesé sur les prix des matières premières américaines, les opérateurs (vendeurs et acheteurs) redoutant des mesures de rétorsions et une perte de débouchés à l’export. Dans cet environnement fragilisé, les réponses de certains acheteurs ont néanmoins apporté un soutien aux prix. Le Mexique a par exemple accru ses achats de maïs américain pour se prémunir d’une dégradation des relations commerciales.
Cette situation atteint son paroxysme le 2 avril, lorsque Donald Trump officialise la liste des pays visés par des sanctions tarifaires. Les opérateurs craignent alors une escalade des tensions avec les mesures de rétorsions anticipées par ces derniers. Les prix repartent à la hausse sur le marché américain : + 8 $/t pour le tourteau de soja et + 10 $/t pour le maïs en une semaine. Ce mouvement est toutefois resté très ponctuel. À peine une semaine après l’entrée en vigueur de ces tarifs réciproques, Donald Trump les suspendait pour une durée de 90 jours, à l’exception de la Chine. Cette phase de négociation a offert un certain répit aux marchés. Néanmoins, les tensions persistantes avec la Chine et les incertitudes sur les débouchés à l’export ont plongé les prix des matières premières américaines dans une spirale baissière, encore à l’œuvre aujourd’hui. Le secteur de l’exportation constitue en effet le 1er débouché pour le soja américain : depuis 2015 en moyenne 28,1 % de la production de tourteaux et 46,0 % de la production de graines sont exportés. Le maïs dispose d’un plus large éventail de débouchés. Mais en moyenne, un quart de la production est exporté à chaque campagne.
Le maïs peine à résister, malgré une activité à l’export soutenue
Les prix du maïs ont montré une certaine résistance à cette dynamique baissière, notamment grâce au maintien des exportations vers le Mexique, finalement exempté de droits de douane. Ils reculent néanmoins dans un contexte économique peu porteur et face à une production américaine attendue à un niveau record de 427 millions de tonnes (Mt) selon l’USDA (+ 15 % par rapport à la moyenne 2020-2024). En septembre 2025, le prix du maïs sur le marché de Chicago s’établissait à 139,20 €/t soit -22,2 % par rapport à janvier. Le marché européen a suivi les dynamiques américaines : le maïs Euronext tombait à 186,80 €/t en septembre soit 16,80 €/t de moins qu’en septembre 2024 et un recul de 12,6 % par rapport à janvier.
Le soja au cœur du rapport de force Sino-Américain
Le soja est directement impacté par les tensions persistantes entre la Chine et les États-Unis. Pékin et Washington sont parvenus à trouver un accord sur l’ouverture d’une période de négociation depuis mai (droits de douane sur les importations en provenance de Chine plafonnées à 35 % et à 10 % sur les importations chinoises de produits américains). Mais malgré cet accord, la Chine - premier importateur mondial de soja – reste pour l’instant absente à l’achat de soja américain. Ce positionnement est très inhabituel pour la période. Les flux avaient déjà enregistré un net ralentissement au premier semestre 2025 : à 5,9 Mt en cumul sur la période janvier-juillet contre 11,2 Mt en 2023 et 9,8 Mt en 2024. Sur le marché américain, le prix du tourteau de soja a ainsi reculé de 18,3 % entre janvier et septembre 2025. Le marché européen a suivi la même tendance (- 48,30 €/t pour le tourteau de soja en France sur la période). Dans cet apaisement apparent des relations, se joue en réalité un rapport de force entre les deux superpuissances mondiales, où le soja constitue un levier de négociation. Le lancement de la campagne de commercialisation aux États-Unis indiquera si la Chine choisit de coopérer ou maintient la suspension de ses achats pour peser sur les négociations avant l’échéance de la trêve.
Léa Dulon, lea.dulon@ifip.asso.fr
L’économie américaine fragilisée
Au-delà des marchés des matières premières, c’est toute l’économie des États-Unis qui est frappée de plein fouet par les décisions de son gouvernement.
Selon le 11e Global Economic Outlook Executive Briefing (1), la croissance économique américaine devrait être limitée à 1,5 % en 2025 (2,5 % en 2024) pour une inflation de 3,0 %. L’instauration massive de droits de douane devrait peser sur les entreprises et sur les consommateurs. Elle pourrait conduire au recul du PIB et des salaires d’ici 2034 (respectivement 6,0 % et 5,0 % selon le PWBM (2)). En outre, ce climat incertain ne favorise pas la confiance des entreprises, qui préfèrent reporter leurs plans investissement et d’embauche. L’indice d’incertitude de la politique économique (EPU) a atteint fin mars son plus haut niveau depuis la crise du COVID-19. Selon le PWBM, cette hausse devrait réduire les investissements des entreprises de 4,4 % en 2025. Enfin, la répression de l’immigration constituerait aussi un facteur de ralentissement économique. Elle réduit la main-d’œuvre disponible et en entraînant des surcoûts pour les entreprises.
Inflation élevée et faible croissance
Selon plusieurs économistes, la conjugaison de ces facteurs pourrait faire entrer le pays en stagflation. Ce phénomène économique est caractérisé par une inflation élevée, une faible croissance et une hausse du chômage. Situation économique très délicate puisque face à la hausse simultanée du chômage et de l’inflation, la Réserve fédérale américaine ne peut utiliser le levier des taux d’intérêt pour rééquilibrer l’économie. Une telle situation n’a pas été observée aux États-Unis depuis la crise pétrolière des années 1970. Elle présente un risque majeur pour l’économie américaine.
L.D.
(1) Rédigé par les analystes de GlobalData
(2) PWBM : Penn Wharton Budget Model, organisation indépendante de recherche appliquée de l’Université de Pennsylvanie
Le saviez-vous
Les États-Unis sont le premier producteur et exportateur de maïs et le deuxième producteur de soja au monde. Leur positionnement sur la scène internationale et leurs relations avec les autres acteurs mondiaux ont ainsi un poids majeur sur les marchés des matières premières.